Nationalistes conservateurs et mondialistes libéraux

Seul le retour en force d’un puissant courant conservateur au sein des sociétés occidentales peut expliquer des bouleversements politiques tels le Brexit en Grande-Bretagne ou l’élection de Donald Trump aux États-Unis, estime l'auteur.
Photo: Jure Makovec Agence France-Presse Seul le retour en force d’un puissant courant conservateur au sein des sociétés occidentales peut expliquer des bouleversements politiques tels le Brexit en Grande-Bretagne ou l’élection de Donald Trump aux États-Unis, estime l'auteur.

L’élection d’un gouvernement conservateur en Ontario, le succès du Parti conservateur au Saguenay ainsi que la victoire probable de la CAQ à l’automne prochain sont des preuves tangibles d’une forte prégnance conservatrice chez nous comme ailleurs en Occident.

En effet, seul le retour en force d’un puissant courant conservateur au sein des sociétés occidentales peut vraiment expliquer des bouleversements politiques, quasiment simultanés, tels le Brexit en Grande-Bretagne, l’élection de Donald Trump aux États-Unis, la victoire de la Ligue du Nord et du Mouvement 5 Étoiles en Italie, l’élection du jeune chancelier conservateur, Sébastian Kurz, en Autriche, la dissidence du ministre de l’Intérieur CSU, Horst Seehofer, en Allemagne, ainsi que la résistance des pays du groupe de Visegrad (Pologne, Slovaquie, République tchèque, Hongrie) aux pressions franco-allemandes en matière d’accueil de réfugiés.

Tous ces chambardements politiques inédits témoignent, me semble-t-il, d’une reconfiguration du paysage politique occidental sur une ligne de fracture idéologique opposant, non plus la gauche et la droite, mais plutôt les nationalistes conservateurs et les mondialistes libéraux. Les mondialistes libéraux sont partisans d’un libre-échange sans entraves, d’un individualisme sans limites et d’un multiculturalisme sans balises, tandis que les nationalistes conservateurs défendent la souveraineté des États, la cohésion sociale et surtout la capacité des peuples à conserver leur culture, leurs institutions et leurs modes de vie.

Concurrents politiques

Autrement dit, ce n’est plus la gauche, engluée dans sa logorrhée antiraciste, multiculturaliste et de genre, mais une droite résolument souverainiste et conservatrice qui est l’adversaire le plus lucide, le plus irréductible et le plus efficace de la mondialisation néolibérale. D’où la haine viscérale, hargneuse, des mondialistes libéraux à l’égard des nationalistes conservateurs, qu’ils considèrent, à juste titre, comme leur principal et leur plus dangereux concurrent politique. D’ailleurs, pour disqualifier leur plus proche rival, les libéraux n’hésitent jamais à qualifier les conservateurs d’extrémistes, de populistes, de cryptofascistes !

Mais l’arme de la peur est dérisoire, contre-productive, comme en témoigne le recul des partis qui défendent l’option mondialiste libérale et la montée concomitante des partis nationalistes à dominante conservatrice. En Allemagne, par exemple, la popularité grandissante du nouveau parti nationaliste AFD pourrait même inciter l’aile conservatrice de la coalition CDU/CSU à montrer la porte à son chef, Angela Merkel. Si un poids lourd du calibre de la chancelière allemande peut être emporté par la vague conservatrice, que dire d’un poids plume comme Justin Trudeau dont la seule réalisation après trois ans au pouvoir est l’adoption de la loi légalisant l’usage récréatif de la marijuana ?

Au lieu d’invectiver leurs adversaires conservateurs, les libéraux devraient engager un dialogue constructif avec eux, écouter leurs arguments, débattre de leurs propositions et, le cas échéant, adopter leurs solutions, si elles sont justes, raisonnables et applicables ! C’est cela, me semble-t-il, être un libéral.

7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 juin 2018 01 h 46

    Pas de mondialisation néolibérale!

    Je suis d'accord avec vous, monsieur Houle, que les libéraux ferment la porte à la discussion et diabolisent leurs adversaires en les appelant des racistes et des xénophobes. Par contre, les conservateurs comme les libéraux embrassent le libre échange et la mondialisation néolibérale. Les deux sont à genoux devant la primauté du marché aux dépens du bien commun. Les conservateurs veulent fermer les portes à l'immigration. Moi, au contraire, j'aimerais accueillir les immigrants, mais avec des balises pour le respect de la culture, la langue, la laïcité et l'égalité homme/femme. J'aimerais vous assurer que la plupart des immigrants partagent la vision laïque québécoise.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 29 juin 2018 07 h 14

    « MONDIALISME », UNE MODE SANS CONTENU

    La mode du « mondialisme » est une belle façon de ne rien FAIRE ici et maintenant.
    C'ert tellement plus facile.

  • David Cormier - Abonné 29 juin 2018 09 h 22

    Bravo pour ce texte très lucide

    Je crois que le peuple est moins conservateur qu'il n'y paraît, mais également moins à "gauche" qu'on veut nous le laisser entendre, du moins pas de cette nouvelle gauche difficilement différentiable d'une certaine droite mercantiliste, adepte du libéralisme à tout crin. Je pense également que cette montée de la droite est le fait d'un retour de balancier, les États occidentaux étant allés trop loin dans leur expérience d'ingénierie sociale consistant à ouvrir les frontières, à accueuillir des flots importants de migrants illégaux, à présenter toute forme de nationalisme comme quasi-fasciste, à marcher sur les sensibilités en matière de laïcité et d'accomodements raisonnables, à pratiquer le discours du politiquement correct extrême, à laisser les emplois être délocalisés au nom de la mondialisation, etc. Malheureusement, je crois que les tenants du libéralisme à tout crin continueront de faire la sourde oreille comme ils l'ont toujours fait, ce qui nourrira davantage la montée des conservateurs nationalistes. Les grands médias ont également un examen de conscience à faire et doivent se demander s'il est toujours avisé de présenter tout ce qui s'écarte du libéralisme à tout crin comme "populiste", d'"extrême droite", "fasciste" et j'en passe.

    Aussi, dans le clivage entre nationalistes conservateurs et adeptes du libéralisme illimité, il se dessine un autre clivage : celui séparant les régions et banlieues (plus nationalistes conservatrices) et les grandes villes (où le libéralisme est plus en vogue). On n'a qu'à regarder la carte des intentions de vote de la prochaine élection québécoise pour s'en convaincre...

  • Cyril Dionne - Abonné 29 juin 2018 09 h 27

    Vous avez compris M. Houle

    En plein dans le mille M. Houle. Le vent souffle vers la droite partout dans le monde parce que la mondialisation et le libre-échange ont été néfastes pour tous les pays du monde. Les pays occidentaux se sont désindustrialisés et la perte de bons emplois a suivi alors que dans les pays en voie de développement, les populations sont devenues des esclaves pour une poignée d’apparatchiks dictatoriaux qui contrôlent tout. Les mondialistes libéraux sont les élites aux souliers cirés, l’establishment, les multiculturalistes, les néolibéralistes, les libre-échangistes et surtout le 1% qui conjuguent aux paradis fiscaux. Les gens veulent garder leur pays, leurs frontières, leur culture, leur langue et les valeurs sociétales qui ont fait de la France, la France, de l’Italie, l’Italie et ainsi de suite.

    Personne n’a pas encore compris? Maintenant, attachez tous vos tuques. C’est le retour du pendule.

    • Jacques Patenaude - Abonné 29 juin 2018 10 h 10

      Croyez-vous vraiment que Trump, Mme May et tous ces conservateurs que vous citez cherchent vraiment à éliminer la mondialisation libérale pour le bénéfice du peuple?
      Illusion quand tu nous tiens....

  • Jean-François Trottier - Abonné 29 juin 2018 10 h 14

    "une droite résolument souverainiste et conservatrice qui est l’adversaire le plus lucide..."

    Mais je rêve!

    La droite conservatrice n'est PAS souverainiste. Seule une mince tranche de cette droite est souverainsite au Québec, et partout la droite conservatrice renie les vertus d'un État fort.
    En fait la droite conservatrice est encore plus individualiste que l'autre, mondialiste.

    Il y a peu, la droite conservatrice était résolument mondialiste parce que l'Empire américain mondial enrichissait les régions riches. Elle est contre aujourd'hui parce qu'enfin elle réalise que c'était un marché de dupes, qui ne profite au bout du compte qu'aux ultra-riches.

    C'est ÇA, être lucide ?

    Quant à la "haine viscérale"... regardez mieux : cette droite est encore plus revancharde que conservatrice.

    La droite conservatrice est à la base fortement appuyée par les gens et l'argent du Bible Belt et la NRA. Faut vraiment, mais vraiment vivre dans le rêve, ou le cauchemar, pour s'appuyer sur des clowns pareils!!

    Le Bible Belt croit dans son ensemble que l'univers a été créé en six jours, que la Terre est plate et que le réchauffement climatique est un fake new.
    Quant au NRA, c,est un poison violent et débile.

    S'il existe une réalité sur la droite conservatrice, c'est que ses gens se sentent bafoués par la censure provocatrice des bien-pendants de la gauche radicale.
    Ceux qui n'ont que les pauvres à la bouche mais en fin de compte ne croient qu'à leurs grandioses théories sans âme.

    C'est pas nouveau : le féminisme a failli disparaître dans les années '80, faute aux extrémistes qui hurlaient par exemple que tous les hommes sont des violeurs en puissance.
    Il y a autant de cruches à gauche qu'à droite. La différence est qu'ils ne s'appuient pas sur la même Bible.

    Ceci dit, la droite est puissante, riche, ce que vous voulez... mais certainement pas crédible.