Les camps de Trump ne sont pas ceux d’Auschwitz

La diffusion d’images montrant des enfants en cage est intolérable et ne manque pas d'éveiller nos sensibilités et nos consciences, soutient l'auteure. 
Photo: Agence France-Presse La diffusion d’images montrant des enfants en cage est intolérable et ne manque pas d'éveiller nos sensibilités et nos consciences, soutient l'auteure. 

Défendant sa politique migratoire, Donald Trump a récemment eu l’odieux de séparer les enfants de leurs parents à la frontière avec le Mexique. Depuis lors, les médias et les réseaux sociaux se sont emballés, non sans raison. La diffusion d’images montrant des enfants en cage, de très jeunes enfants, paniqués, qui appellent leur mère en pleurant, une procession marchant sous l’oeil de gardiens armés, tout cela est, à bien des égards, intolérable. Des images de camps et de séparations déchirantes ne manquent pas d’éveiller nos sensibilités et nos consciences ; elles ont vite fait d’évoquer d’autres images intolérables, tirées d’autres événements.

Mais voilà donc que certains, sur Facebook ou ailleurs, font maintenant un parallèle entre Trump et Hitler, entre les images des enfants migrants et celles des camps nazis. Voilà que circule, par exemple, la photographie aérienne du camp d’Auschwitz-Birkenau en 1944, juxtaposée à celle des camps érigés pour les migrants par Donald Trump. Il en est d’autres encore qui font un lien entre la « petite fille en rouge » du film Schindler’s List et une petite migrante habillée de rouge (dont on apprend deux jours plus tard qu’elle n’a pas été séparée de sa mère). L’image est forte ? Le parallèle est spectaculaire ? Le pathos tient donc lieu de vérité et l’indignation de morale. L’image semble trop forte pour qu’on y renonce. Telle est la logique de cet emballement.

La dernière image-choc

Or, si l’opposition à la politique américaine mérite d’être soutenue, gardons-nous de confondre ce qui se passe en ce moment chez nos voisins du Sud avec ce qui est arrivé à Auschwitz sous le régime nazi. S’il y a lieu de s’opposer à la politique de Trump, y associer les opérations de « sélection » menées par les SS sur la rampe d’Auschwitz dépasse l’entendement. Est-il besoin de rappeler ce que fut Auschwitz ? Si certains hommes bien portants furent séparés de leurs familles en arrivant à Auschwitz, dans la plupart des cas, on n’y séparait pas l’enfant juif de ses parents. En moins de vingt-quatre heures après son arrivée, l’enfant avait été déshabillé, malmené, parfois battu, conduit à la chambre à gaz avec sa famille et réduit en cendres dans les fours crématoires. Dans une seule chambre à Auschwitz, en 1944, on gazait jusqu’à 3000 personnes. Les enfants mouraient souvent les premiers, écrasés par la masse des adultes. Après les avoir tirés de la chambre à gaz et avant de les brûler, on prélevait la chevelure des filles pour en faire du fil industriel ou des chaussettes destinées aux équipages des sous-marins. S’il y eut un « camp des familles » à Auschwitz, celui-ci fut liquidé avant la fin de la guerre. Quant aux autres enfants, dont très peu survécurent, les SS s’en servaient, soit pour satisfaire leurs plaisirs, soit comme esclaves dans les usines du camp. D’autres encore servirent aux expérimentations dites « scientifiques » des nazis. Les enfants tziganes y furent également liquidés.

La distinction entre « camps de concentration » et « camps d’extermination » mérite donc d’être rappelée. Emmenés de force à Auschwitz, les enfants y étaient attendus pour être réduits en cendres le plus rapidement possible. Il n’y avait pas d’autre visée que celle-là.

Gardons-nous de publier sur Facebook la dernière image-choc qui nous brûle les doigts. À ceux qui seraient tentés de le faire, je suggère plutôt de lire sur ce que fut réellement Auschwitz pour les enfants qui y périrent. Des historiens et des témoins en ont rappelé le sort avec précision, à commencer par les hommes des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau qui les ont vus se consumer de près.

18 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 27 juin 2018 00 h 46

    En effet,

    seulement leur anti-chambre.

    • Michel Héroux - Abonné 27 juin 2018 08 h 14

      Vous êtes un peu cynique, mais avec Trump, jusqu'où l'Amérique descendra-t-elle ?

    • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2018 11 h 28

      Bien oui M. Bonin. Les Américains et son gouvernement sont des nazis et la ville de Los Angeles est peuplée de camps de la mort. C’est pour cela que les migrants illégaux viennent aux États-Unis à pleine porte. C’est pour cela qu’ils ne s’arrêtent pas au Mexique, le pays qu’ils doivent traverser pour venir en terre de Donald Trump. C’est pour cela qu’on est prêt à faire toutes sortes de comparaisons les plus farfelues les unes des autres qui font honte à la mémoire de ceux qui ont été des véritables victimes.

  • André Joyal - Abonné 27 juin 2018 07 h 28

    Et à Drancy, en route pour Auschwitz : où étaient les parents?

    «Âge moyen six ans(...) petits animaux affamés. Au seuil de la vie. Nous refoulons des larmes d'acier fondu.Où ont-ils séjournés? Depuis combien de jours?(...) Perdus pour jamais. (...) Certains, atrocEment maigres, ils réclament: «Où est ma maman? Je veux ma maman! Et mon papa!». Dieu bénit les grandes familles. La foi est soumise à une rude épreuve» (P. 135-136).
    Journal d'un interné à Drancy (1942-1943) ,G. Horan-Koiransky, Paris, Creaphiédition

  • Alain Desmarais - Inscrit 27 juin 2018 08 h 14

    Trump serait le grand ami des Nazis

    Trump n’aurait aucun problème avec les façons de faire des Nazis. Il est déjà admirateur de Kim Jong Un et de Poutine. Il a reculé sur son décret uniquement à cause de la pression populaire, pas par compassion..

    • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2018 11 h 12

      Vraiment M. Desmarais. Trump serait le grand ami des nazis? Il a fait des gestes d’ouvertures envers le régime communiste de la Corée du Nord afin de stabiliser les risques de guerres nucléaires. Et il serait grand temps de faire preuve d’ouverture envers la Russie au lieu d’entretenir les sentiments de la guerre froide pour faire plaisir au gouvernement d’extrême droite de l’Ukraine. Relire son histoire SVP. Sans le sacrifice de 28 millions du Russes durant la 2e guerre mondiale, on parlerait probablement Allemand aujourd’hui. Il faut faire une distinction entre l’isolationnisme et le nazisme. La majorité de la population américaine ne voulait rien savoir des guerres européennes.

      En passant, est-ce que vous êtes parent avec les Desmarais de Sagard?

  • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2018 08 h 20

    Les raccourcis pseudo-intellectuels

    Bravo pour votre lettre Mme Villeneuve. Si seulement nos érudits de la gauche multiculturaliste, mondialiste aux accents des discours existentialistes et abstraits de la très Sainte rectitude politique s’informaient sur la véritable nature des camps de la mort des nazis de la 2e guerre mondiale avant de faire des comparaisons odieuses qui insultent la mémoire de ceux qui y ont laissé leur vie et leurs rêves. Ils pourraient aussi s’informer afin de comprendre la différence entre un camp de détention des migrants illégaux et un camp de concentration.

    Récapitulons. Les migrants illégaux utilisent des « passeurs » pour venir aux États-Unis et ceci, de leur plein gré tout en sachant qu’ils risquent de se faire intercepter, interner et retourner de l’autre côté de la frontière. Contrairement à ce beaucoup pensent, l’immigration n’est pas un droit mais bien un privilège accordé. De la même façon lorsque nous visitons un autre pays, on peut se faire refuser le droit d’entrer.

    Pour eux, le risque en vaut la chandelle. Le fameux « Catch and Release » leur laissait l’opportunité de disparaître dans la nature et aller se fondre dans les communautés hispaniques surtout à Los Angeles. Alors, ils n’avaient qu’à attendre d’être amnistiés comme pour les « Dreamers » et de bénéficier de tous les droits que procure la citoyenneté américaine même si leur premier acte avait été d’enfreindre les lois du pays. Durant ce temps, les autres qui ont fait une demande en bonne et due forme attendent leur tour.

    C’est une honte pour la mémoire de ceux qui ont été exterminés par la horde nazi d’être comparés à la situation présente par ceux qui prennent des raccourcis pseudo-intellectuels en faisant allusion à celle des migrants. Eux fuyaient tant bien que mal l’Allemagne nazie, Chełmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Auschwitz-Birkenau et Majdanek obligent, alors que les migrants illégaux font des pieds et des mains pour entrer aux États-Unis.

    • Alain Pérusse - Abonné 27 juin 2018 11 h 56

      Parlant de raccourci, en voilà un pour vos idées reçues.

      https://www.greenvilleonline.com/story/opinion/2018/06/27/why-illegal-immigration-considered-such-huge-problem/731395002/

    • Yves Poirier - Abonné 27 juin 2018 13 h 07

      Vous qui êtes un vrai intellectuel, expliquez nous cette phrase prise dans votre texte: "Si seulement nos érudits de la gauche multiculturaliste, mondialiste aux accents des discours existentialistes et abstraits de la très Sainte rectitude politique..."

      De plus votre texte laisse penser que ces immigrants illégaux n'ont que ce qu'ils méritent. Jusqu'où iriez-vous pour les punir vous qui aborrez la rectitude politique?

    • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2018 18 h 52

      Cher M. Pérusse,

      Franchement, un professeur de philosophie issu d'une université banale d'Angleterre avec les mêmes dictats et dogmes d’une gauche multiculturaliste. Il va falloir faire mieux que cela parce les gens de la gauche sont partout, même au pays colonialiste d’origine. L’autoflagellation est peut-être bien pour vous, mais pas pour nous. On regarde en avant.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2018 18 h 54

      Cher M. Poirier,

      Pour simplifier, selon vous, gauchistes multiculturalistes bons, droitistes nationalistes méchants. La phrase dont vous parlez signifie tout simplement que ceux qui sont prêts à déchirer leur chemise pour des situations qu'ils ne connaissent point, sont les premiers à se plaindre lorsqu'on augmente leurs impôts. Évidemment, si ces gens sont tellement solidaires avec les migrants, pourquoi ne changent-ils pas de place avec eux? Pourquoi n’assument-ils pas tous les frais encourus en les faisant venir dans leur maison? C’est toujours plus facile d’être généreux avec l’argent des autres. Ah! La pureté de la gauche salon.

      Et ce n'est pas punir les migrants, mais les pays ont le droit de faire respecter leurs frontières. Sinon, c'est l'anarchie qui s'installe. Curieux tout de même, le Mexique ne veut pas de ces migrants et les repasse aux Américains. Cela a été, c’est et ce sera toujours « It’s the economy stupid » comme c’est le même paradigme ici parce que la plupart des gens au Québec s’apprêtent à voter pour un gouvernement de droite, la CAQ (mais pas pour moi). Et c’est toujours comique de voir des gens qui s’offusquent aux comportements des autres mais qui feraient de même ou même pire s’ils étaient confrontés à la même situation. Barack Obama l’avait fait aussi (séparer les enfants des parents migrants), mais il faisait tellement de beaux discours qu’on lui a pardonné.

  • Jean-françois Mellon - Abonné 27 juin 2018 08 h 48

    Faut en effet distinguer

    Oui il y a des amalgames qui sont abusifs
    Je me souviens que les étudiants français en mai 1968, avaient trouvé que CRS-SS (CRS désignaient les tres violentes brigades anti-manif de la police) cela sonnait bien et affirmait la sauvagerie des matraques policieres à Paris Des plus vieux,des resistants, les ont rappelé à la mémoire des atrocités des nazies "Vous nàvez pas connu les SS ,chers étudiants ,c'etait d'un autre ordre que la violence policiere ,les commissariats de police ne sont pas les salles de torture de la gestapo" Les étudiants majoritairement avaient céssé de crier CRS-SS par respect pour les résistants torturés