Les organismes communautaires appartiennent aux communautés

«Plutôt que de continuer à soutenir un organisme connu des jeunes, Saint-Constant a choisi de créer un service similaire sur la programmation et la gestion duquel elle exercera le plein contrôle», soutiennent les auteurs.
Photo: John Moore Getty Images / AFP «Plutôt que de continuer à soutenir un organisme connu des jeunes, Saint-Constant a choisi de créer un service similaire sur la programmation et la gestion duquel elle exercera le plein contrôle», soutiennent les auteurs.

Lettre aux maires et aux mairesses du Québec

Nous vous interpellons sur la question de l’autonomie des organismes d’action communautaire autonome. Nous sommes 4000 organismes répartis partout au Québec. Vous nous connaissez. Vous nous soutenez. Vous savez à quel point nous sommes indispensables pour le tissu social de vos villes et comment nous sommes créatifs pour trouver des solutions adaptées aux besoins des citoyens.

Pourtant, malgré le fait que nous sommes des partenaires et des alliés naturels de longue date, nous avons de plus en plus de difficulté à nous faire respecter par vos administrations publiques et nous subissons des pressions constantes pour offrir des services répondant aux besoins des municipalités.

Or, les organismes d’action communautaire autonome n’appartiennent ni aux municipalités, ni aux gouvernements, ni aux fondations privées. Ils appartiennent aux communautés qui les ont créés et qui les administrent par l’entremise d’un conseil d’administration élu démocratiquement. À ce titre, ils sont libres et légitimes d’avoir le plein contrôle de leurs missions, leurs activités et leurs orientations.

Récemment nous avons été consternés d’apprendre que la Maison des jeunes (MDJ) de Saint-Constant s’est fait retirer un soutien de la Ville représentant le tiers de son budget, avec un avis d’expulsion des locaux. Ainsi, plutôt que de continuer à soutenir un organisme connu des jeunes, Saint-Constant a choisi de créer un service similaire sur la programmation et la gestion duquel elle exercera le plein contrôle.

Certes la Ville a le droit légal d’offrir des services. Il n’en demeure pas moins que le résultat sera dévastateur pour la motivation des jeunes et pour la communauté qui s’investit depuis plus de 25 ans dans la MDJ et qui s’ingénie à créer des solutions adaptées aux besoins exprimés par les jeunes. Cette coupure financière et cette relocalisation auront tout simplement pour effet de fragiliser l’organisme pouvant même entraîner sa fermeture.

À long terme, c’est la Ville qui sera la grande perdante en se privant de la vitalité et de la créativité des gens de sa propre communauté. Les MDJ ne sont pas des prestataires de loisirs au service des municipalités. Elles sont des lieux de prévention et de participation citoyenne où les adolescents sont partie prenante du choix des orientations et de la programmation des activités afin de devenir des citoyens critiques, actifs et responsables.

Nous souhaitons que Saint-Constant ne crée pas de précédent et que les municipalités de tout le Québec fassent le choix de faire confiance aux communautés. Nous souhaitons également que Saint-Constant revienne sur sa décision afin que la MDJ continue d’offrir un milieu de vie respectant la mission et les objectifs du projet maison des jeunes. Il est pour nous inacceptable que certaines villes utilisent leur pouvoir de bailleur de fonds afin d’exercer un contrôle sur les organismes. Le résultat est une perte flagrante de l’exercice démocratique et une détérioration du pouvoir des citoyens sur leur propre communauté et avenir.

Tout comme vous, nous avons à coeur le développement social, mais nous pensons que celui-ci doit se faire par et pour les gens de la communauté qui administrent, depuis 50 ans, des milliers d’organismes communautaires avec diligence et transparence. Aujourd’hui, nous vous tendons la main pour ouvrir un dialogue sur le respect de l’autonomie de nos organismes. Nous souhaitons que vous tendiez la vôtre en retour afin que nous puissions travailler ensemble pour préserver l’un des piliers de notre filet social.

2 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 26 juin 2018 03 h 46

    Qui paie?

    Et vous avez la réponse à la marge d'autonomie...

  • André Labelle - Abonné 27 juin 2018 07 h 32

    Les organismes communautaires : une courroie de transmission

    Beaucoup d'élus municipaux ne voient les organismes communautaires (OG) que comme des courroies de transmission leur permettant de faire indirectement ce qu'il ne peuvent pas faire directement, soit pour des raisons légales ou pour des raisons financières.
    Leurs OG ne doivent surtout pas penser et agir comme ils veulent. Pas autrement que le politicien le leur impose.

    «La politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l'esprit humain.»
    [Voltaire]