Le troisième genre

Selon l'auteure, les personnes non binaires devraient être davantage acceptées et reconnues dans la société québécoise en 2018 puisque les gens évoluent et que la société devrait en faire autant.
Photo: Filippo Bacci Getty Images Selon l'auteure, les personnes non binaires devraient être davantage acceptées et reconnues dans la société québécoise en 2018 puisque les gens évoluent et que la société devrait en faire autant.

La Fédération autonome de l’enseignement, qui représente 34 000 enseignantes et enseignants, décerne un prix à deux jeunes pour avoir rédigé les meilleures lettres d’opinion dans le cadre de son concours Héros – La grande rédaction. La lauréate du prix offert par Le Devoir voit son texte publié ici et reçoit un abonnement d’un an au quotidien. Elle étudie en 4e secondaire à l’École de la Haute-Ville, à Granby, en Montérégie.

Êtes-vous un homme ou une femme ? Telle est la question posée dans de multiples rencontres, inscriptions et formulaires. Est-il possible de se définir comme ni l’un ni l’autre ? Ce qui m’amène à me poser la question suivante : « Est-ce que les personnes non binaires devraient avoir une place dans la société québécoise en 2018 ? » Pour ma part, je crois que ces individus devraient avoir une place dans notre société et même avoir une plus grande reconnaissance de leur identité de genre. Le respect des droits de la personne et les aspects social et personnel méritent d’être considérés.

En premier lieu, je suis pour que la non-binarité ait plus de considération dans notre société pour des raisons concernant le respect des droits de la personne. Saviez-vous qu’en vous opposant au genre non binaire vous ne respectez pas les droits de la personne ? Selon l’article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne québécoise : « Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur […] l’identité ou l’expression de genre […] » L’identité de genre, tout comme l’identité sexuelle, par exemple, se doit d’être reconnue et acceptée dans la société québécoise.

Savez-vous seulement ce qu’est l’identité de genre ? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « par “genre”, on entend les caractéristiques des femmes et des hommes résultant d’une construction sociale, par exemple les normes, les rôles et les relations entre les sexes. […] Il est également important de reconnaître les identités qui n’entrent pas dans le cadre binaire du sexe masculin ou féminin ». Aussi, plusieurs personnes croient que l’apparition du 3e genre rime avec la disparition des genres.

À mes oreilles, l’avènement de ce nouveau genre ne signifie aucunement la disparition des genres. Il représente seulement la liberté de pouvoir se définir tel qu’on le souhaite en étant reconnu. Ce qui, selon moi, correspond totalement au respect de la personne. Bref, je crois que la non-binarité devrait être reconnue dans la société québécoise actuelle afin de respecter les droits de la personne puisque ne pas le faire en serait une violation.

En deuxième lieu, je suis pour qu’on accorde une plus grande place aux personnes non binaires dans la société québécoise pour des raisons sociales et personnelles. Pourquoi devrait-on absolument classer les gens dans des catégories bien définies telles que femme ou homme ? Selon moi, une personne non binaire est une personne au même titre qu’un homme ou une femme. Accepter et reconnaître l’identité de ces individus est faire preuve de respect, de tolérance, d’ouverture et d’humanité. Je crois que beaucoup de personnes ne savent pas vraiment ce qu’est la non-binarité, qui se définit par le fait d’être ni exclusivement femme ni exclusivement homme.

Certains individus au Québec sont en désaccord avec le fait de ne plus indiquer homme ou femme sur les permis de conduire. Je ne comprends par leur point de vue. Pourquoi voient-ils un inconvénient à se faire définir comme un humain et par la même occasion à respecter les individus qui ne souhaitent pas avoir un genre binaire ? Ceux qui contestent l’omission du sexe sur le permis de conduire ont-ils déjà tenté de s’imaginer ce que les personnes ni homme ni femme ressentaient lorsqu’on les obligeait à se catégoriser dans une case qui ne les représente pas seulement en fonction de leurs organes génitaux ? Nous ne devrions pas nous baser sur ce qu’un individu a entre les jambes pour le définir, car l’être humain est beaucoup plus complexe et évolué que cela. Bref, je crois que le genre non binaire au Québec devrait être reconnu pour des raisons sociales et personnelles, car les personnes s’identifiant à ce genre devraient pouvoir être reconnues comme toutes les autres.

Finalement, je crois que les personnes non binaires devraient être davantage acceptées et reconnues dans la société québécoise en 2018 puisque les gens évoluent et que la société devrait en faire autant. Je crois fermement à cela puisque c’est faire preuve de respect envers les droits de la personne et que c’est socialement important. Alors, quel pronom utiliserez-vous à l’avenir pour désigner un individu non binaire ? Llle ou Iel ?

5 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 21 juin 2018 02 h 07

    L'art de fendre les cheveux en quatre.

    Quand on demande à une personne de s'identifier, elle doit le faire sur des critères physiques universellement reconnus et non sur son humeur du moment. Ceux ou celles qui voudraient s'afranchir de cette obligation en s'affichant "non-genrés" risquent s'avoir de sérieux problèmes lors de leurs déplacements à l'étranger, notamment au sein du monde musulman, pour ne nommer que celui-ci. Une grande partie de la planète ne vit pas encore et ne vivra sans doute jamais à l'heure de la bien-pensance à l'occidentale et de ses modes instantanées.

    À l'heure de la mondialisation, qui suppose de respecter la conception du monde ayant cours au sein des autres cultures, l'idée défendue par Mlle Laboissonnière ne mène nulle part en pratique.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 21 juin 2018 11 h 37

      D'autant plus que Mme Laboissonnière confond allègrement sexe et genre comme il est fréquent pour tous ceux et celles qui tente d'expliquer l'identité de genre. Biologiquement, comme vous dites il y a le sexe masculin et le sexe féminin. CertainEs naissent intersexes: les deux sexes. Et entre le constat biologique et le «senti» il y a une différence.
      D'autant plus qu'on peine à définir certains termes. Mme Laboissonnière parle de la définition de l'OMS: « par “genre”, on entend les caractéristiques des femmes et des hommes résultant d’une construction sociale, par exemple les normes, les rôles et les relations entre les sexes.» Mais quelles sont-elles ces constructions sociales, quelles sont les normes, quels sont les rôles attribués à un sexe précis? On se rappelle ici justement des stéréotypes contre lesquelles se sont battus et se battent encore les féministes. On aggrave le problème en remettant de l'avant, ces stéréotypes.
      L'idéologie de genre fait en sorte ici qu'on s'emmêle les pinceaux.

  • Marc Therrien - Abonné 21 juin 2018 07 h 37

    Être et ne pas Être du même genre et du même sexe


    Comme l’exprime Patrick Moreau dans son livre «Ces mots qui pensent à notre place- Petits échantillons de novlangue qui nous aliène», en distinguant maintenant le genre du sexe, on peut contredire Jean-Louis de Lolme qui a jadis écrit à propos des Communes de Westminster : «Le parlement peut tout faire, sauf changer une femme en homme». Depuis que la théorie du genre s’impose, on distingue maintenant l’identité sexuelle, c’est-à-dire le fait de se sentir et se penser homme ou femme, les deux ou ni l’un ni l’autre, du sexe visible qu’on porte dans ses pantalons. Le genre est maintenant consacré comme un construit social qui l’emporte sur le sexe biologique. La politesse dans ce Monde Nouveau consistera ainsi à ne pas se fier à ce que l’on voit en apparence afin de dépasser le stéréotype et le préjugé pour demander à une personne si elle préfère qu’on l’appelle monsieur, madame ou autre. Il est de plus en plus vrai que tout est possible et rien n'est certain quand on n’arrête pas le progrès. Aussi, l’intention de ce progrès n’est pas tant de nier la dualité sexuelle issue de la nature qui a fondé l’humanité, mais plutôt de la dépasser tout en la conservant, comme dirait Hegel, et ce, afin d’ajouter un cercle concentrique d’identité permettant d’inclure plus d’humains de plus de genres. La volonté de progrès de l’humain, qui en tant qu’animal raisonnable est à ce titre contre-nature, se déploie comme l’univers qui est en expansion. Se situant au sommet de l’échelle de l’évolution avec sa conscience qui se complexifie sans cesse et parce qu’il est l’être de la raison, la marche de son histoire vers la recherche de la perfection en créant de la transcendance pour s’extirper de l’immanence, semble inarrêtable. Ainsi, la pensée crée ici un sujet nouveau genre désincarné qui peut se sentir exister en se déprenant de son corps.

    Marc Therrien

  • Ghislaine Gendron - Abonné 21 juin 2018 20 h 49

    Binaire ou sexuée ?

    D'abord, j'aimerais te féliciter pour avoir gagner ce concours. C'est important de développer sa réflexion et c'est vraiment bien de voir des jeunes de ton âge s'intéresser à la sociologie. Tu auras bien le temps de peaufiner ta réflexion, de la pousser plus loin et de la mesurer à d'autres courants de pensée. Et je te souhaites, de la laisser évoluer, tout au long de ta vie. Pour ce qui est des "rôles" masculins et féminins, la "vieille féministe" que je suis a envie de te dire: c'est tellement normal que tu ne te reconnaisses pas dans les "genres" puisque ce sont des stéréotypes: Je te livre un secret: Personne ne correspond aux constructions sociales caricaturées de "femme qui aime le rose , le cutex, les bébés et les fleurs" ou du "gars bûcheron à barbe, compétitif, viril et qui aime la chasse". Ce n'est pas que tu es "non-binaire" c'est tout simplement que tu ne veux pas te faire enfermer dans une théorie du genre, basée sur des stéréotypes sociaux surannés. Tu es sexuée, tout simplement. C'est biologique et c'est tant mieux.

    Avoir un sexe, féminin ou masculin, ne veut pas dire que adoptes un "comportement social " associé à ce sexe . Les "roux" n'ont pas un code social associé à leur couleur de cheveux , n'est-ce pas ? C'est la même chose pour le sexe. C'est simplement une caratéristique physique, et rien dans ta physionomie ne devrait te limiter à un rôle ou un comportement associé à ce sexe. Ne te laisse jamais dire le contraire.

    Bonne chance dans ta vie et dans tes choix. Ils t'appartiennent totalement et complètement.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 22 juin 2018 09 h 23

      Oui, il est important de féliciter cette jeune femme pour son texte.
      Par ailleurs ce texte me semble quand même une reprise des propos qu'on entend maintenant sur l'identité de genre. Honnêtement, ce discours m'étonne et j'anticipe que des jeunes ne sauront plus bientôt comment s'identifier, surtout lorsqu'on mêle une réalité biologique à un ressenti.
      N'y a-t-il pas non plus un certain lobby, de certains médecins,chirurgiens, psychiatres et psychologues qui en tirent profit? N'y a-t-il pas une censure vis-à-vis de critiques envers cette idéologie? Je suis d'accord une réflexion plus poussée s'impose.