Pour la démocratie participative

«Diriger un gouvernement, ce n’est pas diriger une entreprise, les objectifs sont fort différents, les choix beaucoup plus complexes», selon l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Diriger un gouvernement, ce n’est pas diriger une entreprise, les objectifs sont fort différents, les choix beaucoup plus complexes», selon l'auteur.

Le désabusement des Québécois à l’égard des partis politiques serait tel que, selon un sondage publié dans La Presse +, 80 % des gens croient qu’il faut changer le système des partis politiques au Québec. Selon moi, cela devrait concerner tous les ordres de gouvernement, fédéral, provincial ou municipal.

Je me demande si cette évaluation n’est pas due au fait que bien des politiciens ont choisi de prioriser une démocratie représentative, c’est-à-dire un système où il ne subsisterait plus que le processus électoral. Cela signifierait, pour eux, que les citoyens pourraient choisir leurs représentants une fois tous les quatre ans et leur laisser le champ libre entre deux élections. À ça s’ajouterait le fait que, pour beaucoup de citoyens, les promesses électorales ne sont que des promesses, relevant de l’ordre du discours bien davantage que d’une volonté réelle de présenter aux citoyens une vision de société claire, une vision qui marquerait les orientations en fonction desquelles les choix politiques seraient faits. Autrement dit, pour ces politiciens, les promesses servent de carottes pour attirer les électeurs.

Certains élus, tenants de cette orientation, auraient tendance, à mes yeux, à vouloir fonctionner dans une efficacité similaire à celle supposément des entreprises privées. Ils fonctionneraient en se fiant à l’image de l’entrepreneur. Pour cette raison, ils auraient tendance à ne pas estimer stratégique de s’entendre, avant toutes choses, avec toutes les parties prenantes d’un dossier. Cette consultation nécessaire pour que les projets reçoivent une forme d’acceptabilité sociale prend du temps et, on le sait tous, pour des entrepreneurs, le temps, c’est de l’argent. Ce type d’élus semble considérer la consultation citoyenne comme non nécessaire, voire, au pire, comme nuisible.

On peut se questionner sur leur conception de leur rôle et de leur sens de l’État. Diriger un gouvernement, ce n’est pas diriger une entreprise, les objectifs sont fort différents. Les choix sont beaucoup plus complexes à faire que dans une entreprise.

En émergence

Rares sont les politiciens qui auraient choisi de privilégier la voie de la démocratie participative. Toutefois, on voit un peu partout l’émergence de pratiques participatives. Des pratiques qui incluent les citoyens. On peut songer, par exemple, au budget participatif qui se répand dans de nombreuses villes depuis l’expérience de Porto Alegre (Brésil) en 1989. Entre 1300 et 2700 programmes seraient en cours.

Des mécanismes de consultation et de reddition de comptes seraient sans doute des solutions pertinentes pour une véritable démocratie participative, avec des lieux ou des moyens qui permettraient aux citoyens de s’exprimer tout en sachant que les décideurs s’expliqueraient ensuite sur les choix faits. Les citoyens pourraient alors comprendre les raisons derrière les choix faits et, ainsi, avoir le sentiment d’avoir été écoutés et, dans certains cas, d’avoir pu inspirer une action entreprise par des élus au pouvoir.

Toute la question porte sur le type de système dans lequel nous voulons vivre comme citoyens. Voulons-nous des politiciens qui ne veulent nous entendre qu’au moment des élections ou des politiciens qui estiment que les citoyens représentent une partie essentielle du système démocratique ? À l’heure actuelle, il me semble que ce que l’on voit, au Québec et dans les municipalités, ce sont, pour une très large part, des politiciens qui en sont encore à l’étape de la démocratie représentative et qui minimisent l’importance de l’expression citoyenne, bien souvent, diraient certains, au profit de promoteurs ou de grandes entreprises.

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