Le prénom de leur choix pour les universitaires trans

«Actuellement, les personnes trans étudiant au sein de la majorité des universités québécoises sont obligées d’utiliser le prénom qui leur a été attribué à la naissance dans leurs diverses activités universitaires, notamment lorsqu’elles suivent leurs cours.»
Photo: Frank Perry Agence France-Presse «Actuellement, les personnes trans étudiant au sein de la majorité des universités québécoises sont obligées d’utiliser le prénom qui leur a été attribué à la naissance dans leurs diverses activités universitaires, notamment lorsqu’elles suivent leurs cours.»

Une recherche récente utilisant les données de l’Enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) sur la violence sexuelle dans les universités québécoises montre que les étudiants et les étudiantes qui étaient trans, ou qui ont rapporté des identités de genre autres que l’identité de genre qui leur a été assignée à la naissance, étaient deux fois plus à risque d’être victimes de violence sexuelle dans les milieux universitaires par rapport aux autres étudiants et étudiantes (Martin-Storey et al., 2018). Qui plus est, les personnes étudiant dans les universités québécoises participantes à l’ESSIMU qui sont trans (comprenant toute personne dont l’identité de genre est différente de celle assignée à la naissance) étaient plus susceptibles d’être victimes de violence sexuelle de la part d’une personne en position hiérarchique supérieure au sein de leur université d’appartenance (par exemple, de la part du personnel enseignant, d’une personne qui les emploie ou qui les entraîne sur le plan sportif) en comparaison avec les étudiants et étudiantes cisgenres (qui s’identifient au genre qui leur a été assigné à la naissance) (Martin-Storey et al., 2018).

Un prénom

Actuellement, les personnes trans étudiant au sein de la majorité des universités québécoises sont obligées d’utiliser le prénom qui leur a été attribué à la naissance dans leurs diverses activités universitaires, notamment lorsqu’elles suivent leurs cours. Cette situation peut être lourde de conséquences. En effet, les personnes trans des universités québécoises se voient ainsi dans l’obligation d’expliquer l’écart perçu entre leur prénom et leur expression de genre (la manière dont une personne présente publiquement son genre). Ce faisant, elles sont pour ainsi dire forcées de dévoiler leur parcours trans, et ce, particulièrement aux personnes avec qui elles ont des relations hiérarchiques (comme des membres du personnel enseignant, des personnes qui les emploient ou les entraînent au sein des universités). Or, en plus de prêter le flanc à diverses sources de discrimination, ne pas être en mesure de choisir les contextes et les moments où les personnes trans divulguent le sexe qui leur a été assigné à la naissance peut constituer un facteur de vulnérabilité possible, voire probable, à la violence sexuelle subie en milieu universitaire. C’est du moins l’hypothèse à laquelle adhèrent les chercheurs et les chercheuses du domaine.

Bien que des recherches soient nécessaires pour vérifier si le fait de garantir l’emploi du prénom de leur choix aux personnes étudiantes trans réduirait la violence sexuelle dont elles sont l’objet en milieu universitaire, les politiques concernant le changement de prénom peuvent avoir des conséquences positives. En effet, une recherche récente laisse entendre que l’utilisation du prénom choisi réduit le risque de suicide chez les jeunes personnes trans (Russell et al., 2018). De plus, à notre connaissance, certaines universités québécoises ont mis en place des mesures permettant aux personnes étudiantes d’utiliser le prénom qu’elles ont choisi. Des groupes étudiants militent pour mettre en place des mesures permettant aux personnes étudiantes d’utiliser le prénom qu’elles ont choisi dans certaines universités. Une action claire et simple qui peut être mise en place pour assurer un environnement sécuritaire en contexte universitaire pour ces personnes vulnérables.

Alexa Martin-Storey
Geneviève Paquette

Professeure au Département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke

Manon Bergeron
Professeure au Département de sexologie de l’UQAM et chercheuse principale de l’enquête interuniversitaire ESSIMU

Marie-Pierre Boisvert
Directrice générale du Conseil LGBT

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 8 juin 2018 08 h 15

    Question

    Est-ce qu'il n'est pas posssible de faire changer légalement son prénom pour celui de son choix? Et il n'y a pas que dans le milieu universitaire que ça peut mettre certains mal à l'aise, dans d'autres professions aussi et dans le vie de tous les jours.