Cyclistes urbains: revoyons nos comportements

«Il me semble évident que nous pouvons augmenter notre civisme sans diminuer le plaisir de rouler à vélo.»
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Il me semble évident que nous pouvons augmenter notre civisme sans diminuer le plaisir de rouler à vélo.»

Difficile de mieux commencer sa journée de travail qu’en s’y rendant à vélo. On plonge directement dans l’action, on se sent agile, actif, intégré à notre environnement. On se remplit d’adrénaline, on se revire facilement sur un « dix cennes », on exerce notre pouvoir décisionnel coin de rue par coin de rue.

Or, ces derniers temps, le trajet vélo-boulot me semble être devenu particulièrement désagréable. Je me surprends même à me demander si je subis vraiment moins de stress que les automobilistes que je côtoie. Et ça, pas tant en raison du piètre état de la chaussée, du manque de pistes cyclables ou de l’imprudence de certains automobilistes. La source de désagrément, ce sont les cyclistes avec qui je partage la route. Les automobilistes ne sont pas les seuls à déplorer le non-respect du Code de la sécurité routière et l’impression que donnent trop de cyclistes d’être au-dessus de celui-ci.

Qu’on me comprenne bien : les accidents mortels impliquant des automobilistes et des cyclistes sont rarement dus à l’imprudence des seconds, bien au contraire. Que l’on pense à la mort du jeune cycliste sur le mont Royal en octobre 2017, ou à celle de l’étudiante qui rentrait chez elle par la rue d’Iberville en août 2016, les deux cyclistes roulaient en respectant le Code, contrairement à l’automobiliste et au camionneur impliqués.

Prudence et civisme

Les automobilistes, camionneurs, et autres conducteurs doivent continuer à faire preuve de prudence et de civisme envers des usagers qui seront toujours plus vulnérables qu’eux. Mais cela ne nous soustrait pas, nous, cyclistes, aux règles s’appliquant aux déplacements dans les espaces communs. Mon amour du vélo ne m’empêche pas de voir tous ces cowboys dont le vélo remplace le cheval dans le Far West qu’ils s’imaginent traverser. Le fait que notre vitesse et notre taille soient entre celles des piétons et celles des automobilistes ne veut pas dire que nous tombons dans une « craque ».

On a probablement assisté au même type de confusion jadis, lorsque l’auto a remplacé la calèche. Pour accélérer la transition vers une culture du vélo plus respectueuse et plus prudente, je suggère que nous nous rappelions les règles suivantes :

La file parallèle, c’est non. Où d’autre se sent-on à l’aise de faire une file parallèle à celle déjà formée ? À l’épicerie ? À la station-service ? Jamais il ne nous viendrait à l’esprit de dépasser ceux qui attendent en file à ces endroits. Pourquoi alors tant de personnes le font-elles à vélo ? Utilisons donc notre proverbial sens du « premier arrivé, premier servi » pour rétablir un peu de sens au coin des rues.

Quand il y a une piste cyclable, utilisons-la plutôt que de rouler dans la rue. Bien sûr, il est pratiquement impossible de se rendre du point A au point B en ne roulant que sur des pistes cyclables, ce que certains chauffeurs d’autobus semblent oublier. Sans parler que des pistes comme celle de Maisonneuve sont loin de garantir d’être plus en sécurité que dans la rue, comme le prouvent les chiffres de la SAAQ sur les accidents de vélo. Mais quand, dans des rues comme Clark ou de Brébeuf, je vois des cyclistes dédaigner la piste cyclable et faire cavalier seul dans la rue, c’est surtout l’égoïsme de la chose qui me frappe. Quand je vois le même phénomène dans des viaducs qui sont pourtant dotés d’une piste cyclable, alors c’est le danger de la chose qui me saute aux yeux. Un viaduc est l’endroit par excellence où il est difficile, voire impossible pour une auto de respecter la distance minimale avec les cyclistes. Pourquoi choisir l’option la moins adaptée et la plus dangereuse ?

Le zigzag a ses limites. Notre comportement doit être prévisible pour les autres usagers de la route. Parfois, il est nécessaire de quitter l’extrémité de la chaussée pour éviter qu’une auto tournant à droite ne nous percute, par exemple. Mais rouler en zouf parmi les files d’autos, ce n’est ni nécessaire, ni prudent, ni intelligent. On risque de se retrouver quand même bloqué au même feu rouge que tous les autres — et oui, ce feu rouge, il s’applique à nous aussi.

Un piéton n’est pas un obstacle à contourner. Les automobilistes qui me frôlent lorsque je traverse à pied un coin de rue m’agacent drôlement ; c’est aussi le cas lorsque je vois des cyclistes passer entre les piétons en les frôlant, sans aucune considération pour leur sentiment de sécurité. Au risque de me répéter, nous partageons la route, nous ne la dominons pas.

Bien sûr, n’importe quel cycliste pourra trouver des excuses pour justifier l’un de ces comportements ; les pistes sont bondées, je suis en retard, j’ai le droit d’exercer ma liberté individuelle. Or, on a tendance à trouver tous ces arguments carrément stupides chez les automobilistes. Pourquoi alors seraient-ils légitimes pour nous ? Ultimement, nous sommes les seuls maîtres de notre guidon. Rejeter la faute de nos mauvais comportements sur les autres usagers de la route revient à faire exactement ce que nous leur reprochons.

Il me semble évident que nous pouvons augmenter notre civisme sans diminuer le plaisir de rouler à vélo. En fait, je pense que nous serions les premiers à y gagner.

19 commentaires
  • Lise Leclerc - Abonnée 6 juin 2018 00 h 55

    Le respect des piétons

    Il faut rappeler aux cyclistes et aux piétons que leur mauvais comportement peut avoir des conséquences graves. En effet, s’il y a accident, ce n’est pas la SAAQ qui va couvrir vos frais médicaux (ou même pire, le décès) puisque dans ces circonstances, il n’y pas de véhicule à moteur d’impliqué. Ce sont les assurances privées du cycliste et du piéton qui vont devoir couvrir ces frais dans la mesure où ces personnes sont couvertes par une assurance privée. Une dame a perdu l’usage d’un œil à la suite à une collision avec un cycliste parce que ses lunettes se sont fracassées dans son visage. Elle a dû poursuivre le cycliste.
    Rédigé par une cycliste vélo/boulot depuis 37 ans qui est aussi exaspérée.

    • Hélène Fortin - Abonnée 6 juin 2018 19 h 26

      Etant ancienne cycliste et maintenant piétonne (j'ai 63 ans et travaille encore en utilisant les transports en commun) et considère maintenant qu'il est trop dangereux de faire de la bicyclette à Montréal, je déplore depuis plusieurs années le manque de civisme des cyclistes envers les piétons... L'an passé, j'avais fais part de mes préoccupations au maire d'arrondissement de Rosemont Petite-Patrie, à Vélo Québec et à Piétons Québec par courriel, afin d'amorcer une réflexion sur le sujet du civisme et du cyclisme à Montréal... Personne n'a daigné me répondre. Et je continue, en tant que piétonne qui commence à être âgée, à être très prudente pour tenter d'éviter de me faire renverser par un ou une cycliste intrépide et imprudente... Ce n'est pas de tout repos, croyez-moi. Et avec l'augmentation de la population plus âgée, il est plus que temps que nous portions attention à cette problématique. Donc, merci pour cette opinion d'aujourd'hui qui rejoint vraiment mes préoccupations.

  • Jean Lacoursière - Abonné 6 juin 2018 05 h 42

    Partiellement d'accord

    Pas rouler deux de large? Absolument d'accord.
    Respect absolu des piétons? Mettez-en!

    Pour le reste, en quoi ça vous regarde si j'ai envie de rouler dans le trafic parce que je vais presque aussi vite et trop vite pour la piste cyclable? J'ai le plein droit d'y être en plus.

    • Gaetan Toupin - Abonné 6 juin 2018 09 h 48

      C'est ça le problème, les droits.
      Rouler dans la circulation volontairement au lieu de prendre la piste cyclable.., Bien sur vous en avez le droit, mais alors vous nuisez à la circulation automobile sur la voie publique.
      C'est exactement la même situation qui se passe lorsque des autobus négligent de prendre la voie qui leur est réservée.
      Le je, me, moi semble , chez vous, remplacer le respect des autres.
      On le dit, on partage la route. Donc si une voie est réservée aux cyclistes, celle-ci devrait être favorisée.

    • Jean-Charles Vincent - Inscrit 6 juin 2018 10 h 38

      Le plein droit et les obligations qui vont avec. C'est tout le point de Mme Morasse. Et à partir du moment où vous rouler dans le traffic, n'importe quel traffic, çà regarde tout le monde!! Je conduis un camion de 5 tonnes et ma route m'amène sur la voie de service de Métropoilitain mieux connu sous le nom de Crémazie.. Et j'y vois souvent des cyclistes. Et combien de fois j'ai attendu ...et attendu pour avoir bien l'espace pour passer et réduit ma vitesse de 20 % en bas de la limite permise,,,,que je respectait déjà pour me ramener au 30 km/hr du cycliste. Mettez-en que çà me regarde et les gens dans la file de voiture qui me suit aussi!!

    • André Barette - Abonné 6 juin 2018 12 h 00

      Mon interprétation est que les pistes cyclables sont réservées aux cyclistes tout comme les autoroutes sont réservées aux automobiles. Pour le reste, le partage s'impose. Rues, ruelles, avenues, boulevards, ronds-points, routes et tout le reste du réseau, doivent être partagés par tous les usagers. À mon sens, la logique des vélos qui nuisent au trafic des voitures est une mentalité appelée à changer. Partageons, non!

    • Gaston Meilleur - Abonné 6 juin 2018 12 h 39

      @ Lacoursière

      CQFD à l'article, alors que l'on parle de civisme, tu exprimes exactement ce qu'Anaïs dénonce

      Est-ce que la solution serait de modifier le code de la route - si une piste cyclable est disponible alors tu as l'obligation de la prendre, c'est ce que tu veux?

      Comme si avec des droits, un minimum d'obligations ne venait pas avec...

    • Gaston Meilleur - Abonné 6 juin 2018 12 h 39

      @ Lacoursière

      CQFD à l'article, alors que l'on parle de civisme, tu exprimes exactement ce qu'Anaïs dénonce

      Est-ce que la solution serait de modifier le code de la route - si une piste cyclable est disponible alors tu as l'obligation de la prendre, c'est ce que tu veux?

      Comme si avec des droits, un minimum d'obligations ne venait pas avec...

  • Mikhael Said - Abonné 6 juin 2018 08 h 48

    À quand des articles à répétition sur le comportement des automobilistes

    Depuis plusieurs années je lis des articles à répétition sur le comportement des cyclistes, sur la dangerosité du vélo etc etc... Je vois plus de policiers dans la rue le matin arrêter des piétons et des cyclistes que des conducteurs de voiture et ce n'est pas pourtant les infractions qui manquent (je ne compte plus le nombre de fois où je vois une voiture sur la piste cyclable ou qui s'arrête sur le pasaage piéton ou encore qui fait un demi tour en pleine rue).
    Évidemment des piétons et des cyclistes ont des comportements inacceptables mais l'acharnement médiatique a traiter de ce sujet plus que du problème des automobilistes (qui créent le plus d'accidents et beaucoup plus dangereux) et du manque de volonté politique d'avoir une ville securitaire qui redonne de la place aux gens me sidère...

    • Claude Lebeuf - Abonnée 6 juin 2018 14 h 05

      Nous sommes effectivement encore dans une période de transition et bien des mesures – même des nouvelles – ne font pas preuve de bon sens, je suis d'accord avec vous.
      Cependant, en tant que piétonne, j'avoue que depuis 4-5 années je crains plus souvent le comportement de cyclistes qui envahissent ma zone d'intégrité – bien sûr, pas tous!
      Et même lorsque je roule à vélo, je constate beaucoup de comportements très individualistes et agressants à l'endroit des piétons.
      Tous les comportements cohabitent (donc du meilleur au pire) sans que le civisme semble une norme partagée par tous.
      Si le civisme était clairement partagé (et pas juste par les cyclistes, vous avez raison), se déplacer serait plus agréable pour tout le monde!
      Il y a de plus en plus d'ouverture et d'intérêt pour l'utilisation du vélo : les cyclistes ne sont plus les victimes que vous décrivez...

  • Jean Richard - Abonné 6 juin 2018 09 h 12

    Avant les piétons, les cyclistes, les automobilistes, il y a les gens

    En classant les gens selon leur mode de transport, on en arrive à oublier que ce sont d'abord et avant tout des gens, des gens qui trop souvent souffrent d'une certaine carence en... éducation, d'où leur manque de civisme.

    Dans cette société qui carbure aux libertés individuelles et au je-me-moi, il n'est pas étonnant de voir des individus adopter un comportement qui ignore totalement la présence de quelqu'un d'autre dans son environnement. Il n'est pas étonnant de voir au quotidien des situations où l'égoïsme semble être la règle. Mais pourquoi donc le civisme et le savoir-vivre en société ne sont-ils la façon d'agir que d'une minorité ? Il y a des gars de char qui roulent à bicyclette et la bonne moitié de ces gars de char sont des filles.

    Et le respect ? D'abord, qu'on arrête d'associer le respect au code de la sécurité routière. Ce code, souvent appelé code de la route, a été fait pour les conducteurs de voitures, pas pour les cyclistes. En voiture, le conducteur est privé de plusieurs de ses sens pour communiquer avec son environnement. Enfermé dans une caisse de deux tonnes, il n'entend rien, sauf les puissantes sirènes des véhicules d'urgence, sa vision est altérée par de nombreux angles morts et même par une perte de visibilité à travers les surfaces vitrées. Sa communication très réduite avec son environnement fait qu'il est préférable d'obéir strictement à certaines règles. À vélo ou à pieds, le respect du code de la route n'est ni une garantie de sécurité, ni une façon d'agir qui doit primer sur l'instinct de survie de même que sur le respect de son environnement (humain). Alors, qu'on nous parle un peu moins de respect du code de la route et un peu plus du respect des autres.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 6 juin 2018 10 h 06

    Les trottoirs et les cyclistes: danger

    Je retiens surtout ceci de l’auteur de ce texte: ‘’Notre comportement doit être prévisible pour les autres usagers de la route’’. J’ajouterais à cette phrase ‘’et de l’espace public’’, comme les trottoirs. Nous sommes très nombreux à attendre les autobus, ce qui se fait de toute évidence sur les trottoirs. Un des comportements des plus dangereux de la part des cyclistes est celui de rouler sur les trottoirs, souvent avec vitesse, dans une direction comme dans l’autre, sans aucun avertissement de leur part même si des gens se trouvent sur le trottoir.

    Concrètement, j’ai souvent vu des cyclistes arriver par derrière moi pour me dépasser de très près, par surprise, alors que j’avais le dos tourné pour voir si l’autobus s’en vient. Le jour où j’aurai la mauvaise idée de bouger un tant soit peu, sans avoir vérifié au préalable qu’un de ces cyclistes contrevenants roule sur le trottoir, je me ferai frapper et devrai vivre avec les blessures occasionnées par son comportement.

    Ne pourrait-on pas au moins les obliger à avoir une sonnette, et surtout s’en servir pour aviser les gens de leur manœuvre imprévisible et dangereuse?