Le président du Sénégal, Macky Sall, un invité indésirable au G7

Le président du Sénégal, Macky Sall, le 6 juin 2017 lors des rencontres du G20 en Allemagne.
Photo: Patrick Stollarz Agence France-Presse Le président du Sénégal, Macky Sall, le 6 juin 2017 lors des rencontres du G20 en Allemagne.

Comme c’est l’usage, le prochain Sommet du G7 verra la participation de certains chefs d’État africains. Ils sont invités à venir échanger avec les dirigeants du G7 sur des questions prioritaires en lien avec les enjeux de développement en Afrique. Parmi ces invités africains figurera Macky Sall, le président de la République du Sénégal. Or l’invitation qui lui a été adressée n’est ni méritée ni justifiée au regard de son sombre bilan sur le plan des droits de l’homme, de la gouvernance économique et de la justice.

Pour régler des comptes politiques, Macky Sall a réactivé la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) sous le prétexte fallacieux de lutter contre les prévarications économiques. Toutefois, la CREI est une juridiction d’exception non conforme aux normes internationales et régionales ratifiées par le Sénégal. La CREI rompt le principe de l’équité du procès, car ses verdicts ne sont susceptibles d’aucun appel.

Macky Sall reste allergique à toute manifestation publique, même pacifique, alors que c’est un droit constitutionnel. Les dernières manifestations dans le pays, illégalement interdites, ont donné lieu à des violences inouïes des forces de l’ordre à l’endroit des manifestants sur qui on a tiré des balles réelles. Le régime de Macky Sall a battu un sinistre record en tuant deux étudiants par balle lors de manifestations à l’intérieur du périmètre universitaire. Selon Amnesty International, « sous la présidence de Macky Sall, les autorités sénégalaises continuent de poursuivre en justice les manifestants qui ont participé et ont osé s’exprimer aux manifestations organisées par des partis politiques et des ONG de même qu’ils utilisent la force excessive, voire parfois arbitraire, pour le maintien de l’ordre lors des manifestations ».

Graves crimes économiques impunis

Macky Sall a accordé à Pétrotim, dirigée alors par son frère, d’importantes concessions d’exploration et d’exploitation pétrolières en violation de toutes les règles en matière de conflits d’intérêts et de délits d’initiés. De plus, Pétrotim est une société uninominale au capital de 10 000 $ qui n’a aucune capacité technique et financière pour remplir ses engagements, sinon à faire de la spéculation. En effet, Pétrotim a aussitôt concédé ses droits à Timis Corporation, laquelle a cédé, à son tour, 60 % des droits à la société américaine Kosmos Energy.

En outre, le règne de Macky Sall est entaché par le plus grand scandale de corruption survenu au Sénégal : l’affaire Arcelor Mittal. En effet, avant que le tribunal arbitral ne fixe le montant des dommages à payer à l’État du Sénégal, Macky Sall et son gouvernement ont ouvert, inopportunément, des négociations qui ont abouti à un accord de 150 millions de dollars (75 milliards FCFA) alors que les préjudices subis par le Sénégal étaient évalués à 5 milliards de dollars (2500 milliards FCFA) par la firme américaine Gustavson Associates.

Au-delà de ces deux illustrations de la mauvaise gouvernance économique au Sénégal, l’odeur de la corruption et de la concussion se dégage de tous les grands chantiers ouverts par Macky Sall et son gouvernement : la construction du Centre international de conférences Abdou Diouf à Diamniadio, l’achèvement de l’aéroport international Blaise Diagne (AIBD), la réalisation du Transport express régional (TER), l’établissement des cartes biométriques, l’indemnisation de la SNEDAI, etc.

Une justice vassalisée

Un ex-juge qui vient de démissionner, avec fracas, de la magistrature souligne dans sa lettre de démission que la justice ne joue plus son « rôle de gardienne des libertés individuelles, de régulateur social et d’équilibre des pouvoirs ». Pire, le président de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS) abonde dans le même sens lorsqu’il affirme que « l’indépendance de la justice n’est pas une réalité » au Sénégal. La justice est instrumentalisée par le pouvoir exécutif à des fins de règlements de comptes et de protection de ses affidés ayant commis les pires crimes. Ainsi, les opposants politiques sont traqués, jugés, condamnés et jetés en prison pour des délits dont la matérialité des preuves est loin d’être établie alors que les thuriféraires du régime, auteurs de graves crimes économiques, voient leur dossier judiciaire mis « sous le coude » selon le propre aveu du président Sall.

Voilà le vrai visage de Macky Sall que certains responsables occidentaux essaient de peindre comme un dirigeant démocrate, bon gestionnaire des maigres ressources de son pays et soucieux d’une bonne administration de la justice. Il n’en est rien ! Macky Sall ne mérite pas d’être à la table du G7. Sa présence souille les valeurs démocratiques, de justice et de respect des règles d’éthique prônées par le G7, particulièrement par le Canada.

3 commentaires
  • Alain Pérusse - Abonné 4 juin 2018 10 h 20

    L'histoire se répète.

    Déjà, au Sommet de la francophonie de Québec, en 1987, il y avait une brochette de ces dictateurs du même acabit, invités pour faire bonne mesure.

  • Michel Leclerc - Abonné 4 juin 2018 20 h 25

    Un invité, a-t-on le choix ?

    certes les exactions du président Sall sont inacceptables sous l'aspect de la vie humaine. Toutefois, nous, occidentaux (Européens, Américain et leurs satellites), Que faisons-nous dans les faits pour faire en sorte que de réelles pressions puissent s'exercer pour que de tels régimes ne puissent pas exister? Et cela sans prendre en ottage les peuples concernés ? Cherchez un peu et vous trouverez des intérêts financiers et des rapports de force qui permettent ce «laisser-faire» ou, encore plus grave, ces exactions pour mieux soutirer quelque chose des pays africains. Ceux qui se sont partagé l'Afrique se demandent aujourd'hui ce qui se passe ? Hum, commencez à leur parler de partage des biens, des richesses et de l'interdépendance entre les peuples. Peut-être que là, ils commenceront à partager, dialoguer, reconnaitre l'autre à part entière. Dans un monde où la richesse matérielle et financière sont mises de l'avant, tout comme cela s'est fait auparavant, ne serait-il pas important de souligner que tout cela repose, en premier, sur des gens, des personnes et non des entités invisibles et virtuelles.

  • Amadou Thimbo - Inscrit 5 juin 2018 12 h 12

    ATTENTION ARTICLE DANGEREUX

    Être a distance et sombrer dans la calomnie est un acte de bassesse extrêmement grave. À vous entendre, on croirait que le Sénégal a basculè dans une sombre dictature. Cela est de plus scandaleux, venant de la part d'un professeur comme vous, c'est honteux. De grâce, évitez de salir l'image de notre pays. Voir le verre à moitié vide ou a moitié plein serait se perdre dans le débat.
    Récemment, j'ai personnellement publié ceci.
    Le président Macky Sall est plus que jamais conforté pour gagner la présidentielle de 2019. Ceci pour les raisons suivantes :
    1. Le PUDC a été d'un grand succès, car il a permis à des zones de notre pays autrefois oubliées de sortir de l'isolement, de la pauvreté extrême, voire de l'exclusion;
    2. Le PUMA a permis à nos zones frontalières de sortir de l’extrême pauvreté;
    3. Le programme de rénovation de nos cités religieuses une parfaite illustration d'une vision éclairée du président Macky Sall, dont la portée et l’impact sont fortement salués par les populations ;
    4. La bourse de sécurité familiale a permis à des familles de bénéficier d'un soutien de l’État;
    5. La carte d'égalité des chances a permis à des personnes autrefois exclues de notre société de retrouver leurs dignités;
    6. Que dire de la couverture maladie universelle, qui fait tache d'huile auprès de nos populations?
    7. Ila Touba en fin d'achèvement ne devrait-il pas être salutaire et salué, car étant un vecteur de développement de notre pays?
    8. Faut-il encore douter du TER en cours d'achèvement, dont l'objectif n'est autre que le désenclavement, voire, faciliter la mobilité à Dakar et dans sa banlieue ?
    9. La construction du pont entre le Sénégal et la Gambie, autrefois impossible et presque en voie d’achèvement dont la finalité aura un impact positif pour nos compatriote de la Casamance, n'est-elle pas à saluer et à mettre à l’actif du président Macky Sall ?
    10. Le succès politico-diplomatique et l’engagement militaire du Sénégal dans la résolution de la crise gambienne, d