Les propriétaires s’insurgent contre la culture du cannabis à domicile

Au Québec, un locataire peut continuer de fumer illégalement de la marijuana pendant des mois avant que le propriétaire obtienne une audience à la Régie du logement, déplore l'auteur du texte.
Photo: iStock Au Québec, un locataire peut continuer de fumer illégalement de la marijuana pendant des mois avant que le propriétaire obtienne une audience à la Régie du logement, déplore l'auteur du texte.

Les propriétaires de logements locatifs procurent un toit à des ménages et à des familles vivant en collectivité dans une promiscuité où les comportements des uns affectent le bien-être des autres. Au-delà de l’obligation légale de procurer pleine jouissance paisible des lieux au locataire, le propriétaire a aussi l’obligation morale d’offrir un lieu où le vivre-ensemble implique des limites aux libertés individuelles : faire du bruit, négliger la propreté, garder un animal dangereux, fumer, etc. Or, la légalisation du cannabis est incompatible avec ces obligations et représente un danger réel pour les occupants.

Les propriétaires sont responsables du bien-être de familles, d’enfants, d’aînés et de personnes malades. En bons pères et mères de famille, ils ne peuvent que s’opposer fermement à la légalisation de la culture du cannabis à domicile.

Au Québec, un locataire peut continuer de fumer illégalement de la marijuana pendant des mois et parfois même pendant deux ans avant que le propriétaire obtienne une audience à la Régie du logement. Les délais judiciaires y sont démesurés. Ce tribunal ordonnera alors de cesser l’activité — ordonnance qui ne sera pas forcément respectée par la suite — ou résiliera le bail.

En pratique toutefois, le propriétaire seul ne peut pas faire cesser la consommation, la culture ou même le trafic de cannabis. S’il s’adresse au tribunal, le propriétaire aura le fardeau de la preuve et les plaignants — les autres locataires — craindront de témoigner contre leur voisin.

Attrait économique

Fumer et cultiver le cannabis a jusqu’ici été une activité criminelle, mais plusieurs enfreignent la loi : 42 % des propriétaires ont, dans la dernière année, constaté qu’un locataire fumait du cannabis et 5 % ont découvert une culture dans au moins un de leurs logements. En légalisant le cannabis, la consommation s’étendra et les problèmes dans les immeubles aussi. L’attrait économique qu’auront les individus pour la culture à domicile, désormais encouragée par le gouvernement fédéral, fera bondir le taux de locataires qui s’y adonnent, au détriment de la santé, de la sécurité et des relations entre locataires voisins.

La culture de cette drogue à domicile est déjà une catastrophe : humidité excessive causant des moisissures, équipements ou procédés non sécuritaires, absence de contrôle, revente et distribution à des tiers. Cela entraîne l’augmentation de la prime d’assurance, la dégradation du bâtiment et le départ de locataires voisins affectés. C’est sans compter les risques d’incendie, de dommages et de querelles interminables entre locataires et propriétaires.

Le propriétaire épuise son temps de gestion dans des démarches judiciaires pour tenter de rétablir l’équilibre de vie indispensable aux locataires. Permettre à monsieur et madame Tout-le-Monde de cultiver son cannabis dans un lieu résidentiel qui ne lui appartient pas est inconcevable, alors que le produit sera accessible en magasin et en ligne. En ce qui concerne cette culture à des fins personnelles, comment contrôlerait-on la limite de quatre plans autorisés par le gouvernement du Canada ? Impossible.

Il est tout aussi inquiétant de penser que la loi fédérale banalisera le produit et ses effets sur la santé. Le Québec adoptera sous peu une loi interdisant la production à domicile, mais le fait qu’une loi fédérale l’autorisera lance un message inverse qui, déjà, cautionne moralement les gens à le cultiver, y compris pour faire de l’argent.

Les ministres fédéraux de la Santé et de la Justice ont récemment cosigné une lettre défendant leur approche en comparant la culture du cannabis à la production à domicile de bière ou de vin. Entendons-nous, fabriquer de la bière est complexe et coûteux, alors que fabriquer du cannabis est facile et lucratif. Quant aux effets sur la santé, comment peut-on oser comparer le cannabis à la bière ?

En toute logique, le gouvernement fédéral ne devrait pas permettre la culture du cannabis à domicile.

9 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 1 juin 2018 03 h 46

    « Comment peut-on oser comparer le cannabis à la bière ? » (Benoit Ste-Marie)

    Le houblon et le cannabis sont tous les deux de la même famille : les Cannabacées…

    Mais ! vous avez raison, c'est ridicule de comparer un type qui fume un pétard avec sa blonde dans son salon et une bande de jeunes munie de quelques caisses de 24 (bières) pour veiller le samedi soir au logement…

    En fait, à lire vos doléances, je m'explique mal ce qui pousse les membres de votre association à s'embarrasser d'immeubles à logements locatifs, à moins que ce ne soit par esprit de mortification.

    Par ailleurs, des articles dans ce journal traitent, depuis hier, de l'insalubrité dans les maisons de chambres montréalaises ; est-ce que l'absence d'entretien de ces immeubles et la décrépitude qui s'en suit serait imputable à «la culture du cannabis à domicile» ?

  • Nadia Alexan - Abonnée 1 juin 2018 06 h 00

    Une idée farfelue qui n'a pas sa place dans une société civilisée.

    La culture du cannabis à la maison est une idée farfelue et regrettable. La liberté individuelle ne doit pas empiéter sur la liberté des autres. Justin Trudeau s'obstine de maintenir une idée qui ne marche pas en pratique. Le même problème va se produire au seine des condos. Il faudrait que le gouvernement fédéral interdise la consommation et la culture du cannabis dans les domiciles pour garder la paix sociale et le bien-vivre ensemble.

  • Serge Granger - Abonné 1 juin 2018 09 h 07

    C'est si facile à régler

    Les raisons évoquées par M. Ste-Marie sont comprehensibles, beaucoup plus que celles énoncées par la Ministre Charlesbois (que des enfants peuvent tomber sur les plants et les manger !!!). La solution est très simple: les propritétaires d'immeubles locatifs (individuels, corporatifs ou ass. de condos) décideront si la culture est permise ou non et les propriétaires de bungalow décideront eux-mêmes s'ils veulent cultiver des plants (max. 4) dans leur cour ou leur sous-sol. Ne nous berçons pas d'illusions, cette interdiction vise à maintenir le monopole d'État pour en soutirer un maximum de bénéfices financiers.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 juin 2018 11 h 39

      Des rapports policiers indiquent que le crime organisé s’apprête à s’impliquer dans la production légale de cannabis afin de compenser la perte de ce marché au profit de l’État.

      Son but est de prendre le contrôle de l’approvisionnement à la Société québécoise du cannabis, responsable de sa distribution. À cette fin, on créerait des usines de production financées par des sociétés-écrans situées dans des paradis fiscaux.

      On devine le reste. Une fois ses usines de productions reconnues, la pègre éliminerait ses concurrents par des menaces, par l’extorsion et par des actes criminels. Jusqu’à reconstituer le monopole qu’elle a déjà.

      En interdisant la production personnelle de cannabis, le gouvernement Couillard contribuera également à ce monopole de la pègre. Il ne s’agit plus du simple monopole d’État au niveau de la distribution (comme vous le suggérez), mais également celui de la production.

      L’État deviendrait ainsi le distributeur au détail du crime organisé.

      Pour plus de détails :
      https://jpmartel.quebec/2018/02/12/declaration-des-avoirs-dans-paradis-fiscaux/

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 juin 2018 11 h 39

      Des rapports policiers indiquent que le crime organisé s’apprête à s’impliquer dans la production légale de cannabis afin de compenser la perte de ce marché au profit de l’État.

      Son but est de prendre le contrôle de l’approvisionnement à la Société québécoise du cannabis, responsable de sa distribution. À cette fin, on créerait des usines de production financées par des sociétés-écrans situées dans des paradis fiscaux.

      On devine le reste. Une fois ses usines de productions reconnues, la pègre éliminerait ses concurrents par des menaces, par l’extorsion et par des actes criminels. Jusqu’à reconstituer le monopole qu’elle a déjà.

      En interdisant la production personnelle de cannabis, le gouvernement Couillard contribuera également à ce monopole de la pègre. Il ne s’agit plus du simple monopole d’État au niveau de la distribution (comme vous le suggérez), mais également celui de la production.

      L’État deviendrait ainsi le distributeur au détail du crime organisé.

      Pour plus de détails :
      https://jpmartel.quebec/2018/02/12/declaration-des-avoirs-dans-paradis-fiscaux/

  • Simon Grenier - Abonné 1 juin 2018 09 h 13

    Vision apocalyptique

    Hmm, il souffle un vent de panique mensongère à la CORPIQ. "(...) humidité excessive causant des moisissures, équipements ou procédés non sécuritaires, absence de contrôle, revente et distribution à des tiers (...)", voilà des caractéristiques de la culture industrielle du cannabis mais qui ne s'appliquent à quelques plants. La production d'un à quatre plants - qui prend tout de même plusieurs mois! - ne sera jamais assez rentable pour justifier un équipement ayant une consommation électrique supérieure à, disons, un éclairage résidentiel typique. Le contrôle d'humidité pour quelques plants sera encore moins justifié financièrement. Quant à la "distribution", elle s'apparentera plutôt aux tomates cerises que je fais pousser sur mon balcon et que je donne à quelques amis. Certainement pas de quoi causer la circulation continue d'individus louches qui pourraient intimider les voisins. En gros, la loi qui s'en vient autorisera la culture de quelques plantes intérieures beaucoup plus proches du coléus de Pruneau et Cannelle dans Passe-Partout que du crime organisé. Les propriétaires vraiment inquiets et suspicieux pourraient simplement passer et saluer leurs locataires une fois de temps en temps pour s'assurer que tout va bien avec le logement - oh non! Une visite de courtoisie à ses locataires, quelle "catastrophe"! Quant à moi, ce serait plutôt une amélioration de la relation propriétaire-locataire typique... Enfin, l'affirmation que "fabriquer du cannabis est facile est lucratif" est tout simplement fausse. Faire pousser et survivre une plante, c'est facile. La faire croître de façon à combler ses besoins au fil de sa croissance pour obtenir un résultat très précis, ça ne l'est pas du tout. Et encore une fois, on obtiendra un revenu d'appoint permettant de s'acheter des chips toute l'année, sans plus. Là où la CORPIQ ne se trompe pas, toutefois, c'est au sujet de la consommation. Ça, c'est un cheval de bataille légitime et défendable - avec des arguments valables!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 juin 2018 09 h 16

    Certains bons arguments

    En tant que locataire, s’avoue ne pas avoir eu de prédisposition favorable à la thèse de M. Ste-Marie.

    En Floride, j’ai eu connaissance d’un propriétaire d’un parc de maisons mobiles (celui adjacent au nôtre) qui est entré dans la roulotte d’une Québécoise pour expulser son copain sous la menace d’une carabine. Ce propriétaire trouvait inconcevable qu’on puisse vivre dans le péché dans son parc.

    Pour moi, un locataire est chez lui dans son appartement et conséquemment, n’a pas à soumettre sa façon de vivre à la désapprobation morale du proprio.

    Mais j’avoue que certains arguments invoqués par le signataire de cette lettre ont ébranlé mes convictions.

    Non pas au sujet de fumer un joint dans son appartement, ce qui ne le regarde pas. Mais plutôt au sujet de la culture de cannabis en appartement.

    Le taux élevé d’humidité et le stress imposé aux circuits électriques (et le risque d’incendie qui en résulte) sont deux arguments qui m’incitent à penser que, peut-être, la culture de cannabis devrait être interdite _à l’intérieur_ d’un logement.

    Comme c’est le cas de l’élevage d’un animal de boucherie ou de la présence d’un poulailler dans un appartement.