Les souverainistes, ces perdants à répétition

La génération qui porta le référendum de 1995 a pour ainsi dire «décroché», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir La génération qui porta le référendum de 1995 a pour ainsi dire «décroché», affirme l'auteur.

Les années passent, l’actualité peine à reprendre son souffle, d’une manchette à l’autre, la saga des interminables rebondissements du camp souverainiste fait la une, encore et encore. On présente, en le voulant ou non, la bande de lurons qui veut faire de la Province of Quebec un État souverain comme des chicaniers accros à la controverse. Faisons le bilan avant qu’un autre trublion nous sorte un nouveau lapin de son chapeau.

Des démissions fracassantes, des potins sur les émotions de Martine Ouellet, des députés choqués qui vont bouder dans leur coin avec un nouveau parti. PKP en réserve de la République qui reviendra peut-être manger de l’intention de vote caquiste. Lisée et son caucus de demi-mesures qui nous sort des surprises pour revivre. Les solidaires qui veulent être souverains à condition que. Le Bloc qui n’en finit plus de mourir et qui se coalise contre sa chef. Et puis tant d’autres choses que je ne comprends plus, comme tellement de monde. Puis les intentions de vote qui, de mois en mois, d’année en année, nous rapprochent de la marge d’erreur du sondage. Les gens lâchent, ils sont ailleurs, comme moi, qui ne suis juste plus là.

Nous, souverainistes de tous partis et d’ailleurs, ne sommes pas au festival des bonnes nouvelles… et ça dure depuis je décrochais des pancartes du Oui dans Limoilou. Mais qu’est-ce qui s’est passé, au juste, depuis 20 ans ? Peut-être même depuis 40 ans ? Pourquoi tant de gens sont-ils partis à gauche, à droite, ou juste nulle part ?

Dans mon écosystème de ce qui me reste de vieux chums souverainistes, tout le monde est parti, comme dirait la mère-chanson, chacun de son bord. Notre génération, celle qui a porté les premiers chandails du Bloc, puis qui a vu l’élection de 1994, les discours de Bouchard et au final le référendum, a pour ainsi dire décroché. Pour mille raisons.

Dans son dernier livre, Parizeau disait « qu’ils sont tombés de haut ceux-là ». Pourtant, ce n’est que la pointe de l’iceberg : il y a tous ceux qui ne sont juste plus là du tout.

La conjoncture, avant d’être un mot compliqué au Scrabble, ne joue pas pour nous, depuis des lunes, c’est vrai. Bien sûr, deux grandes défaites, le fait qu’on n’est plus au pouvoir depuis 2003 (sauf la note de bas de page du gouvernement Marois), puis, la démographie, le temps, le français qui recule, et puis ces maudits jeunes qui comprennent jamais rien, les chefs qui lâchent, l’argent puis les votes ethniques, puis tout ce qu’on voudra bien déconstruire pour se dire que ça va donc mal.

Mais il y a autre chose aussi. Même si on dit que la chicane est dans « notre ADN », a-t-on pris le temps de mesurer, juste depuis 20 ans, l’impact de nos interminables vaudevilles ? Les départs fracassants, les refondations perpétuelles, nos articles et leurs répliques, les dates du prochain référendum, les innombrables courses à la chefferie, les chartes, les « je dois m’occuper de mes enfants » ou même le naufrage d’Option nationale ou du Nouveau Mouvement pour le Québec, puis d’autres… et tant d’autres niaiseries qu’on sert au peuple depuis 1995, on en fait le bilan ? D’où qu’elles viennent, qu’elles soient péquistes, solidaires ou d’ailleurs, tout ça, ces chicanes de choqués-choqués qui font bâiller, voire rire le monde, posons-la la question, est-ce que ça a été inspirant ? Poser la question… ce ne serait pas essayer de répondre à un discours de Parizeau ? « Ne pensez pas que les gens ne voient pas ça. »

Le fait est que, depuis 20 ans, sans discipline ni victoire ou clarté à l’horizon, choisissez votre coupable, nous avons épuisé une génération complète à nous crier après sur la place publique. Dire que c’est la faute aux maudits péquistes ou aux médias est incomplet, voire trop confortable comme réponse. Quelles que soient nos allégeances, nous sommes tous responsables d’avoir gaspillé l’histoire. Depuis sa mort, personne n’a pensé à balayer le champ de ruines dont Monsieur parlait.

N’entends-tu pas le cri ? C’est celui de ceux qui perdent tout le temps.

48 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 31 mai 2018 04 h 24

    Jean-Olivier Chénier et Louis-Joseph Papineau, les chefs des Patriotes, des perdants à répétition?

    Quel texte défaitiste. Les Canadiens français du temps de la Conquête n’auraient pas entretenu de telles jérémiades. Les Patriotes ne se sont jamais rendus même au péril de leur vie devant un adversaire omnipuissant, l’Empire britannique. Du fond de leur prison en attendant leur pendaison illégitime, tout le monde s’est tenu debout.

    Le mal du siècle semble être l’hyper-individualisme. Ils sont là les jeunes, du « bobo » du Plateau en passant par nos anarchistes sans cause de l’UQAM. En cette période de la très Sainte rectitude politique, c’est toujours « in » de se faire passer pour quelqu’un qui se soucie non seulement de sa langue et de sa culture, mais aussi de l’environnement et des moins fortunés de la planète, mondialisme oblige, tout en sirotant son café latté à dix dollars. Mais la bottine ne suit pas les babines. Les autres, la génération X, ils se sont réfugiés dans le confort d’une vie matérialiste et mercantile. Aujourd’hui, la dimension de la singularité de l’individu outrepasse toujours celle de l’universalité.

    Évidemment, avec toutes les frasques de certains souverainistes, personne ne s’y retrouve. Mais le champ de ruine n’est pas seulement l’œuvre des désœuvrés du mouvement indépendantiste. Ils ont reçu beaucoup d’aide de la part de ceux qui ont toujours voulu assimiler ou bien tout simplement écraser ces irréductibles gaulois d’un pays de neige qui porte leur histoire à travers leurs accents. Ajouter à cela l’empire technologique et médiatique anglo-américain qui est le maître incontesté partout dans le monde, les Québécois se sentent de plus en plus démunis face à cette assimilation sournoise.

    Mais l’histoire ne se tisse pas en conjonctures, mais dans des actions bien posées. Abandonner, c’est s’oublier soi-même. On ne pense pas que Jean-Olivier Chénier et Louis-Joseph Papineau, les chefs des Patriotes, se sont sentis comme des perdants à répétition.

    • Gilles Bousquet - Abonné 31 mai 2018 20 h 20

      La réponse à la question au premier paragraphe : OUI. Intelligents, dévoués mais...plus perdants que gagnants.

  • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2018 07 h 06

    Les solidaires ne pose aucune condition à l'indépendance

    "Les solidaires qui veulent être souverains à condition que.." nous lance à la légère Yannick Cormier

    Franchement, je n'en suis pas revenu de lire une telle énormité de la part de quelqu'un qui se prétend historien! Un historien qui répète les ragots partisnas des péquistes sans vérifier..

    - Non mais.? - Quelle espèce d'historien est-ce que c'est ça?

    Quand on sait que Québec solidaire propose de créer une Assemblée constituante "CITOYENNE" et "NON PARTISANE", autonome et élue au suffrage universel et qu'il le répète depuis une décennie!

    — Comment Québec solidaire pourrait-il imposer ses propres conditions là-dedans?

    Or donc, Québec solidaire ne pose "aucune condition" préalable à l'indépendance. Ce qu'il dit, c'est que l'indépendance n'est pas une fin en soi, mais un moyen pour que le Québec puisse entièrement décider des politiques qu'il veut ensuite.

    Alors que les péquistes qui exigent sans cesse une indépendance sans conditions, sont les premiers à exiger des conditions gagnantes avant de procéder, et ce, depuis 23 ans!

    Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2018 09 h 22

      Un simple petite recherche d'une minute sur le Web m'a permis de découvrir que Yannick Cormier "historien", était en réalité un historien... de la Sûreté du Québec !

      - Quelle farce..

    • Léonce Naud - Abonné 31 mai 2018 09 h 33

      Si Québec solidaire n'est pas une métastase fédérale, il en a à la fois l'apparence et la substance. Vu d'ailleurs et de loin, à partir de l'Amérique normale, ces chicanes sans fin entre gauche et droite au sein d'une ethnie semi indigène en voie de dissolution finale apparaît aussi surréaliste que si des Algonquins de droite s'épuisaient à vilipender des Algonquins de gauche tandis que les Visages-Pâles s'emparent de leurs territoires de chasse.
      C'est un fait connu que la distance donne du recul. Dites, M. Montmarquette, un séjour au Youkon d'une durée minimum de 10 ans, êtes vous certain que çà ne vous plairait pas ? Les aurores boréales sont splendides, le poisson local est excellent tout comme la bière et les Fish and Chips, et les grands espaces, et les belles montagnes arrondies pour n'avoir jamais connu de glaciation ! Il y a bien quelques braves grizzlies, mais en faisant un peu attention, çà devrait aller.

    • Colette Pagé - Abonnée 31 mai 2018 10 h 05

      Trève de bavardage. L'on jase. Ne croyez-vous pas Monsieur Montmarquette que dans un monde idéal si l'on mettait de côté l'esprit vengeur de certains solidaires que l'union des forces souverainsites ne ferait pas la différence lors du prochain rendez-vous électoral et que face aux fédéraleux ce front uni constituerait une force de frappe significative qui pourrait faire toute la différence pour un monde meilleur ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2018 10 h 29

      "l''esprit vengeur de certains solidaires.." - Claude Gélinas

      Résumer, pour ne pas dire carrément travestir la création de tout un parti politique sur un effort de 15 ans à une question de vengence contre le PQ, est non seulemement prétencieux, mais extrêmement réducteur.

      QS ne se bat pas contre les péquistes, mais contre toute la droite néolibérale et ça comprend le PQ.

      Pourquoi ne tenez-vous pas le même discours de "vengence péquiste" contre les fédéralistes?

      75% du Congrès, soit plus 560 membres sur 750 ont voté pour la 3e fois contre toute alliance avec le PQ et ce, après une consultation générale des membres qui a duré plusieurs semaines.

      Vous ne referez pas l'histoire, revenez-en et attelez-vous sur le scrutin proportionnel.

      Christian Montmarquette

    • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 31 mai 2018 10 h 52

      Vide et sans contenu. L'éternel publi reportage de M. Motmarquette. La redondance à ''répétition''. Faut le faire.

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2018 13 h 52

      "Si Québec solidaire n'est pas une métastase fédérale.." - Léonce Naud

      Avec un PQ sans référendum au programme durant 27 ans jusqu'en 2022, il faut être culotté pour insinuer que QS serait soi-disant une métastase du gouvernement fédéral. Alors JAMAIS il n'y a eu l'ombre d'un fait pour étayer cette thèse farfelue typiquement péquiste, et que les faits et l'histoire ont clairement démontrés que, non seulement le PQ a largué, mis en veilleuse, trait-d'unionsié, beau-risquisé l'indépendance à moultes reprises. Mais que le ministre péquiste Claude Morin, père de l'étapisme, était sur le payroll de la GRC.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2018 15 h 08

      "Vide et sans contenu." - Dominique Vadeboncoeur

      Et quel est donc la grande substance et le contenu de votre propre commentaire Vadeboncoeur?

      Même pas foutu d'écrire un pragraphe complet et d'étayer votre point de vue.

      - Pfft!

  • William Dufort - Abonné 31 mai 2018 07 h 38

    Cul de sac

    Merci M. Cormier, d'avoir trouvé les mots pour exprimer ce que moi aussi je ressens. Mon écosystème de vieux chums souverainistes ressemble étrangement au vôtre. Après 1995, j'ai cru à tort que les jeunes étaient naturellement, presque par défaut, souverainistes et que la marche vers la souveraineté était inexorable. Quelle erreur.

    Et nous voici dans le cul de sac que vous décrivez. Le mouvement n'est plus inspirant. Ses chefs de file non plus. C'est ainsi que, mine de rien, on passe à autre chose.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 31 mai 2018 07 h 40

    «nous sommes tous responsables d’avoir gaspillé l’histoire» (Yannick Cormier)

    Les fossoyeurs de l'Indépendance, ce sont les étapistes-souverainistes-associatifs (sic): dès la convention de 1974, le couple Lévesque-Morin a entamé la dilution du projet séparatiste (i.e. l'Étapisme).

    Hormis le bref épisode du règne de Jacques Parizeau -que son parti s'est empressé de pousser vers la sortie-, de tergiversations en attentismes en passant par l'austérité, c'est le PQ lui-même qui est le fossoyeur de la séparation.

    • Robert Libersan - Abonné 31 mai 2018 09 h 45

      Le drame du PQ, c'est qu'en son sein, il existe deux sortes de fossoyeurs : les «purzédurs» et les «mous». Les uns imputent la faute de l'échec à l'autre ou vice-versa. Votre texte, M.Lacoste, en est l'illustration même. On passe notre temps à se tirer dans les pieds.

      Robert Libersan

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 31 mai 2018 07 h 45

    Bref !?!

    « N’entends-tu pas le cri ? C’est celui de ceux qui perdent tout le temps. » (Yannick Cormier, Historien)

    De ce cri patriote, une douceur :

    De « ceux qui perdent tout le temps », il y a ceux (A) qui, parmi eux et se tenant debout, espèrent gagner tout le temps !

    Bref !?! - 31 mai 2018 –

    A : Ceux et celles qui, ayant vécu (du temps de Duplessis-Léger, en particulier) ou vivant le rêve (celui des René-Lévesque … .), partageant un « Patriotisme québécois souterrain », demeurent toujours des gagnants ! Yahou !

    • Monique Bisson - Inscrit 31 mai 2018 11 h 22

      Tout à fait, M. Blais, et parmi celles et ceux qui demeurent toujours souverainistes malgré les aléas de la conjoncture politicosociale au pays du Québec, du poids des années, de la vie quoi, nous sommes nombreuses et nombreux à nous répéter, et ce, sans perdre espoir les paroles de Miron : « Cela ne pourra pas toujours ne pas arriver »!

      Monique Bisson (souverainiste, fière descendante de Léonore Chénier)

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 juin 2018 07 h 49

      Oui, Mme Bisson, le jour où « Cela » arrivera, tout Québec re-chantera Gens du Pays (A).

      Entre-temps, et en toute intimité patriotique, et ce, depuis la Nouvelle-France, célébrons notre identité, nos souvenirs, notre Sentier (B), notre Nation-Pays …

      … à la québécoise ! - 1 juin 2018 -

      A : https://www.youtube.com/watch?v=fEIJrW_auCE ;

      B : https://www.youtube.com/watch?v=emQjK4KFBLM .