Personne n’est parfait

«Personne ne peut être parfait toute sa vie durant, ni Miron (notre photo), ni Nadeau, ni le soussigné.»
Photo: Jacques Grenier Le Devoir «Personne ne peut être parfait toute sa vie durant, ni Miron (notre photo), ni Nadeau, ni le soussigné.»

Il est difficile, et peut-être même impossible, de gagner un procès entrepris de mauvaise foi. Jean-François Nadeau ne m’a jamais porté dans son coeur et il se surpasse dans un billet intitulé « 1995 » en m’associant gratuitement à nul autre que Sugar Sammy, sans vouloir faire d’humour. Le spécialiste de Robert Rumilly, qui s’imagine volontiers de gauche, m’attaque cette fois-ci parce que je ternis l’image iconique qu’il se fait de Gaston Miron dans De l’avantage d’être né, autobiographie dont l’énorme défaut est, à son avis, d’insister sur mon existence.

Nadeau ne veut pas croire qu’après le référendum de 1980, Gaston Miron et Jean-Éthier Blais, lors d’un banquet de la SSJB, avaient souhaité que seuls les citoyens nés au Québec aient droit de vote lors d’un prochain référendum. L’historien Nadeau, qui était à l’époque un garçonnet (né en 1970), ne peut imaginer de faiblesses à Miron ou d’outrances nationalistes parce qu’il l’a connu à un autre moment, quinze années plus tard, aux Éditions de l’Hexagone. Il est convaincu que je répands au sujet de Miron des « fake news ». Nous avons pourtant publié, chez Boréal, l’excellente biographie de Pierre Nepveu consacrée au poète de La marche à l’amour.

J’aurais de plus, écrit le chroniqueur, inventé une bonne partie de mon parcours dans De l’avantage d’être né ! Comme preuve de mensonges, Nadeau évoque mon manque de mémoire, mes recours à l’invention dans L’écrivain de province (1991) et surtout, il dénonce des erreurs de dates, dont je m’excusais d’avance, qui ne sont pas des erreurs de faits. Je situe en effet en 1979, trois ans après sa mort, une visite en 1975 d’André Malraux aux artistes haïtiens. Cette rencontre l’avait décidé d’insérer au dernier moment, dans son livre L’intemporel, un chapitre entier sur le mouvement Saint Soleil. L’essentiel, il me semble, était de rappeler la profonde admiration de l’ancien ministre français de la Culture pour les peintres inspirés du vaudou. Nadeau est éditeur et sait que la majorité des livres contient ce genre de distraction. J’ai aussi confondu les dates et les invités de diverses prestations d’écrivains québécois dans les émissions de Bernard Pivot. J’en suis désolé, mais, dans mon livre, j’insiste sur le fait que, pour Pivot, Miron était le totem de notre littérature nationale.

Je n’invente rien de ce que je dis avoir vécu dans De l’avantage d’être né, et quoi qu’en raconte Nadeau, pourtant biographe de Pierre Bourgault, nous étions Pierre et moi ensemble en 1980 aux manifestions du Oui, que je présidais dans Côte-des-Neiges, ce qui lui a échappé. Les propos qu’il rapporte de Gaston Miron qui, paraît-il, se méfiait de moi comme d’un chat (!), l’amènent dès qu’il en a l’occasion à vouloir me dégriffer. Il faudra un jour que Jean-François Nadeau choisisse honnêtement entre son métier d’historien et ses biais personnels. Personne ne peut être parfait toute sa vie durant, ni Miron, ni Nadeau, ni le soussigné.

Réplique de Jean-François Nadeau

J’ai fait un portrait succinct de Jacques Godbout. Il est aisé de comprendre qu’il ne souhaite pas s’y reconnaître. Mais il est intéressant de voir combien nombreux sont ceux qui l’y reconnaissent immédiatement. Je connais et j’imagine bien des faiblesses chez Miron. Là n’est pas la question. De tout ce qu’il pouvait dire de Miron, pourquoi a-t-il choisi cela, sinon pour le plaisir de le torpiller outrageusement, sans l’apport de documents probants, tout en jetant ainsi un voile sur le versant dominant de cette vie ? Les littérateurs les plus douteux sont ceux qui, sous le couvert bien commode d’une mauvaise mémoire, s’exonèrent de toute responsabilité à l’égard de leur lecture du passé, au nom d’un présent dont ils aiment se jouer pour se donner le beau rôle. Personne n’est parfait, bien sûr. Mais il ne suffit pas de louvoyer entre une suite de contradictions pour que cela forme au final des affirmations exemptes de tout soupçon. Jacques Godbout a toujours voulu plaire. Il aura fini par se complaire.

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