Il faut améliorer les conditions de travail des préposés en résidence

Lorsqu’on est sensible à la réalité que vivent les préposés en résidences pour aînés, on ne peut s’imaginer qu’une formation écourtée soit une solution viable, estime l'auteure.
Photo: Jean-Sebastien Evrard Agence France-Presse Lorsqu’on est sensible à la réalité que vivent les préposés en résidences pour aînés, on ne peut s’imaginer qu’une formation écourtée soit une solution viable, estime l'auteure.

Afin de répondre aux besoins croissants des services aux aînés en résidences privées ainsi qu’à la pénurie de main-d’oeuvre, le gouvernement du Québec a annoncé son remède : revoir à la baisse le nombre d’heures de formation pour être préposé dans les résidences privées pour aînés. En effet, les ministres de l’Éducation et de la Santé se sont réjouis, le 17 mai dernier, de leur nouvelle formation écourtée de 180 heures.

Cette nouvelle attestation d’études professionnelles vient ainsi contourner le diplôme d’études professionnelles (DEP) de préposés aux bénéficiaires, qui est quatre fois plus long. Ainsi, selon nos deux ministres, 870 heures de formation, c’était beaucoup trop pour assister adéquatement les personnes aînées. Quatre fois moins de temps suffirait pour apprendre le métier et être prêt à relever le défi.

Le problème avec cette solution du gouvernement, c’est qu’elle est déconnectée de la réalité. Aujourd’hui, nous vivons plus vieux et restons actifs plus longtemps. C’est une bonne nouvelle ! Or, à un certain âge, le vieillissement s’accompagne souvent d’une perte d’autonomie. Malheureusement, nous ne pouvons pas toujours prévoir quand et comment cela arrivera. Il n’est donc pas rare qu’un aîné choisisse de vivre dans une résidence pour aînés, signe son bail en bonne santé et actif, pour que quelque temps après, un problème de santé survienne.

Résultat ? Les cas de problèmes de santé s’accroissent, et les aînés font l’aller-retour entre l’hôpital et leur résidence. Dans ce contexte, la tâche des préposés s’alourdit au même rythme. En ce moment, il existe déjà un roulement de personnel accablant chez les préposés, car la tâche est ardue, leur travail est souvent dépeint négativement dans les médias quand il arrive un drame et les conditions de travail ne sont tout simplement pas au rendez-vous.

Valoriser le métier plutôt que de créer un raccourci

Lorsqu’on est sensible à la réalité que vivent les préposés en résidences pour aînés ainsi qu’à celle des personnes qui reçoivent quotidiennement leurs services, on ne peut s’imaginer qu’une formation écourtée soit une solution viable. D’autant plus que le gouvernement ouvre la porte à l’abaissement des conditions de travail de ces prestataires de services. Pour une entreprise comme une résidence privée, pourquoi payer plus cher une personne ayant une formation de 870 heures, quand on peut économiser en embauchant une personne ayant une formation écourtée ?

De plus, nous courons un grand risque en nous privant de l’expertise des préposés ayant une formation plus rigoureuse. En effet, comme la tâche s’alourdit en fonction du défi du vieillissement de la population, les gestionnaires devront bientôt jongler avec un plus grand roulement de personnel. Des travailleurs et des travailleuses moins bien préparés pour ce défi, avec des conditions revues à la baisse, voilà un pari risqué pour la rétention de la main-d’oeuvre. L’ennui, c’est que le gouvernement fait ce pari sur le dos de personnes âgées susceptibles de se retrouver en situation de vulnérabilité.

La solution paraît pourtant si claire. Il est impératif d’améliorer les conditions de travail des préposés en résidence pour les attirer et les retenir dans leurs milieux de travail. Oui, des salaires plus adéquats, mais surtout une valorisation du métier dans la sphère publique. Ces personnes ont à coeur d’accompagner les aînés dans le respect et la dignité, alors donnons-leur les moyens et la reconnaissance qu’elles méritent en fonction du rôle important qu’elles jouent dans notre société.

2 commentaires
  • Annie Des Rosiers - Inscrite 25 mai 2018 09 h 35

    Moins simple que ça en a l'air

    Je comprends votre opinion, mais était propriétaire d'une résidence pour ainés de 21 unités, je vous assure que la réalité est beaucoup plus complexe. À formation égale, jamais les petites résidences privées ne pourront concurrencer le salaire et les avantages sociaux du public et des grandes résidences. Notre marge de profit est trop mince. Augmenter les salaires? Même problématique. Nous n'avons qu'une façon d'augmenter nos revenus si nos dépensent augmentent : majorer le prix des loyers. Qui payera alors la note? Les ainés, bien sûr. Et pour plusieurs, leur capacité de payer est plus que limitée. Quelle solution reste-t-il pour un ainé qui n'a financièrement pas les moyens de payer un hébergement au privé? Le réseau public, payé avec vos taxes et impôts. Collectivement, est-ce vraiment la solution que nous trouvons la meilleure? Un ainé maintenu à domicile (une résidence privée non-subventionnée est considérée comme un domicile) coûte moins cher à la société qu'un ainé pris en charge par le réseau public. La véritable solution? Augmenter les pensions et les crédits d'impôts des ainés pour leur redonner un véritable pouvoir d'achat, qui permettrait aux résidences privées de majorer leurs prix et d'augmenter leurs tarifs, qui permettraient de réinvestir dans la masse salariale, qui permettrait d'avoir une meilleure attraction et rétention d'employés. Mais simplement imposer des dépenses supplémentaires en salaires et avantages sociaux en mettant le fardeau sur les petites entreprises? Tout ce que vous obtiendrez, ce sont des fermetures de résidences privées, comme nous le voyons dans l'actualité pas plus tard que ce matin...

  • Denise Bédard - Abonnée 25 mai 2018 12 h 53

    Les vieux et leurs préposées.

    Je trouve désolant pour les personnes àgées pour les préposées qui ne sont pas reconnues à leur juste valeur alors on veut du cheap labeur pour payer moins et être capable de les faire travailler plus.Un homme d'une résidence privée un jour m'a dis on ne paye pas trop les préposées car ce sont des bonnes femmes qui sont habituées pour pas un sou chez elles pourquoi on payera plus une femme c'est fais pour ca torcher le monde.Voilà comment pense la plupart des maisons d'hébergements privées.Comme les gouvernements sont comme eux, les vieux si c'est payant d'accord on les veut sinon tous dehors.Mais la vie c'est une roue qui tourne tout le monde deviens vieux je leur souhaite la même chose.Aucune considération mais quand ca vous touche pas on s'en fout.