Montréal, territoire mohawk?

L'aquarelle réalisée par Lawrence R. Batchelor représente Jacques Cartier visitant le village d'Hochelaga en 1535. 
Photo: Bibliothèque et Archives Canada L'aquarelle réalisée par Lawrence R. Batchelor représente Jacques Cartier visitant le village d'Hochelaga en 1535. 

L’anniversaire de la fondation de Montréal est célébré chaque année, autour du 17 mai, à la basilique Notre-Dame et à la place d’Armes. Cette année, comme l’an dernier, nous avons eu droit au discours d’une représentante de la communauté mohawk de Kahnawake qui nous a souhaité la bienvenue « en territoire mohawk ». Elle en apportait pour preuve que Montréal était entourée des villages mohawks de Kahnawake, de Kanesatake et d’Akwesasne.

L’année précédente, le maire Denis Coderre nous avait déclaré que nous étions en « territoire mohawk non concédé », thèse que reprend allègrement le film Hochelaga, terre des âmes de François Girard, où l’on voit les Amérindiens du village d’Hochelaga faire leurs discours à Jacques Cartier en langue mohawk.

De plus, cette année, comme l’an dernier, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a prononcé un discours soulignant la grande hospitalité des Amérindiens qui ont accueilli les premiers habitants de Ville-Marie, tout en évoquant la Grande Paix de Montréal, qui, en 1701, a amené le gouverneur de la Nouvelle-France et 39 nations amérindiennes à mettre un terme (temporaire) aux guerres qui opposaient régulièrement la Nouvelle-France et ses alliés amérindiens aux Iroquois et, en particulier, aux Agniers dits Mohawks. Cette évocation sous-entendait que les soixante premières années de Montréal n’avaient pas été aussi « amicales » que l’avait laissé entendre le chef Picard.

Réécrire l’histoire ?

Cette année, comme l’an dernier, les membres de la Société historique de Montréal, qui organise cette fête annuelle, sont sortis tout à fait perplexes de la cérémonie. On leur a toujours dit que :

1. le village d’Hochelaga visité par Jacques Cartier était habité par des Iroquoiens du Saint-Laurent, lesquels parlaient des dialectes « cousins, mais distincts » des langues mohawk et huronne ;

2. ni les Agniers-Mohawks ni les Hurons ne vivaient dans la vallée du Saint-Laurent lors des voyages de Jacques Cartier ;

3. les villages actuels de Kahnawake, de Kanesatake et d’Akwesasne ont tous les trois été fondés par des missionnaires, jésuites (dans les cas de Kahnawake et d’Akwesasne) ou sulpiciens (dans celui de Kanesatake) ;

4. ces villages n’ont jamais été exclusivement mohawks ; on y trouvait aussi des Onnontagués faisant partie de la Confédération iroquoise, dite Ligue des cinq-nations, ainsi que des Hurons, des Andastogués et des Andastes (Susquehannocks) qui avaient refusé de se joindre à cette Ligue et qui étaient en guerre avec cette dernière, de même, à Kanesatake, que des Algonquins et des Nipissings ;

5. les débuts de Ville-Marie furent tout sauf pacifiques, le nombre de « Montréalistes » tués par les Iroquois étant élevé (23 de mes propres ancêtres ont subi ce sort).

Tous souhaitent la bonne entente, la paix et l’harmonie. Cependant, au nom de cette recherche, peut-on inventer de toutes pièces une « fake history » ? Voilà la question. Que les spécialistes nous éclairent…

Par ailleurs, comment le Parlement canadien peut-il, presque unanimement (à 269 voix contre 10), demander au pape des excuses (Benoît XVI a déjà exprimé des regrets à ce propos en 2009) concernant les pensionnats autochtones sans jamais en demander à la reine d’Angleterre, « suprême protecteur, seigneur et chef de l’Église d’Angleterre », alors que le tout premier pensionnat autochtone, nommé le Mohawk Institute Residential School, fut fondé en 1834 par l’Église anglicane près de Brantford, en Ontario, que 25 % des pensionnats autochtones fédéraux relevaient de l’Église anglicane et que le réseau fédéral de pensionnats autochtone fut établi en 1883 par un bon anglican, sir John A. Macdonald, premier ministre et surintendant des Affaires indiennes du Canada ?

29 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 23 mai 2018 06 h 00

    Exact... Mais non politiquement correct.

    Effectivement, l'île de Montréal ne fut jamais un territoire appartenant ou occupé spécifiquement sur un long terme par une quelconque etchnie "indienne". Au contraire, ce fut un territoire de guerre, d'occupation temporaire, etc. Lors du premier voyage de Cartier, il y avait quelques villages dits "mohawk" (apparentés par une langue). Le plus gros de ceux-ci étant dans l'Est de l'île. Mais, l'appartenance de ce territoire était contesté par les autres "ethnies indiennes", et était contuellement un terrain d'affrontements (guerre). Lors du deuxième voyage des français, il ne restait plus âmes qui vivent sur l'île. Tous les villages avaient été détruits, rasés et brûlés. Mieux encore, le "guide indien" qui accompagnait la flotille française avisa "l'explorateur en chef" qu'une personne se trouvant seul sur l'île ne pouvait espérer survivre plus que quelques minutes...
    Alors, comment les politiciens d'aujourd'hui (incluant ceux d'origine indienne) peuvent-ils dire haut et fort que l'île était posession "Mohawk"?

    • Gilles Théberge - Abonné 23 mai 2018 09 h 43

      Parce que c’est... politiquement correct!

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 mai 2018 11 h 13

      On conviendrait que ce soit les Algonquins, les Mohawks, ou les Abénakis, les habitants de Montréal étaient des Amérindiens qui ont été conquis par les Occidentaux!

    • Cyril Dionne - Abonné 23 mai 2018 13 h 57

      Vous avez raison M. Pelletier.

      C’est la mode ces temps-ci de réécrire l’histoire. Évidemment, dans la thématique du méchant blanc et bon indien, tous les villages énumérés dans cet article ontt été fondés par les autochtones. En plus, les Premières Nations vivaient tous en paix entre elles et ce sont les « méchants » blancs qui ont semé la zizanie et cultivé les guerres.

      Demander des excuses officielles, cela sous entend juridiquement que vous vous exposez à une poursuite. Plus facile d’avoir des regrets. L’église catholique ne veut pas payer.

      Ce qui est très intéressant, c’est le pourquoi de la monarchie britannique. Comme le dit si bien M. Tellier, si la reine d’Angleterre est le « suprême protecteur, seigneur et chef de l’Église d’Angleterre », alors elle aussi, est responsable des actions et des gestes posés par ses subordonnés au Canada. La Couronne britannique est aussi responsable financièrement de tous les accords et traités signés en son nom.

      Mais personne ne s’est posé la question suivante suite aux pensionnats? Si ceux-ci ont été terribles à cause des sévices psychologiques, physiques et sexuels, et si beaucoup ont été amenés de force, est-ce que cette politique était aussi méchante qu’on ne nous le laisse entendre? Réécrire l’histoire de la société d’hier avec les yeux d’aujourd’hui cause préjudice à tous ceux qui l’ont composée.

      Les orphelins de Duplessis ont aussi subit des sévices psychologiques, physiques et sexuels, mais personne n’en parle. Pas assez sexé faut-il croire en ces temps de la très Sainte rectitude politique. Si nous avons beaucoup de statistiques compilés au sujet de ceux qui ont fréquenté ces pensionnats, quant est-il de ceux qui n’y étaient pas? Difficile à croire que dans leurs communautés, tout était beau et tout le monde était gentil. Si oui, alors pourquoi une commission sur les femmes autochtones disparues et assassinées sachant fort bien que plusieurs ont été agressées par les membres de leurs propres tribus.

    • Claude Bariteau - Inscrit 23 mai 2018 16 h 21

      Dans un texte traitant de la Grande Paix de Montréal, Denys Delâge fait écho aux Gens de la Montagne, qu'il identifie au Mont-Royal, en signalant qu'ils ont quitté pour Oka. Par ailleurs, ces Gens de la Montagne, en signant le texte de 1701, ont demandé que soit écrit qu'ils demandent aux Iroquois de les regarder comme leurs frères. Cette demande implique que les membres de la Ligue Iroquoise ne les considéraient plus comme tels.

      Parailleurs, les attaques iroquoises pour forcer les Français à quitter les lieux à Montréal et autour se font avec le support en armes de la part des Anglais et des Hollandais qui disputent aux Français, alliés à des Amérindiens nomades pour le commerce, les activités commerciales françaises.

      Les Iroquois, à cette période précise, essaient d'élargir leur territoire, ce sont des quasi-sédentaires, en empêchant les Français d'établir des forts et des postes de traite sur le Lac Champlain et au-delà de Montréal.

      L'enjeu n'est donc pas une question de propriété, mais de territoires pour les activités commerciales. Les guerres opposant français appuyés par des milices et des Amérindiens et des Iroquois vont prendre une autre forme avec l'arrivée du Régiment Carrignan-Salières.

      De 1663 à 1701, il y aura trois charges importantes contre les Iroquois, toujours localisé sous le Lac Érié. Épuisés ils accepteront d'être neutres en 1701 à la demnade des Français.

  • Daniel Boiteau - Abonné 23 mai 2018 08 h 03

    Rétablir les faits

    Merci pour ce texte. Je le garde pour référence pour de futurs discutions historique.

  • Jean-François Trottier - Abonné 23 mai 2018 08 h 04

    Un no man's land

    Lors de la fondation de Montréal la guerre de conquête de la confédération Iroquoise était à son sommet, et Montréal faisait partie des territoires en jeu.

    C'est du moins ce qui apparaît dans les Relations des Jésuites de l'année 1642.
    Les Sauvages (sic) le nommaient "l'Isle où il y avoit une ville ou une bourgade; les guerres en ont banny les habitans".

    On parle de guerres, au pluriel. Plusieurs guerres, ça ne se fait pas en deux ans que je sache. C'est long.
    Les amérindiens ne savaient plus qui y était, c'est dire que le souvenir en était lointain.

    Je sais que les Relations exagéraient certains points... mais pas la situation politique : Rome voulait un portrait précis pour étendre que son influence.

    Il est impossible de savoir quelle peuple vivait là auparavant pour la bonne raison que tous les peuples y étaient passés.
    Forcément les Wendats passaient à Montréal et y restaient parfois quelques temps au fil de leurs expéditions. Sinon comment les retrouver partout sur la rive nord du St-Laurent jusqu'à Québec ?

    Le territoire était plus que contesté, il était l'objet de ladite guerre de conquête­.
    En tout cas il est presque sûr que les Mohawks ne se sont jamais installés à demeure sur l'île, pas plus que la plupart des nations vivant aux alentours.

    Il ne fait à peu près aucun doute que l'installation française était un geste guerrier du point de vue des Algonquins, dont plusieurs ont accompagné Maisonneuve, et des Wendats. Ce n'est pas un hasard non plus si la Gande Paix a été approuvée à Montréal une soixantaine d'années plus tard : l'île était considérée comme un no man's land, un endroit jusque là neutre.

    La guerre de conquête des Cinq-Nations prouve plutôt que Montréal était convoité par elles, et donc pas acquis.

    • Jean Lacoursière - Abonné 23 mai 2018 09 h 22

      "Sinon comment les retrouver [les Wendats] partout sur la rive nord du St-Laurent jusqu'à Québec?"

      Vers 1649 - 1651, une partie des Wendats, approx. 300, a migré vers Québec pour fuir les Iroquois qui étaient en train de les exterminer. Ils étaient déjà affaiblis par les maladies.

    • Louise Collette - Abonnée 23 mai 2018 22 h 10

      Les Sauvages... le mot sauvage n'avait rien de péjoratif à l'époque, il signifiait celui qui vit dans la forêt.

  • Claude Grenier - Inscrit 23 mai 2018 08 h 14

    Consensus

    Vous devriez faire lire votre chronique à Mme Wong.

  • André Joyal - Abonné 23 mai 2018 08 h 24

    Mise au point pertinente

    J'ai fait parvenir cet article à mon député, Marc Miller,dont le seul fait d'armes à ce jour à la Chambre des Communes est d'avoir proféré quelques phrases en mohwak.

    Je lui ai suggéré d'en faire autant en abénakis, la langue de mon arrrière-arrière grand-mère.
    Dans son journal, Lévis, ne manque pas de signaler que, durant la «French and indans war»,les Abénakis furent des plus courageux.