De la légitimité de l’élection scolaire

Selon l'auteur, la société québécoise n’a pas droit à ce décrochage de la démocratie scolaire, pas plus que les individus qui la composent ne peuvent se recroqueviller sur eux-mêmes en prétextant ne pas se sentir concernés.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Selon l'auteur, la société québécoise n’a pas droit à ce décrochage de la démocratie scolaire, pas plus que les individus qui la composent ne peuvent se recroqueviller sur eux-mêmes en prétextant ne pas se sentir concernés.

Oui, parlons-en de la démocratie scolaire, mais pour une fois, pourrait-on essayer d’en parler autrement ? Pourrait-on, pour une fois au Québec, parler des défis que nous avons toutes et tous à relever, plutôt que de répéter sans cesse le même discours ? Plutôt que de rester dans les gradins à huer les participants, chaussons les patins tous ensemble pour redonner à ce gouvernement local tout le mérite qui lui est dû. Travaillons à mobiliser les citoyens autour des instances de proximité et à inviter chaque personne à s’ouvrir à l’intérêt collectif, à y mettre un peu du sien.

Je partage l’avis de monsieur Jean-Pierre Proulx (Le Devoir, 15 mai 2018) lorsqu’il dit que la démocratie scolaire a besoin de se renouveler. Nous avons, comme élus scolaires, notre propre prise de conscience à faire autour du rôle que nous pouvons et devons jouer dans nos communautés. Quelle place y occupons-nous ? Quels leviers utilisons-nous pour créer une véritable communauté scolaire ? Depuis octobre dernier, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a entrepris une démarche visant justement à moderniser le rôle des élus scolaires. Et lors de notre colloque de mai, nous présenterons les conclusions de notre démarche et les actions que nous entendons prendre pour jouer pleinement notre rôle, pour passer d’un gouvernement de processus à un gouvernement d’idées.

Une responsabilité

La société québécoise n’a pas droit à ce décrochage de la démocratie scolaire, pas plus que les individus qui la composent ne peuvent se recroqueviller sur eux-mêmes en prétextant ne pas se sentir concernés. Plutôt que de se sentir non intéressés, éveillons notre responsabilité. N’avons-nous pas placé l’éducation au sommet des priorités des Québécois ? N’est-ce pas l’avenir de notre société dont il est question ici ? Chaque élève qui fréquente l’école deviendra un jour notre plombier, notre sylviculteur, notre technicien en soins infirmiers, notre ingénieur en voirie… N’avons-nous pas tous intérêt à nous assurer que les élèves, nos enfants, reçoivent la meilleure éducation qui soit et que chacun d’eux réalise son plein potentiel ? Nous avons tous un effort à faire pour améliorer la participation citoyenne au scrutin scolaire : il faut s’informer, poser des questions, choisir la personne qui selon nous représentera le mieux la communauté au Conseil des commissaires.

J’aimerais aussi revenir sur la notion d’enjeu dont monsieur Proulx souligne l’absence dans l’exercice démocratique scolaire. En effet, notre campagne électorale ne sert pas à faire des promesses de baisse d’impôt ou de troisième lien routier ou encore de création d’emplois. M. Proulx a raison, nous n’avons pas d’enjeux de cette nature. Mais si nous regardons le mot « enjeu » comme ce que l’on risque de perdre ou de gagner dans une élection scolaire, le discours le transforme.

Lorsqu’on vote aux élections scolaires, on est invités à choisir la meilleure personne possible pour garantir l’impartialité dans les décisions prises au Conseil des commissaires. C’est, à n’en pas douter, une question de légitimité puisque cette personne a été choisie par la communauté pour la représenter au Conseil des commissaires. Nous lui demandons, à travers le vote populaire, de faire les meilleurs choix favorisant l’atteinte de la mission éducative, celle qui encourage la persévérance et la réussite de nos élèves. Cette légitimité octroie aux élus scolaires le devoir d’assurer l’équité dans les services offerts aux élèves et menant à leur réussite.

Cette équité ne veut surtout pas dire égalité. Si, administrativement, les services sont distribués également, le dédouanement que reçoit une élue ou un élu scolaire de la part de la population lui procure la légitimité de donner plus de services et de ressources à certains, qui en ont besoin plus que d’autres. Il n’y a qu’un gouvernement de proximité qui peut être garant de l’équité en milieu scolaire. Un groupe d’élus scolaires ne gouverne pas en réaction à l’anecdote du jour. Il se décolle de la fenêtre, saisit la situation complète, la place dans un ensemble de situations similaires, délibère et fait progresser la commission scolaire à travers ses décisions. C’est grâce à cette réflexion, légitimée par la population, qu’un Conseil des commissaires constitue le véritable vecteur d’équité. C’est ce qui est « en jeu » dans le maintien de la démocratie scolaire.

Si le vote populaire se situe seulement à 5 %, nous avons tous une part de responsabilité, les élues et élus scolaires compris. Nous demandons depuis longtemps de mettre en place des conditions facilitant la participation citoyenne (le vote électronique, par exemple), mais nous prions également tous les politiciens, tous les médias et tous ceux qui, comme monsieur Jean-Pierre Proulx, prennent la parole publiquement de ne pas contribuer à la disparition de la responsabilité citoyenne, mais d’être plutôt des leaders de l’éducation à la citoyenneté. L’enjeu est trop important pour baisser les bras, pour décrocher de cette dimension scolaire.

7 commentaires
  • Gérard Lépine - Inscrit 18 mai 2018 05 h 28

    commissions scolaires!

    Ecoutez bien ce que dit et écrit Jean-Pierre Proulx: c'était un jeune blanc-bec qui ne m'aimait guère, mais j'étais protégé par la future sénatrice Thérèse Lavoie-Roux; cependant, il est l'un de vos meilleurs connaisseurs du fait scolaire au Québec et il a la tête sur les épaules. J'ai jadis enseigné le droit scolaire à l'UQAM et ai 16 ans de commission scolaire derrière moi, et le problème est de taille. Je ne cesse de dire dans mon vieil âge, aux collègues français de FAIRE CONFIANCE AUX PARENTS pour diriger les écoles, collèges et lycées, qui dépendent tous de niveaux de gouvernement différents!!!

  • Gilles Théberge - Abonné 18 mai 2018 05 h 40

    « Chaque élève qui fréquente l’école deviendra un jour notre plombier, notre sylviculteur, notre technicien en soins infirmiers, notre ingénieur en voirie… « 

    Et pourquoi pas notre philosophe, notre historien, notre médecin, notre ingénieur en électricité notre professeur etc...

    N’est-ce pas monsieur Fortier?

  • Claude Girard - Abonné 18 mai 2018 08 h 06

    À qui la faute?

    La seule raison qui justifie les élections scolaires est la présence d’une taxe scolaire basée sur l’évaluation immobilière de deux regroupements linguistiques (francophones ou anglophones). Et cette taxe scolaire ne doit pas dépasser 0,35 $ par 100 $ de l'évaluation uniformisée des immeubles imposables (art. 308 de la Loi sur l’Instruction publique). Le montant de la taxe est fixé presque mécaniquement à la suite de l’adoption du budget de la commission scolaire lequel est adopté souvent automatiquement. Ainsi, en août 2007, le taux de taxation à la Commission scolaire au Cœur-des-Vallées était de 0,33 $ par tranche de 100 $ de l’évaluation municipale contre 0,13 $ pour Western Québec.

    Première observation. À partir de 1848, nous avons eu des commissions scolaires confessionnelles (catholiques et protestantes). En 1998, c’est la déconfessionnalisation de l’éducation et la création des 72 commissions scolaires linguistiques. De ce nombre, 60 commissions scolaires sont francophones, neuf anglophones et trois ont un statut particulier. Question : pourquoi ces divisions basées sur la religion ou sur la langue? La prochaine étape sera-t-elle des regroupements basés sur la couleur de la peau ou sur le degré de migration?

    Il est grand temps que chacune des régions se donne des services éducatifs pour les jeunes et pour le développement de la société. Et il est temps que les principales instances régionales (politiques, économiques et autres) participent à la gouvernance de l’ «entité scolaire» de son territoire. On pourra alors clamer le "Québec aux Québécois".

  • Jean Lapointe - Abonné 18 mai 2018 08 h 35

    Ce sont les libéraux qui ont tout gâché.

    «La société québécoise n’a pas droit à ce décrochage de la démocratie scolaire, pas plus que les individus qui la composent ne peuvent se recroqueviller sur eux-mêmes en prétextant ne pas se sentir concernés.» (Alain Fortier)

    Ce n'est pas que la démocratie scolaire qui soit en cause à mon avis c'est la société québécoise dans son entier qui l'est.

    Ce sont les libéraux qui ont étouffé tout ce qui se faisait au Québec depuis en particulier les années soixante pour faire participer les citoyens et les citoyennes à la vie de la collectivité. Cela a commencé avec Charest et a continué avec Couilard.

    Les libéraux nous ont exclus et ils se sont arrogés tous les pouvoirs. Le Québec est devenu une société technocratique dirigée par les soi-disant experts et toute idée de participation citoyenne a été mise de côté.

    Et si jamais la CAQ était élue , ce serait encore pire parce qu' ils sont à la CAQ encore plus réticents à la participation citoyenne. Les syndicats de travailleurs par exemple leur donnent de l'urticaire et leur chef François Legault se garde tous les pouvoirs.

    Il n'y a que le Parti québécois qui essaye de peine et de misère d'y revenir au sein même de ses structures et qui entend y revenir si jamais il était élu en octobre prochain mais le mal qui a été fait est considérable et il n'est pas facile de redonner le goût aux gens de s'impliquer davantage dans le fonctionnement des insitutions qui les concernent. Ils ont pris de très mauvaise habitudes.

    Pour que la société devienne de plus en plus démocratique il faut le vouloir parce qu'on juge que c'est souhaitable et il faut prendre des mesures susceptible de favoriser la participation citoyenne mais ni les Libéraux ni la CAQ n'en veulent de cette participation. Il n'y a que le Parti québécois qui y tienne. Ce n'est pas étonnant alors qu' il veuille faire du Québec un pays indépendant. Cest pour que nous reprenions toutes nos affaires en main.

  • Yvon Robert - Abonné 18 mai 2018 09 h 23

    Une cause perdue d'avance

    Une cause perdue d'avance.Les commissions scolaires, des coquilles vides.

    Les commissions scolaires sont devenues des coquilles vides, les négociations se font au niveau provincial, le taux de taxe scolaire fixée par Québec.Les budgets de plus en plus composés d'enveloppes dédiées,ne peuvent même pas utiliser leurs surplus sans une autorisation de Québec.Les commissaires d'écoles sont les otages d'une bureaucratie au service du ministère de l'éducation.La preuve, le moindre problème abouti à l'assemblée nationale lors des périodes de questions .
    La population a compris, pourquoi se déplacer pour voter? On vote avec ses pieds, 20% des élèves se trouvent au privé.