Les filles réussissent mieux à l’école partout

Si on se soucie de la réussite scolaire des garçons, il faut s’interroger sur la masculinité, croit l'auteur. 
Photo: Getty Images Si on se soucie de la réussite scolaire des garçons, il faut s’interroger sur la masculinité, croit l'auteur. 

L’Institut du Québec a publié récemment un rapport intitulé Décrochage scolaire au Québec, accueilli par des réactions alarmistes au sujet des difficultés scolaires des garçons. Ce discours s’exprime depuis des années ici et au Canada hors Québec, ainsi qu’aux États-Unis, en Grande-Bretagne et ailleurs. Il a été qualifié de « panique morale », par exemple dans le British Journal of Education Studies.

Il s’inscrit dans la rhétorique de la « crise de la masculinité » qui permet de critiquer les femmes « castratrices », soit la mère dominatrice, la jeune femme qui refuse un acte sexuel, l’ex-conjointe qui demande une pension alimentaire, l’enseignante qui transforme nos garçons en fillettes. Dans les derniers jours, on nous a ainsi resservi le vieux mythe du « matriarcat » québécois et des conseils sur les prétendues vertus pédagogiques de l’agressivité des garçons.

Matriarcat ?

Ce rapport rappelle en fait ce que l’on sait depuis longtemps, à savoir que les filles réussissent en général mieux que les garçons à l’école. Une méta-analyse d’environ 400 études sur plusieurs pays indiquait que la supériorité scolaire moyenne des filles est stable de 1914 à 2011, ce qui « contredit les thèses d’une récente crise des garçons à l’école » (Psychological Bulletin, vol. 140, no 4, 2014). Une autre étude confirmait la supériorité des filles, y compris aux Émirats arabes unis et au Qatar (Intelligence, vol. 48, 2015). La faute au matriarcat du golfe Persique, sans doute…

Or, des spécialistes en science de l’éducation, dont Pierrette Bouchard et Jean-Claude Saint-Amand, ont démontré que la masculinité traditionnelle ne favorise pas la réussite scolaire. Il ne faut donc pas encourager la mâlerie chez les garçons. Se bagarrer n’aide pas nécessairement à aimer l’école (surtout pas pour les garçons violentés et humiliés). En fait, le plus important reste d’aimer la lecture, une activité trop souvent associée au féminin ; si on se soucie des garçons, il faut donc s’interroger sur la masculinité.

Un problème de financement ?

Mais le rapport s’intéresse moins aux garçons qu’aux finances publiques, en particulier dans un long chapitre intitulé « Un problème de financement ? Pas vraiment ». Plus d’un tiers du rapport (14 sur 39 pages) est consacré à analyser les dépenses en éducation. Quant à la bibliographie, elle ne propose, ou presque, que des rapports d’experts sur le financement des commissions scolaires, des études des crédits du ministère de l’Éducation, des bilans sur la productivité et la prospérité. Aucune référence ne pointe vers des études sur la réussite scolaire par des spécialistes en sciences de l’éducation, en sociologie ou en psychologie.

Signé par deux universitaires de HEC Montréal spécialisés en gestion, il aurait surtout fallu retenir du rapport que le gouvernement engouffre des sommes folles dans l’école publique, mais sans résultats probants pour les jeunes qui réussissent moins bien : les garçons, les immigrants et les handicapés avec difficultés d’apprentissage. D’où le sous-titre du rapport : Dix ans de surplace, malgré les efforts de financement.

Économie ou pédagogie ?

Il est surtout étonnant que le rapport n’ait pas provoqué de débat au sujet de l’école privée et des inégalités économiques. Le rapport rappelle pourtant que l’école privée affiche un taux de diplomation de 20 points de plus que l’école publique (88 % au privé pour les deux sexes, soit presque l’équivalent des autres provinces). En fait, les garçons du privé réussissent mieux que les filles du public. Bref, la variable « public ou privé » semble avoir bien plus d’influence que la variable « sexe » quant à la diplomation.

L’étude précise aussi que les « élèves provenant de milieux défavorisés […] réussissent moins bien » que la moyenne, ce qui concorde avec des études au Québec (voir L’école en milieu défavorisé, 2016) et dans d’autres pays. Or, l’école n’est qu’une étape vers le marché du travail. D’autres sources ont révélé que deux fois plus de garçons que de filles optent pour un emploi avant d’obtenir un diplôme. Ces garçons ne « décrochent » pas de l’école ; ils décrochent plutôt un emploi bien payé qui n’exige pas de diplôme. Le problème n’est donc pas que l’école soit féminisée et mal adaptée aux garçons. C’est plutôt le marché de l’emploi qui est très bien adapté aux jeunes hommes, privilégiés en matière d’emplois bien payés (dans la construction, par exemple). L’Institut du Québec indique d’ailleurs que deux fois plus de garçons que de filles obtiennent de l’école une formation pour un métier semi-spécialisé, par exemple manoeuvre agricole, nettoyeur de véhicules, etc.

Les inégalités quant à la réussite scolaire vous préoccupent sincèrement ? Il faut alors s’insurger contre l’écart entre l’école privée et publique, entre les riches et les pauvres, entre les secteurs d’emploi masculin et féminin.

Mais il est plus rassurant — et facile — d’évoquer un mythique « matriarcat » et de critiquer les enseignantes qui travaillent si fort, pour un salaire modeste.

11 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 12 mai 2018 08 h 38

    Classes mixtes...

    Nos écoles ont des classes mixtes(garçons et filles) qui causent des problèmes aux garçons. Les filles dominent et l'apprentissage diffère entre les deux sexes. Le professeur a tendance à diriger une classe où les filles donnent le ton à un groupe mixte. On devrait revenir à des classes de garçons et des classes de filles surtout à l'élémentaire. Je m'étonne que l'on ignore ou ne parle pas de ce sujet qui est à la base du décrochage des garçons. J'ai enseigné 33 ans et à l'élémentaire pendant 6 ans surtout en première année. Je sais de quoi je parle. Le ministre ne sait pas ou du moins n'en parle pas. Pourtant c'est un pré-requis très important. Mais quand on est meilleur en austérité, l'argent est plus important. L'éducation n'est pas une priorité et on veut se faire ré-élire...

  • Dominique Girard - Inscrit 12 mai 2018 08 h 40

    avec les nuances suivantes...

    Les tests de PISA montrent que les garçons réussissent mieux en mathématiques et en sciences partout dans le monde, tout en consacrant 2,5 fois moins de temps dans leurs études que les filles. Il convient de se demander aussi pourquoi les filles, qui ont un engagement scolaire beaucoup plus fort que les garçons, produisent quand même 30% de décrocheuses. Beaucoup de questions.
    De plus, si les filles affichent un comportement adapté à l'école, une fois sorties, ce même comportement les écartent beaucoup plus du succès. Même en musique, domaine où l'égalité des genre est établie, les femmes se plaignent d'y être invisibles dans les grands festivals et dans les galas de remises de prix.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 mai 2018 21 h 29

      Et cette nuance - bien qu'elle ne porte pas directement sur la différence fille-garçon, elle porte sur l'ampleur du décrochage, généralement.

      S'il est vrai que, en 2015, seulement 64% de la population québécoise alors âgée entre 15 et 18 ans avait un diplôme d'études secondaires, 89% de la population québécoise alors âgée entre 25 et 34 ans avait obtenu ce diplôme. Le Québec est la champion du raccrochage scolaire ,ce qui correspond, il est vrai à un plus haut taux de décrochage antérieur, mais ça vaut la peine d'être mentionné. Et cette information se trouve exactement dans le même rapport que celui cité par l'auteur.

      Voici le lien menant à ce rapport: http://www.institutduquebec.ca/docs/default-source

      Voici l'extrait qui s'y trouve et apportant cette nuance:

      "Bien qu’il soit à la traîne pour le taux de diplomation au secondaire, le Québec est premier de la classe en raccrochage scolaire. La part de la population des 25 à 34 ans titulaire d’au moins un diplôme d’études secondaires place le Québec au sommet du classement des provinces canadiennes en matière de raccrochage. Ainsi, bien que la réussite d’un programme de cycle supérieur dans les écoles publiques pour la population âgée de 15 à 18 ans au Québec soit de 64 % en 2015, 89 % des Québécois âgés de 25 à 34 ans sont titulaires d’un diplôme d’études secondaires."

      C'est M. Richard Maltais Desjardins qui avait attiré mon attention sur ce passage, en réaction à un autre article.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 mai 2018 09 h 42

    Texte remarquable. Denise Bombardier devrait le lire avec attention

    Phrase superbement tournée :

    '' Ces garçons ne « décrochent » pas de l’école ; ils décrochent plutôt un emploi bien payé qui n’exige pas de diplôme. ''

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 mai 2018 09 h 47

    Cela semble payant de décrocher

    Car, bien que les garçons décrochent en plus grand nombre, les hommes sont mieux payés en général que les femmes au Québec.

  • Jean-François Trottier - Abonné 12 mai 2018 10 h 05

    Vite des subventions pour les handicapés!

    M. Dupuis-Déri,
    Pourquoi prenez-vous un ton si militant en introduction?

    Accuser les autres de préjugés revient presque automatiquement à afficher les vôtres. Là, c'est fait.
    Vous présentez ceux qui disent que l'école est "faite pour les filles" comme des crétins mononc' frustrés.

    Maintenant pensez un peu, ça aiderait : si les filles réussissent mieux, c'est que l'école leur convient mieux. Ça, c'est une lapalissade.
    Votre position mène à dire que les femmes ne sont pas faites pour le sport, ou bien que seuls les hommes savent manier l'argent. Hé! C'est comme ça PARTOUT dans le monde!! Vite des subventions pour ces "handicapées" que sont les femmes!

    Maintenant, est-ce qu'on peut parler sérieusement ?
    Méfiez-vous des statistiques. Elles sont dangereuses si mal interprétées.

    Et donc, je vais vous parler de statistiques!
    En Suisse, l'écart entre filles et gars est beaucoup plus faible qu'ailleurs, et dans quelques cas les gars dominent légèrement.

    Je ne veux pas aller trop loin en ce sens. Peut-être y a-t-il une mentalité chez les professeurs qui les avantage ? Sais pas. Ou bien les filles sont dès le berceau conditionnées à ne pas trop performer ? Sais pas.
    J'en doute, sans plus.

    En Suisse les classes sont unisexes, sauf dans les secteurs trop peu peuplés. Les profs rapportent que les classes mixtes sont difficiles à gérer. Là je fais plus confiance, plus en tout cas qu'aux théoriciens québécois.

    Je suppose que les gars, se retrouvant dans un milieu qui convient moins à leur rythme, bougent trop, parlent... enfin ce qu'on voit dans pas mal toutes les classes du Québec. Hé oui, je spécule. Mais les théoriciens aussi, et vous aussi!

    Le Ministère doit créer des classes unisexes un peu partout dans la province. Je suggère le primaire et une tentative sur au moins 10 ans avant de tirer la moindre conclusion. Il est urgent d'agir lentement.

    Il y a une école unisexe à Sherbrooke.
    Trop peu pour tirer des conclusions mais c'est un petit début.