Les sept démissionnaires du Bloc ont laissé tomber leur masque

«Les sept démissionnaires ont donné raison à Martine Ouellet.»
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Les sept démissionnaires ont donné raison à Martine Ouellet.»

Les sept démissionnaires ont donné raison à Martine Ouellet. En annonçant leur décision de créer un nouveau parti, ils ont laissé tomber leur masque.

Leur geste montre qu’ils n’ont aucun respect pour la démocratie interne puisqu’ils réagissent aux décisions du Conseil général qui avait validé quelques jours auparavant la démarche proposée par Martine Ouellet. Ils ne veulent même pas attendre de connaître la volonté des membres qui doivent s’exprimer lors du référendum du début de juin. Ils refusent de débattre de leurs positions au sein du parti qui les a fait élire sous sa bannière et ont affirmé qu’ils ne reviendraient pas quel que soit le résultat du référendum.

Cette intransigeance, comme l’avait bien vu la chef du Bloc, manifeste en réalité un désaccord fondamental sur la mission du Bloc québécois. Cette mission consistant à marcher sur deux jambes et à faire la promotion de l’indépendance et à défendre les intérêts du Québec a été adoptée par les membres du Bloc en 2014 et validée par la suite par l’élection de Martine Ouellet. Ces députés démissionnaires ont refusé à répétition de l’assumer dans le débat public comme s’ils étaient au-dessus du parti et de ses militants. Leur attitude méprisante à l’égard du fonctionnement démocratique du parti n’annonce rien de bon pour l’avenir de l’organisation qu’ils veulent fonder. Imbus d’eux-mêmes, comme s’ils étaient investis d’une mission divine, ils préfèrent saboter le travail des militants qui, pendant des décennies, ont travaillé à la création d’une institution au service de la libération du Québec. Ils manifestent un autre déni de démocratie en refusant de débattre dans les instances du Bloc de la proposition principale adoptée par le Conseil général à Drummondville le 29 avril, qui expose un véritable programme de ce que sera la future république du Québec.

Leur décision de fonder un parti de type auberge espagnole, ouvert aux quatre vents, a au moins le mérite de clarifier la situation. Les démissionnaires conçoivent la défense des intérêts du Québec uniquement dans le cadre du fédéralisme canadien et veulent accueillir autant les partisans du fédéralisme que les partisans de la souveraineté du Québec. Ils préfèrent travailler à entretenir la confusion des esprits et l’ambivalence des Québécois. Ils deviendront ainsi des agents objectifs de l’intégration du Québec au régime politique fédéral. Au lieu de faire la promotion de l’indépendance, ils feront croire aux Québécois qu’il y a des gains à faire au sein du système actuel, que celui-ci est réformable et qu’il n’est pas nécessaire de sortir du Canada.

Puisque leur désaccord porte sur les orientations du Bloc, ils devraient avoir le courage et l’honnêteté de démissionner comme membres du parti au lieu de continuer à jouer sur deux tableaux, d’essayer de biaiser les résultats du vote référendaire et d’affaiblir la capacité de mobilisation de leur ancien parti. Ce genre d’hypocrisie n’annonce rien de bon pour les militants qui seraient tentés de se laisser séduire par ce miroir aux alouettes. Ériger le double jeu en principe d’action politique, c’est prendre la route des désenchantements.

20 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 mai 2018 03 h 36

    … de plus ?

    « Les démissionnaires conçoivent la défense des intérêts du Québec uniquement dans le cadre du fédéralisme canadien et veulent accueillir autant les partisans du fédéralisme que les partisans de la souveraineté du Québec. » (Jacques Méthot)

    De ce genre de « conception », et depuis la décision du président actuel (A), on-dirait que cette Formation politique semble éprouver un sérieux problème d’identité et de leadership, notamment en matière d’orientation, de compétence et d’existence !

    De cette situation, faisant « grenouiller » plusieurs d’incertitude et de controverse « inusitées » ou « insolites », est-il raisonnable de souhaiter le retour d’un des Jean Duceppe disponibles pour calmer le « jeu » et d’encourager cette Formation à relancer, de fierté à la québécoise (B), ce qui l’a mis au monde ?

    De ce souhait, qu’espérer de moins ou …

    … de plus ? - 9 mai 2018 -

    A : https://www.ledevoir.com/politique/canada/527275/mario-beaulieu-reste-au-bloc-contre-martine-ouellet .

    B : Pour ce faire d’inspiration, inviter, en conférence, M Puigdemont (C) ? Bien sûr que oui car, en effet, ça va permettre à cette Formation de, possiblement, se rassurer, de respirer par le nez et de poursuivre sa route … en paix !

    C : https://fr.wikipedia.org/wiki/Carles_Puigdemont .

    • Jean-Marc Labrèche - Abonné 9 mai 2018 15 h 19

      Je suis en parfait accord avec votre point de vue. Si Mme Ouellet a souhaité adhérer au Bloc, elle a voulu respecter et appliquer ses positions ouvertement et intégralement. C'est ce qu'on attend d'un chef. Les membres du parti, qu'elle représente, voient qu'elle leur est fidèle.
      Merci

  • Raymond Labelle - Abonné 9 mai 2018 05 h 35

    Conséquences de la fondation d'un nouveau parti.

    Non seulement la fondation d'un autre parti, comme bien expliqué par l'auteur, méprise ses membres en n'ayant aucune considération pour l'expression démocratique de leur volonté, membres qui auront l'occasion de se prononcer démocratiquement à tête reposée, loin d'une assemblée où il peut y avoir surchauffe, pression ou odeur de putsch, mais en plus a les conséquences suivantes.

    1 - Non seulement divisera la vote d'un même bassin d'électeur.es entre les deux partis, mais en plus fera en sorte que le total des votes de deux partis sera plus petit que s'il n'y avait pas eu scission, cette dernière étant un repoussoir pour les électeur.es. Les député.es restants du Bloc ont été élu.es par la peau des dents - cela mettra fin au Bloc ou à tout parti issu de celui-ci ou, en tout cas, à leur représentation aux Communes. Bref, zéro député.e.

    2 - La désaffectation majeure et la disparition malgré entêtement qu'elle entraînera pour les deux partis sera un argument de plus à invoquer contre la souveraineté, et pourra être citée pour montrer la peu de popularité de l'option souverainiste au Québec.

    Que les démissionnaires n'aient pas envisagé ces conséquences ou, pire, aient délibérément choisi de ne pas en tenir compte, dépasse l'entendement.

    Un sabordement volontaire du Bloc, tenant compte de ce que les circonstances exceptionnelles ayant justifié sa création n'existent plus aurait été plus digne (on peut le ressusciter si des circonstances le justifient). Une telle décision appartient aux membres.

    Mais à défaut d'un sabordement volontaire, une mort involontaire créée ou accélérée (avec d'autres causes) par déchirements internes sans tenir compte de la volonté des membres et de ce qu'un geste cause et/ou accélère la désaffectation massive des électeur.es manque encore plus de grâce. Et décrédibilise l'option souverainiste.

  • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2018 07 h 18

    Quand on y tient, on se croit tout permis.

    La démocratie pratiquée par les dirigeants du Bas-Canada, celle du Canada-Uni qui a donné naissance au Dominion of Canada, celle (?) qui a conduit à l'indépendance de ce Dominion en 1931 et celle de 1982 a toujours été la « démocratie » des dirigeants, élus ou non, au-dessus du peuple.

    La position des sept démissionnaires est du même ordre. Ils veulent défendre les intérêts du Québec et prendre les moyens valorisés par les dirigeants au-dessus du Québec. En cela, ce sont des « canadiens » errants au Québec à la recherche de reconnaissance en faisant des petits pas comme le ministre Fournier.

    Aussi entendent-ils préparer le terrain pour les libéraux qui fourbissent déjà les armes pour reprendre le pouvoir en 2022 avec à leur tête possiblement l'homme d'affaires Taillefer qui entend intervenir en se disant libéral (?) et progressiste plus qu'indépendantiste.

    Pour eux, la démocratie, ce n'est pas important. Leur tasse de thé est de sauver le Canada en prenant la voie de Sisyphe, qui consiste à tout faire pour atteindre le sommet envisagé sans jamais y parvenir et, après avoir déboulé, de recommencer parce que recommencer c’est la seule chose qu’ils savent faire.

    Votre texte est clair. Le chat est apparu dans leur sac à dos d’escalation et les a démasqués.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mai 2018 11 h 10

      Ajout

      Le nouveau parti des 7 aura pour nom « Québec debout ». C'est dire qu'il entend escalader le mur canadien debouts avant d'en redescendre munis de béquilles pour se faire soigner au Québec.

  • Gilles Bousquet - Abonné 9 mai 2018 08 h 23

    D'accord à 100 % minimum

    Un député indépendantiste au fédéral, se doit de travailler à promouvoir le Québec un pays, en soulignant ses bons côtés, partout, en priorité, tout en défendant, entre-temps, le Québec, jusqu'à l'obtention d'une majorité d'intéressés.

    Un député fédéraliste au fédéral, se doit de travailler à défendre le Québec DANS LE CANADA, ce qui, quand ça réussit, conforte les Québécois DANS LE CANADA, une affaire pour conserver le Québec, une province canadienne jusqu'à la fin des temps...minimum.

  • Colette Pagé - Inscrite 9 mai 2018 09 h 22

    Du jamais vu : Un Président qui reste en poste pour mieux nuire au BQ !

    Telle est la décision insensée et suicidaire prise par Mario Beaulieu qui agit désormais comme un loup dans la bergerie. Ce Président assis entre deux chaises qui ne manque jamais avant d'agir de solliciter les conseils de Gilles Duceppe L'ex-chef autoritaire, agissant dans l'ombre, toujours en réserve de la République et qui rêve du jour ou il pourra sortir triomphalement de sa confortable retraite.

    Agir comme le fait le Président du BQ, c'est oublier les dommages irréversibles faits au BQ, à ses membres, à la cause sans oubier les effets collatéraux de cette crise qui se réflètent dans les sondages pour le PQ. i

    Cette saga qui n'en finit plus démontre à l'évidence que ses auteurs oublient que leurs comportement infantiles ainsi que leur décision précipitée de fonder un nouveau parti, comme si c'était le nirvana, envoit aux électeurs le message suivant : Dans l'éventualité que le Québec devienne un pays indépendant jugez par vous même quel en sera le résultat. Mésententes, chicanes, divisons, luttes d'egos.

    Quitte à le redire : les plus grands ennemis des souverainistes ne sont pas les fédéralistes mais bien les souverainistes. Diviser pour mieux régner, voilà le principe sur lequel repose l'action des dissidents ainsi que de la décision surprenante du Président du BQ.

    • Gilles Bousquet - Abonné 9 mai 2018 09 h 47

      M. Beaulieu en a le droit, même s'il tente ainsi de mieux sorir sa cheffe qu'il appuyait, quand la mutinerie a été déclarée publiquement en insultant Mme Ouellet, la cheffe. Il va trouver, sur son chemin, M. Gilbert Paquette, le nouveau solide vice-président du Bloc.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 mai 2018 10 h 19

      Au moins M. Beaulieu ne propose pas de fonder un nouveau parti.

      Ceci étant dit, le président du parti a deux possibilités en cas de consultation officielle des membres: 1) appuyer la direction en cours ou 2) rester neutre en attendant le verdict des membres.

      Rester président du parti et faire activement campagne contre la position de la direction sur une consultation officielle des membres est un abus du fait de détenir ce poste, un abus de pouvoir. Si M. Beaulieu veut faire une telle campagne, la démocratie du parti le permet, mais il devrait alors démissionner de son poste de président.

      Par ailleurs, que le président du Bloc ait fait une campagne publique pour appuyer un candidat à l'investiture du PQ (Pointe-aux-Trembles) constitue une intrusion dans les affaires du PQ. Lorsqu'on est président du Bloc, cela accentue l'effet d'intrusion. Au PQ, on ne s'en est pas plaint publiquement, pour ne pas donner une image de division des souverainistes, mais ça a dû grincer des dents.

      Ces agissements de M. Beaulieu sont incompatibles avec la nature de la responsabilité qui vient avec le poste de président du parti.