Que les jeunes soient nommés selon leur mérite

La couleur politique ne devrait pas être un facteur de sélection des jeunes pour les postes qui leur sont réservés par la loi, souligne la porte-parole du Parti québécois pour la jeunesse, Catherine Fournier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La couleur politique ne devrait pas être un facteur de sélection des jeunes pour les postes qui leur sont réservés par la loi, souligne la porte-parole du Parti québécois pour la jeunesse, Catherine Fournier.

La semaine dernière, mes fonctions de porte-parole du Parti québécois pour la jeunesse m’ont amenée à interroger le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires du Conseil exécutif.

Vous avez été nombreux à prendre connaissance de cet échange depuis. Jamais je n’aurais pu croire que cette étude des crédits susciterait autant de réactions !

Il faut admettre que les faits avaient déjà de quoi faire jaser. En décembre 2016, une loi visant à donner plus de place aux jeunes dans les lieux décisionnels a été votée à l’unanimité des députés de l’Assemblée nationale. Ainsi, un siège devait être réservé à une personne de 35 ans ou moins au sein de chacun des conseils d’administration de nos sociétés d’État. En cherchant de l’information sur les nominations avec l’équipe de recherche du PQ, nous avons trouvé que pas moins de six jeunes sur les onze nommés jusqu’à maintenant en vertu de cette loi ont des liens directs avec le Parti libéral au pouvoir : ex-attachés politiques, militants et donateurs de longue date. Et nous avons été conservateurs dans nos calculs puisque, sur les quatre autres nommés (un des six autres jeunes occupe deux postes simultanément), d’autres avaient aussi des liens avec le PLQ, bien que plus légers.

C’est ce qui m’a amenée à dire au premier ministre qu’à la lumière de ces faits troublants, la nouvelle loi — pourtant excellente dans son essence — avait contribué à instrumentaliser les jeunes pour servir un système de copinage libéral, comme on en a trop souvent vu.

Il va sans dire que le premier ministre en a été pour le moins… agacé.

Au lieu de reconnaître les faits pourtant indéniables et de proposer des pistes de solution pour assurer qu’à l’avenir son gouvernement placerait sur un même pied d’égalité les curriculum vitae de tous les jeunes compétents et disposés à occuper ces fonctions, le premier ministre a fait le mauvais choix : celui d’esquiver les questions légitimes d’une autre parlementaire et, encore pire — j’ose le dire —, de tentatives d’intimidation. Bref, il a fait le choix de la vieille politique, à laquelle il a tenté de m’identifier.

J’ai néanmoins continué à le questionner, à faire le travail pour lequel j’ai été élue : représenter les citoyens et porter leurs voix là où ils devraient être en mesure d’avoir des réponses.

N’en déplaise au premier ministre, la « politique autrement » que j’ai décidé de promouvoir à travers mes gestes et mes prises de position, c’est celle de la justice et de la transparence.

En plus du ton utilisé à mon égard, que tous ont pu constater, certaines déclarations qu’a faites le premier ministre au cours de notre échange ont aussi de quoi soulever de sérieuses interrogations. En effet, à au moins trois reprises, le premier ministre m’a invitée à lui envoyer moi-même des candidatures de jeunes pour qu’il les considère afin de pourvoir ces postes réservés aux 35 ans et moins dans les CA des sociétés d’État. En me reprochant mon « comportement » (!), il m’a notamment dit, mot pour mot : « Qu’elle m’indique elle-même des jeunes péquistes, ça va me faire plaisir de les nommer. » C’est dire à quel point le mal est profond !

La question n’est pas de nommer un plus grand nombre de jeunes péquistes dans les CA des sociétés d’État. La question est que la couleur politique ne devrait pas être un facteur de sélection des jeunes pour les postes qui leur sont réservés par la loi. Et, surtout, que cette loi qui vise justement à améliorer la place des jeunes dans les lieux décisionnels ne doit pas être instrumentalisée par une formation politique pour récompenser des années d’emploi ou de militantisme au sein du parti au pouvoir.

Pire encore : le fait que le premier ministre suggère que je devrais moi-même lui envoyer des candidatures augmente et confirme d’autant plus mes craintes sur les modes de nomination.

Plusieurs ont écrit ou dit que ce genre de comportement du premier ministre à mon égard n’incitera certainement pas les jeunes à se lancer ou à s’impliquer en politique.

Au contraire, je crois pour ma part que cela met en lumière pourquoi il est si primordial de le faire.

D’une part, la solidarité dont ont fait preuve mes collègues députés — ainsi que les centaines de citoyens qui m’ont écrit, tant pour souligner mon travail que pour déplorer l’attitude du premier ministre — a de quoi nous rassurer. Ce genre de comportement ne passe pas dans la société, pas plus à l’égard d’une jeune femme parlementaire qu’à l’égard de n’importe qui d’autre. Nous avons tous notre place.

D’autre part, si nous voulons remplacer ceux qui exercent ce style de politique, il faut prendre le leadership et changer les façons de faire. À nous de jouer, maintenant.

7 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 4 mai 2018 08 h 17

    … découvrir ou … ?!?

    « Nous avons tous notre place. » (Catherine Fournier, Députée / Porte-parole Jeunesse, PQ)

    Bien sûr, mais, des fois, celle que certains ont demeure comme « suspecte », « partisane » et « jalousée », hélas !?!

    Comme il se dit en proverbe pop, « chaque chose, sa place, et chaque personne, la sienne » !

    Reste, maintenant, ici ou autrement, se dénicher une place qui, du soleil des Nations, chaque personne, chaque peuple cherche à habiter ou à survivre !

    Bien sûr, nous avons tous une place qu’il nous faut-faille comme …

    … découvrir ou … ?!? - 4 mai 2018 -

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 mai 2018 13 h 38

      M. Blais, savez-vous que je ne comprends pas un traître mot de ce que vous avez écrit ?

      Pas un, faut le faire.

      Votre "hélas"a-t-il une signification sémantique quelque part ?
      C'est quoi un proverbe pop si tous les proverbes sont par définition populaires ?
      Et qu'est-ce que le vôtre vient faire ici ?

      Le soleil des Nations, ça existe ?????

      Mais votre dernière phrase, je dois dire que je n'y vois rien, même pas le vide absolu. Une certaine agitation de caractères qui virevoltent en tout sens. Bizarre.

      Il est vrai que l'intervention de Mme Fournier méritait mieux que des niaiseries. Consolez-vous, celles du premier ministre ont précédé les vôtres, vous êtes en bonn..., non, mauv..., bof. Vous êtes en compagnie.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 4 mai 2018 17 h 11

    Le naufrage partisan d'un supposé "intellectuel".

    Philippe Couillard, ce grand "intellectuel" féru de culture auto-proclamé, a adopté au cours de ses années au pouvoir un comportement de plus en plus suffisant qui le fait maintenant se rouler dans la fange sans aucune retenue. Ce comportement n'est certainement pas celui d'un premier ministre auquel les Québécois aimeraient bien s'identifier, mais celui d'un chef de gang narcissique et imbu de son autorité paternaliste. C'est fou ce que le pouvoir, même simplement provincial, change un homme.

    Récemment, sa décision de confier la gestion des "zecs" du nord du Québec à l'entreprise privée pour en réserver l'accès aux seuls riches en dit long sur sa conception de l'égalité et de la démocratie. Et il ose dire, en parlant de cette dépossession et de cette aliénation tous azimuts, que "le Québec est sur un élan qu'il ne faudrait pas briser". Un élan vers quoi, je me le demande...

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 4 mai 2018 17 h 27

    @ Jean-François Trottier

    «M. Blais, savez-vous que je ne comprends pas un traître mot de ce que vous avez écrit ? (voir supra)» (Jean-François Trottier)

    Le commentaire de M. Blais est allégorique:

    «Nous avons tous notre place» (Catherine Fournier) sauf que «des fois, (la place) que certains ont (est) ''suspecte''» (Marcel Blais)

    La réflexion de M. Blais s'élabore autour du champ lexical du mot place: avoir une place au soleil (métaphoriquement prendre place dans la société), procurer une place de fonctionnaire (i.e. décrocher un emploi dans la fonction publique), être nommé par les autorités à une place de conseiller auprès du gouvernement.

    Comme il est question de nominations politiques, certaines nominations (i.e. les «places» que les autorités attribuent à certains) sont suspectes parce qu'elles revêtent une apparence de partisanerie.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 mai 2018 08 h 34

      « Le commentaire de M. Blais est allégorique » (Mathieu Lacoste)

      Oui, en effet, « mon-ce » commentaire, relevant d’un mode littéraire non étudié de ma part (celui de l’allégorie), se veut, avant-tout, être et demeurer d’expression « a-politique », notamment lorsqu’un des sujets délicats à développer rencontre résistance et suspicion publiques (place et rôle des jeunes tant en société qu’en politique active ou selon ?!?), un sujet susceptible de « partisanerie » endiablée !

      Merci, M Lacoste, d’avoir visé juste !

      Bref ! - 5 mai 2018 -

    • Jean-François Trottier - Abonné 5 mai 2018 09 h 26

      M. Lacoste,
      Je ne voulais pas en rajouter mais, bon, il semble que je le doive.

      J'avais bien compris l'intention ironique.
      Mais pas les mots. Leur expression, prise directement et même en y ajoutant des "niveaux" (paraît que les humoristes aiment les "niveaux"), reste un charabia dans lequel on doit décrypter d'abord la syntaxe, puis la structure et enfin les très nombreux sens possibles avant d'arriver au seul qui reste, si étroit qu'il en est triste. Pourquoi tant de sparages pour dire si peu ?
      Vous avez senti le besoin de traduire, vous savez de quoi je parle.

      M. Blais me demande des efforts soutenus pour le suivre, comme je le fais avec une personne qui a un peu perdu la tête et dont je cherche l'intention. Dans ce cas c'est important pour moi. Pas ici. Ce qui est écrit n'est pas de la poésie, n'est pas particulièrement inspiré, ni particulièrement drôle.

      Ce monsieur ne connaît pas cette dame : c'est la première fois qu'elle s'exprime en public. Elle ne fait aucune apologie, pas de style, elle parle à peine d'intentions. Elle énonce des faits selon son propre point de vue.

      M. Blais, lui, reste à l'intérieur du discours de Couilard, qui souhaite que tout un chacun croit que la politique est sale. Couillard, lui, ajoute "puisqu'elle est sale, votez pour nous". Ce moto est vieux comme le PLQ.

      Le texte de M. Blais est une série de lieux communs reliés par des points de suspension. Ces lieux communs recèlent leur part de mensonges (comme tous les lieux communs) difficiles à déceler parce que les expression sont vagues et mal à propos. À dessein ? Mais alors, pourquoi écrire et pourquoi lire ?

      Ceci dit, si vous prenez l"engagement d'écrire une traduction "pour imbécile" chaque fois qu'un texte aussi mononc' sort, il me fera peut-être plaisir de vous lire.
      Vous pouvez essayer en tout cas.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 5 mai 2018 16 h 44

    @ Jean-François Trottier

    Les lieux communs ne sont pas des mensonges, mais des vérités banalement évidentes.

    Ceci dit, votre réplique est pour le moins sibylline lorsque vous m'écrivez en substance que vous n'avez pas compris les mots qu'emploie M. Blais, mais que vous avez compris l'intention qu'il énonce avec ces mots-là…

    Et vous m'égarez davantage en posant que le commentaire de M. Blais colporte le discours de M. Couillard…

    Par ailleurs, il me semble que le qualificatif d'imbécile (sic) est mal avisé, alors même que votre commentaire sur ce qui vous apparaît être du charabia (sic) révèle l'indigence de vos lectures ; de fait, le propos de M. Blais était indéniablement limpide.

    Il est vrai que les lecteurs insensibles aux évocations, et que les allusions égarent, doivent être pris par la main pour qu'on les mène d'un bout à l'autre d'un écrit.