Parité: le courage, c’est d’adopter une loi

«Du courage, les partis traditionnels en manquent cruellement depuis des années.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Du courage, les partis traditionnels en manquent cruellement depuis des années.»

On parle beaucoup de parité en politique ces temps-ci. Tant mieux, on n’en parlera jamais assez.

Le directeur du Devoir, Brian Myles, a ajouté sa voix, il y a quelques jours dans ces pages, affirmant que la parité ne passe pas par la contrainte d’une loi, mais par le courage politique.

Sur le fond, je suis tout à fait d’accord avec M. Myles : il faut du courage pour en arriver à un tel changement. Mais justement, du courage, les partis traditionnels en manquent cruellement depuis des années. Tous les premiers ministres, y compris la première première ministre de l’histoire du Québec, ont eu l’occasion, au cours des 25 dernières années, d’instaurer le principe de parité au sein de leur conseil des ministres. Un seul l’a fait, Jean Charest, après l’élection de son gouvernement minoritaire en 2007. Cela aura duré 18 mois… Pour exister, la parité doit être plus qu’anecdotique.

Je note avec plaisir que Le Devoir se dit pour la parité, mais s’en remettre au « courage » des partis politiques ne doit pas devenir, encore fois, un prétexte pour pelleter par en avant un problème que nous traînons depuis trop longtemps.

Avant le courage vient la volonté. D’abord, vouloir changer les choses. Ensuite, prendre les moyens pour que le changement se produise. La volonté sans le courage confine à l’inaction ; le courage sans volonté, ce sont des voeux pieux. Or en ce moment, seul Québec solidaire passe de la volonté au courage, en proposant de faire de la parité une obligation, et non seulement un souhait.

Nous visons d’abord à imposer la parité au Conseil des ministres. J’ai récemment présenté un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale. Le cabinet représente un symbole très fort, mais ce n’est, pour nous, que le début. Nous voulons aussi étendre la parité aux candidatures de tous les partis, ce que QS fait déjà. Nous y arrivons parce que nous nous sommes donné des règles strictes pour y parvenir.

Le directeur du Devoir note aussi, avec raison, que la pression populaire est un élément essentiel pour amorcer de tels changements. Cette pression existe déjà, comme le démontrait dernièrement un sondage Léger. Pour une forte majorité de Québécois et de Québécoises, la parité va de soi. Il serait donc normal que les élus en prennent acte et agissent en conséquence. Simple question de responsabilité : l’exemple, en de telles matières, doit venir d’abord de ceux et celles qui votent les lois au Québec.

Si le nombre de femmes élues à l’Assemblée nationale était en progression constante, on pourrait se dire : c’est plus lent que nous le souhaitons, mais tranquillement, nous approchons du but. Or, au Québec, c’est un pas en avant, deux pas en arrière. Certes, il y a plus de femmes élues à l’Assemblée nationale que dans les années 1960, 1970 et 1980, mais si on fait la moyenne des 30 dernières années (sept élections), la représentation des femmes stagne autour de 25 %, avec un modeste sommet à 33 % en 2012. Nous sommes donc loin de la parité.

Les pays qui ont atteint ou qui s’approchent de la parité ont joint le courage à la volonté en adoptant des mesures fortes et contraignantes. C’est le cas, notamment, du Rwanda, champion de la représentation féminine (64 %). « Ce n’est pas arrivé magiquement, c’est arrivé parce qu’ils ont instauré en 2003 des quotas de femmes pour les élections », expliquait l’an dernier Kate McInturff, chercheuse au Forum économique mondial.

On parle beaucoup de la parité en politique ces temps-ci. Tant mieux. Mais il y a longtemps qu’on en parle. Il est temps d’agir, maintenant, en vue des prochaines élections.

3 commentaires
  • Jean-Bernard Lavoie - Abonné 3 mai 2018 05 h 47

    société et culture féminine

    L'idée du rôle de la femme restreint à celui de mère qui s'occupe de la maisonnée n'est pas si loin: ma mère a passé sa vie dans la cuisine et a bien (!) élevé ses 10 enfants...À cette époque, il n'y avait pas d'alternative (sauf le couvent peut-être!...) Heureusement, maintenant, elles peuvent décider de leur vie: avoir des enfants ou pas,se marier ou pas, se séparer, faire des études avancées, exercer un métier non-traditionnel, etc. Les femmes combatives qui nous ont conduits à cette (r) évolution mériteraient à être mieux connues du public: on apprend par l'exemple! Mais il y a encore beaucoup de travail à faire pour changer les mentalités et atteindre au moins la parité dans tous les domaine d'activité...(par des lois s'il le faut). Les femmes ne constituent-elles pas plus de la moitié de la population? et en plus, elles ont donné naissance à l'ensemble de l'humanité!
    Bref, on a besoin de plus de culture féminine et de moins du contraire, de cette culture du mâle dominant qui contrôle toutes les institutions,valorisée par des 'mythologies' religieuses, mysogines et attardées (surtout les monothéistes) Parfois je me demande s'il ne faudrait pas revenir au matriarcat et aux déesses: notre monde s'en porterait certainement beaucoup mieux!!!

  • Charles-Étienne Gill - Abonné 3 mai 2018 09 h 54

    Le Rwanda de Kagame et la tentation autoritaire

    J'imagine que tant qu'à nous inspirer du Rwanda, on devrait aussi s'inspirer de son président.
    C'est curieux que Manon Massé se serve de cet exemple. D'ordinaire les Solidaires ont une tendance anti-impérialiste voire anti-américaine. Là, on souligne les vertus démocratiques féministes d'un pays gouverné par un dirigeant autoritaire, lequel est soutenu par les Américains, lequel a été aidé par la CIA. Qui donc a aidé à abattre l'avion de l'ancien président du président Habyarimana?

    Dans un texte d'opinion diffusé dans Le Soleil en 2011, Emmanuel Hakizimana, président du Congrès rwandais du Canada rappelait que Human Right Watch affirmait que « le système judiciaire rwandais est utilisé pour persécuter les opposants et intimider le public ». L'auteur citait aussi Reporters sans frontière qui affirmait, en 2010, que « le Rwanda figure parmi les 10 pays les plus grands prédateurs de la presse».

    Difficile, dans le contexte des assassinats politiques de parler des vertus de la parité. Que veut dire ce chiffre de 63% dans un régime autoritaire et totalitaire? D'un autre côté, nous avons le Québec, qui sans quota, a élu une femme comme première ministre en 2012.

    Il faut vraiment avoir un biais idéologique terrifiant pour se servir de tels exemples sans en voir le ridicule. C'est triste de voir que la gauche n'a pas besoin de la droite pour se caricaturer. Pourquoi toujours vouloir utiliser la coercition? La tentation autoritaire de la gauche parle dans cet exemple d'une manière assez criante.

  • Dominique Bherer - Abonné 3 mai 2018 11 h 57

    La non-parité homme-femme est la premiere preuve que nos gouvernements ne sont pas démocratiques

    La non-parité homme-femme en politique est la premiere preuve que nos gouvernements ner sont pas démocratiques.
    Dominique Bherer