Le Mouvement Desjardins place la rentabilité avant les régions

Les municipalités sont officiellement mises à contribution pour la privatisation des profits et de la socialisation des dépenses de Desjardins, déplore l'auteur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les municipalités sont officiellement mises à contribution pour la privatisation des profits et de la socialisation des dépenses de Desjardins, déplore l'auteur.

En novembre 2016, lorsque Guy Cormier a accédé à la présidence du Mouvement Desjardins, il a annoncé un fonds de 100 millions pour aider les régions. Plusieurs ont alors cru qu’il répondrait ainsi à la demande de Claude Béland, qui l’avait antérieurement faite à Monique F. Leroux, de garder ouvertes les anciennes Caisses populaires. Celle-ci avait rejeté cette requête par crainte d’une décote de la part des agences de notation financière.

Pour Guy Cormier et le Mouvement Desjardins, il n’était absolument pas question de conserver autant de « centres de services », comme on les appelle maintenant. Ils ne figuraient pas dans les plans du « patron » de la coopérative et ils étaient toujours considérés comme des centres de coûts qu’il fallait fermer. Rentabilité tous azimuts oblige : de plus de 1300 caisses populaires, nous sommes passés à 300 et l’hécatombe continue d’année en année.

Voici maintenant que les municipalités sont officiellement mises à contribution pour la privatisation des profits et de la socialisation des dépenses de Desjardins : le néolibéralisme mis en action par les financiers capitalistes de ce monde ! La Fédération québécoise des municipalités (FQM) et Desjardins annoncent un projet pilote de 12 mois pour implanter dès le mois de mai des guichets automatiques « indépendants » dans cinq municipalités. Ce sont les municipalités qui devront trouver le local et assumer son loyer ; Desjardins déboursera les coûts du projet pilote pendant 12 mois, mais après, Desjardins n’y sera plus. Tous les coûts seront à la charge des citoyens des municipalités. Puisque ces guichets n’appartiendront pas à Desjardins, il ne fera que distribuer des billets : aucun dépôt ne sera possible. Parions que les municipalités choisies seront celles où d’anciennes Caisses populaires étaient bel et bien vivantes et que le head office de Lévis-Montréal avait décidé de fermer depuis des années.

Pour les municipalités, c’est là une forme de prostitution auprès du financier milliardaire Desjardins : elles prennent toutes les responsabilités financières afin de doter les imprévoyants citoyens en papier monnaie. […] Qui paiera donc ces « déficits d’opération » ? Réponse : les contribuables de ces municipalités, que vous soyez membres de Desjardins ou non. Finie la coopération.

Retour au XIXe siècle

Le 14 mai prochain, la FMQ et les banques canadiennes (Desjardins inclus) croiseront le fer à l’Assemblée nationale dans le cadre d’un mandat d’initiative de la Commission sur l’aménagement du territoire afin de trouver des solutions pour maintenir l’accessibilité aux services financiers en région ! On croirait revenir au XIXe siècle !

Honte à Desjardins, honte aux municipalités et honte au gouvernement qui se liguent, au nom du néolibéralisme pour exploiter la population. Plus que jamais, on profite de la crédulité des gens et on participe à la paupérisation des régions laissées pour compte, lesquelles ont soif de justice et de respect. Une autre preuve que Desjardins a perdu son âme.

10 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 1 mai 2018 04 h 32

    Un autre exemple..

    ...de la pertinence d'ouvrir une banque d'État pour concurrencer les banques privées (ce à quoi Desjardins ressemble de plus en plus) et offrir des services essentiels à toute la population.

  • Gaston Bourdages - Abonné 1 mai 2018 05 h 32

    Monsieur Cormier osera-t-il jusqu'à dire « Causez....

    ....toujours mes lapins, c'est le risque de décote qui prévaut....» Membre Desjardins depuis un temps, je questionne. Pourquoi le rester ? Quels avantages est-ce que j'en retire ? À quand la mise en place d'une institution financière mutualiste, une vraie, authentique qui ne répond pas aux « exigences » du marché néolibéraliste ? Ma fierté Desjardins a, de beaucoup, perdu de son lustre.Que reste-t-il lorsque la fierté n'y est plus ?
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux,Qc.

  • Gilles Bousquet - Abonné 1 mai 2018 07 h 42

    Pour que les régions ne rejettent pas Desjardins

    Si Desjardins ne privilégie pas la rentabilité, il ne sera plus compétitif à la ville et en région. Les membres de Desjardins recherchent de bons taux pour leurs prêts et leurs épargnes et investissements. Pour leur offrir ça, Desjardins doit surveiller ses couts en ne laissant pas des services trop peu utilisés...partout.

    Il y a de nombreuses alternatives à la caisse locale, à part Internet comme des retraits en argent quand on achète à nos super-marchés. Souvent, il ne reste plus de magasin général dans les villages, faut se rendre à la ville la plus proche qui possède encore des Caisses et des guichets. On peut faire d'une pierre deux coups. Chacun doit s'adapter aux changements, Desjardins et ses membres, en même temps.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 1 mai 2018 11 h 35

      Le problème réside peut-être au monopole de Desjardins sur la présence de coop financière au Québec.

      Ailleurs au Canada ils on dénombre par centaines les coop financières, des "Credit Union". Leur dimension plus modeste semble pas être un frein pour offrir un bon coût de service, à l'épargne comme aux prêts.

  • Céline Lemay - Inscrite 1 mai 2018 08 h 00

    Plutôt la colère...

    merci pour cette opinion si bien exprimée et que je partage. J'ai toujours été fière de faire partie de Desjardins car la vision d'un mouvement coopératif est importante pour une société et apporte quelque chose de différent. Maintenant je ne suis plus fière du tout car je ne vois plus en quoi Desjardins est différent des autres. En fait je suis plutôt en colère parce qu'il n'a pas trouvé des moyens de résister au néolibéralisme, porteur de l'oubli (volontaire) du bien commun... C'est en haut que ça se passe et le haut est de plus en plus haut, de plus en plus déconnecté. Au service de ses membres? Bull......Le problème m'appartient cependant car je suis membre mais les moyens d'action ressemblent à un sport extrème. Le pire c'est que même un référendum auprès des membres sur le sujet des régions risquerait de ne pas passer! Hé misère....

    • Clermont Domingue - Abonné 1 mai 2018 11 h 48

      Madame Lemay,le néolibéralisme a canibalisé Desjardins. Après avoir fondé deux caisses populaires dans ma jeunesse, j'en veux à Momique Leroux pour les millions qu'elle a acceptés en salaires. Ce fait témoigne de son égoĩsme et de son manque de sensibilité au bien commun.Le comportement de la présidente a eu pour effet de tirer vers le haut la rémunérations des dirigeants et ceux-ci ont oublié qu'ils devaient être au service des membres.Devenir une banque fut pour eux un changement payant.

      Par contre, je reconnais que Desjardins n'avait pas le choix.Les trop faibles taux d'intérêt étouffe Desjardins.

      Desjardins progressait grâce à la marge bénéficiaire (différence entre le taux payé aux épargnants et le taux chargé aux emprunteurs) Il y a vingt ans,la marge bénéficiaire était considérable, pouvant aller jusgu'à 6%. Aujourd'hui, la marge est très mince et parfois négative.Desjardins vous donne plus de 4% sur vos parts de capital alors qu'il reçoit 3% sur certaines hypothèques.Les deux vaches à lait de Déjardins sont désormais les assurances et les cartes de crédit. Si vous regardez la télé, vous aurez compris que les compagnies d'assurances lui rentre dedans. Quant aux cartes de crédit, c'est fragile; le crédit a ses limites et le gouvernement peut légiférer pour baisser les taux.

      J'observe que dans la nature les gros poissons mangent les petits.Nous avons mis trois générations à bâtir une grande entreprise de solidarité.Nous la pension invincible.Hélas! Elle n'a pas pü résister aux égoĩsmes.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 mai 2018 08 h 10

    … à peaufiner ?!?

    « On croirait revenir au XIXe siècle ! » ; « Honte à Desjardins, honte aux municipalités et honte au gouvernement qui se liguent, au nom du néolibéralisme pour exploiter la population. » (François Champoux)

    Qu’on le souhaite ou pas, Desjardins obéit aux diktats du néolibéralisme, des diktats similaires de ceux utilisés, notamment et précisément, dans le merveilleux monde de l’éducation, de l’emploi et solidarité sociale, de la santé et services sociaux !

    De cette similarité, on-dirait que se dessine un environnement susceptible d’assurer et de maintenir un vivre-ensemble moins tolérant, humain et différent qu’indifférent, dés-humain et intolérant à valoriser et « coloniser » de honte et de culpabilité la sandale du prochain, l’habit de l’empereur et la beauté du sourire !

    De cette similarité, comme …

    … à peaufiner ?!? - 1 mai 2018 -