Le virage raté de la politique de mobilité

En refusant de taxer adéquatement l’usage de l’automobile, l'État mine d’avance tout espoir de changement de comportement, se désole l'auteur.
Photo: Andy Wong Associated Press En refusant de taxer adéquatement l’usage de l’automobile, l'État mine d’avance tout espoir de changement de comportement, se désole l'auteur.

C’est entouré de représentants de tout ce qui touche le transport, ou presque, que le premier ministre Philippe Couillard nous présentait la politique de mobilité de son gouvernement. Nous avons désormais une politique de mobilité audacieuse, digne d’être une seconde « Baie James », avançait-il. En pleine année électorale, on ne fait pas dans la dentelle.

On en conviendra, les cibles sont nobles et nombreuses, mais hélas nous sommes bien loin de pouvoir atteindre tous les objectifs annoncés. Tellement loin qu’il est certain que nous allons presque certainement rater les plus audacieux. Le jour même, une étude nous apprenait que la congestion sur la couronne nord de Montréal ne ferait qu’aller vers le pire pour plusieurs années encore, des retards dans le trafic qui vont s’accentuer de presque 150 %. On y apprend que même pas 5 % des nouveaux arrivants de la couronne miseront sur le transport en commun. Sachant qu’actuellement une forte majorité des voitures prises dans la congestion n’ont pas d’autre passager que le conducteur, on est en droit de se questionner sur le réalisme des annonces jovialistes de notre premier ministre.

L’auto solo en baisse de 20 % dans une douzaine d’années ? Une réduction de notre bilan GES de 50 % dans le transport sur la même période ? Certes, on parle de moins 37,5 % sur les émissions de 1990 dans le texte, mais comme nous sommes en hausse par rapport à cette cible, le vrai chiffre à atteindre est de moins 50 % par rapport à 2016. On n’y arrivera pas. Il y aura de plus en plus d’autos, de plus en plus d’embouteillages et plus de routes dégradées. Et ce surplus d’autos qui rentre chaque matin sur la ville, on va le mettre où au fait ? Au centre-ville on estime à 30 % le nombre d’autos circulant dans les rues qui cherchent une place pour stationner. Mais où sont les incitatifs pour réduire cette marée d’autos ? Combien de rues de Montréal servent de stationnement aux banlieusards ?

Le premier ministre y va même d’un clientélisme affligeant en avançant ne pas vouloir taxer les pick-up et les VUS. Il ne veut pas bousculer son monde et mise sur le bon comportement de tous ceux concernés par une amélioration de l’offre. Se réclamant d’une circonscription rurale il ne veut pas taxer les agriculteurs. Depuis quand un VUS est-il un véhicule fait pour la ferme ? Si une taxe supplémentaire sur les pick-up pénalise les agriculteurs, on n’a qu’à leur permettre un crédit fiscal en compensation, comme on le fait déjà pour la taxe sur l’essence. Mais pourquoi ce refus systématique de taxer adéquatement l’usage de l’automobile ?

Ainsi, ce sera feu vert aux grosses cylindrées ! En plus ça rapporte à l’État plusieurs milliards par année ces 50 millions de litres vendus chaque jour, alors, pas touche ! Ne pas revoir la fiscalité sur les autos mine d’avance tout espoir de changement de comportement. Par ailleurs, je m’explique mal comment on peut justifier une taxe identique à l’achat d’un ordinateur, d’un vélo et d’une auto et oser prétendre avoir une vision sur le climat ?

En fin de compte, on est obligés de constater qu’une année électorale se prête très mal à l’audace fiscale. Mais ce qui me désole le plus dans tout ça, c’est l’approbation quasi unanime de ce plan par le milieu environnemental. Pas une seule critique, rien qui ne dépasse. Seul Vélo Québec, par l’entremise de Suzanne Lareau, est monté aux barricades !

4 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 23 avril 2018 09 h 21

    Congestion, GES, dieux et démons : ne mélangeons pas tout

    La congestion – La congestion, c'est un système d'alarme, qui se met en marche pour nous indiquer que quelque chose ne va plus. Lutter contre la congestion, c'est comme débrancher le système d'alarme au lieu de s'attaquer aux sources du cancer automobile. C'est risquer de faire des mauvais choix en confondant mobilité et lutte à la congestion. Ainsi, la lutte à la congestion pourrait mener à des décisions aussi douteuses que des prolongements d'autoroute (la A19 par exemple) ou des nouveaux ponts (le mythique 3e loin de la vieille capitale).

    Dans les régions métropolitaines, on est forcé de constater que le transport, à l'exception de celui en zones protégées (le métro), n'a cessé de ralentir au fil des ans. Or, en matière de transport collectif, solution incontournable, que demandent les gens ? Qu'on améliore la rapidité, la fiabilité et le confort (un peu moins de voyageurs au mètre carré).

    En matière de transport collectif, quand on n'a à offrir aux gens qu'un métro de plus en plus saturé et des autobus immobilisés dans les bouchons, on ne doit pas s'étonner de voir les gens opter pour la voiture individuelle. L'industrie automobile a compris ça depuis longtemps. Si elle a été impuissante à contenir la fiabilité et la rapidité, elle a compensé avec l'élément confort. La voiture s'est transformé à la fois en salle à manger, en salle de concert et même en salle de conférence, grâce à la téléphonie mobile, Ça a permis de repousser très loin le seuil de tolérance à la congestion. Passer deux heures dans sa voiture chaque matin n'a rien d'un purgatoire : ça peut même être agréable, quitte à faire un peu d'embonpoint par excès d'immobilisme. On ne peut pas en dire autant debout dans un autobus immobile, en partageant un mètre carré avec cinq autres personnes.

    Bref, le véritable objectif à viser n'est pas la lutte à la congestion, véritable système de régulation, mais d'offrir aux gens ce qu'ils demandent en matière de transport collectif : rapidité et fiabilit

  • Jean Richard - Abonné 23 avril 2018 09 h 47

    Congestion, GES, dieux et démons : ne mélangeons pas tout (2)

    Les GES – Il est très probable que nos choix en matière de transport aient un effet sur les émissions de GES, qu'on s'est engagé à réduire pour ralentir les changements climatiques. Or, focaliser sur ces émissions atmosphériques, surtout avec la myopie du public en ce domaine, pourrait, tout comme la lutte à la congestion, mener à faire de mauvais choix. En observant les politiques mises de l'avant en matière d'électrification des transports, il y a de quoi être inquiet.

    Avec ses très généreuses subventions à l'achat de voitures rechargeables, avec ses non moins généreuses exemptions de taxes et les nombreux privilèges accompagnant l'usage de celles-ci, les gouvernements pourraient être en train de redonner une nouvelle noblesse à la voiture individuelle. Après trois quarts de siècle de dictature automobile dans nos villes, nous nous apprêtons à célébrer la mise en place de la dictature automobile 2.0, entièrement calquée sur la première, avec comme seule différence que le véhicule sera mû à l'électricité au lieu du pétrole. Pire, cette voiture rechargeable pourrait être encore plus encombrante que celle qu'elle vise à remplacer, à voir les zones sacrées qu'on lui réserve pour la recharger.

    Bref, si la lutte aux GES nous mènent vers un choix aussi douteux que l'automobile 2.0, on fait probablement fausse route.

    Dieux et démons – La laïcité de l'état devrait nous éloigner de cette vieille morale judéo-chrétienne avec ses anges et ses démons. Merci à M. Couillard (une fois n'est pas coutume) d'avoir écarté cette fausse piste qu'est la surtaxe aux VUS. Primo, c'est une taxe régressive, et surtout, c'est totalement inefficace. Les gros méchants VUS et les angéliques Tesla, ça ne sert qu'à flatter les croyances sans améliorer le niveau de conscience. Ou si l'on préfère, ça ne sert qu'à donner fausse conscience. C'est une vision plus que douteuse de la réalité.

  • François Beaulé - Abonné 23 avril 2018 09 h 57

    Agir sur l'habitat en priorité

    « ... même pas 5 % des nouveaux arrivants de la couronne miseront sur le transport en commun »

    Il faut d'abord se demander dans quel type d'habitations les nouveaux arrivants vont s'installer. Si ce sont des maisons unifamiliales, bungalows et cottages, bâties sur de grands terrains, il y aura nécessairement un étalement urbain qui favorise l'usage des automobiles.

    Il faut donc intervenir par une norme de densité plusieurs fois supérieure à celle des unifamiliales. Une telle norme pour les nouvelles constructions devrait être imposée sur de vastes régions du Québec, ce qui favoriserait la densification de l'habitat. Une moyenne densité équivalent à environ 4 fois celle des banlieues actuelles inciterait les gens à s'installer le plus près possible du centre ou de leurs lieux de travail. L'attrait du grand terrain pas cher, situé loin des centres, disparaîtrait.

  • Daniel Vézina - Abonné 23 avril 2018 12 h 34

    Congestion et Pollution.

    Si demain, nous n'avions que des voitures électriques sur la route, la pollution serait 0, mais la congestion elle, serait la même.

    Qu'allons-nous faire alors, d'ici quelques années, quand nous roulerons tous en Chevrolet Bolt, Tesla, Nissan Leaf ou tout autre
    véhicule 100% électrique qui sera sur nos routes ?

    On tente par tous les moyens de restreindre l'auto, mais si le parc automobile devient totallement électrique, qu'est-ce que les chialeux
    pour l'environnement vont avoir contre nous ?

    On aura alors pas un mais deux problèmes : la capacité électrique de H-Q pour recharger tout ça et la congestion qui perdurera,
    car nous n'aurons rien fait pour améliorer le flux autoroutier.

    De grace, donnez-nous un réseau de transport public digne d'une métropole; quand les Français débarquent au Québec et qu'ils voient
    le réseau du Metro de Montréal, il demande une version complète de la carte, car ils pensent que c'est seulement une version abrégée...!

    C'est pour vous dire combien l'offre est minuscule par rapport à métropole que nous sommes supposé avoir....