La CAQ et le bien commun

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault

Le programme politique de la Coalition avenir Québec (CAQ) tangue parfois un peu à gauche, mais plus souvent à droite, en fonction des courants populaires qui guident son programme. À écouter son chef, on entend mal le rôle que l’État devrait jouer dans la société. Par contre, les candidates et candidats qui porteront ses couleurs aux prochaines élections nous informent davantage sur la direction que prendrait le gouvernement qu’elle aimerait piloter.

Dans l’état-major économique de la CAQ, on retrouve Youri Chassin, qui a été longtemps économiste à l’Institut économique de Montréal. Ses analyses économiques ont toujours été campées très à droite, à un tel point qu’on peut l’associer aux idées de Margaret Thatcher qui, rappelons-le, a déjà affirmé que la société n’existe pas. En ce sens, M. Chassin affirmait récemment qu’un État se mettant au service du bien commun était un mythe : « Si je me montre si suspicieux envers les solutions étatiques, c’est principalement parce que je ne crois pas au mythe d’un État au service du bien commun. Déjà, l’idée qu’il puisse exister un “bien commun” sonne l’alarme » (22 mars, blogue personnel de M. Chassin). On croirait entendre ici Ayn Rand, cette idéologue qui a inspiré les libertariens associés au Parti républicain des États-Unis. Mais qu’en est-il de cette idée du bien commun ? Est-elle une illusion sans valeur comme monsieur Chassin le croit ?

Intérêt collectif

Jean-Jacques Rousseau est probablement le philosophe ayant le mieux défini cette notion, inspirant à sa suite la Révolution française et bon nombre de programmes politiques sociaux-démocrates. Pour ce philosophe, le bien commun concurrence les intérêts particuliers au sein d’une société. Faire démocratie consiste à accepter de sacrifier une partie de ses intérêts personnels (par exemple à travers les taxes et les impôts) pour favoriser l’intérêt collectif (à travers les services publics). L’histoire du Québec nous démontre que l’État a bel et bien été au service du plus grand nombre. Par exemple, la nationalisation de l’hydroélectricité sous Jean Lesage a permis de donner à tous les Québécois une source d’approvisionnement électrique plus fiable et moins coûteuse que lorsque les sociétés américaines avaient la main mise sur nos rivières. Cette nationalisation a de toute évidence bénéficié aux Québécoises et Québécois qui se payent l’un des services électriques les moins chers en Amérique du Nord. Ne croyant pas en l’intervention de l’État au service du bien commun, on ne s’étonnera pas que M. Chassin soit pour une privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Notre système des centres de la petite enfance est un autre exemple de service qui favorise l’intérêt collectif. La mise en place de ce système de garde à prix abordable en 1997 a permis une plus grande participation des femmes au marché du travail et a favorisé le développement de tous les enfants, qu’ils soient de milieux favorisés ou de milieux défavorisés. Par le fait même, les enfants qui fréquentent les CPE arrivent mieux préparés à l’école, ce qui accroît leur réussite et leur persévérance scolaires (Laurin et autres, Pediatrics, 2015). Si monsieur Chassin devait être élu, il y a fort à parier qu’il fera pression sur le gouvernement pour un désinvestissement de l’État dans le réseau des CPE, puisqu’il est défavorable à l’existence de ce service public.

Nous pouvons conclure que monsieur Chassin nous propose une vision du bien (le commun n’existe pas pour lui) qui repose sur la somme des intérêts particuliers plutôt que sur l’intérêt du plus grand nombre. L’entrée en politique de monsieur Chassin a pour mérite de nous faire réfléchir collectivement sur le bien commun, sur sa définition et sur le modèle de société que nous voulons. Souhaitons-nous un modèle social qui ressemble à celui des États-Unis ? C’est ce que nous propose monsieur Chassin. Ou souhaitons-nous préserver le bien commun québécois, legs des générations passées qui ont permis de faire du Québec l’une des sociétés les plus heureuses (et égalitaires) de la planète ?

15 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 19 avril 2018 05 h 58

    TOUT « AUX FAITS »

    Merci pour votre opinion, c'est clair.

    C'est aussi claire du côté de monsieur Chassin, récupéré par la CAQ.
    C'est au moins un bon point pour lui, car il joue cartes sur table.
    Actuellement, la majorité de nos sinistres éluEs québécois et canadients logent à cet enseigne, le rejet du principe de Bien commun, mais ils ne le disent pas.

    • Nadia Alexan - Abonnée 19 avril 2018 11 h 11

      L'idéologie caquiste relève de l'égoïsme et de la cupidité crasse. Les néolibéraux veulent un retour à l'ère des barons voleurs du 20e siècle qui voulaient tout accaparer et ne rien laisser pour le bon peuple. La théorie du «trickle down economy» s'est avérée un échec monumental. Les États-Unis sont toujours derrière les autres pays de l'OCDE sur les mesures internationales en matière de la qualité de la vie, de l'éducation, de la santé, de la mortalité et du bien-être social. «It's the best democracy that money can buy»!
      Par contre, les pays scandinaves qui pratique le socialisme assurent le bien commun et l'égalité des chances à tous les citoyens, de la naissance jusqu'à la mort: des services de santé publique de qualité, la gratuité scolaire universitaire, un logement abordable, des garderies publiques de qualité, un transport en commun adéquat, des syndicats qui siègent à la même table avec les patrons pour prendre les décisions au seine de l'entreprise, et j'en passe.
      Malheureusement, les néolibéraux ne cherchent pas le bien commun. Ils veulent imposer le capitalisme sur le bon peuple et le socialisme pour les riches: les échappatoires fiscales, les subventions, les paradis fiscaux, etc. On trouve toujours des fonds pour subventionner les riches et les sociétés, mais on n'a jamais de l'argent dans les coffres de l'état pour les services publics. En conséquence, les inégalités mentent. Ça sera un désastre monumental pour le Québec si le PLQ ou la CAQ sont élus de nouveau, deux partis qui ne soucient jamais du bien commun.

  • Claude Bariteau - Abonné 19 avril 2018 07 h 06

    Chassin = Thatcher

    C'est à l'évidence le thatchérisme que propose M. Chassin pour le Québec, une approche qui, pour l'essentiel, repose sur les mêmes prémisses et conduit à la valorisaiton du néo-libéralisme.

  • Ginette Cartier - Abonnée 19 avril 2018 07 h 49

    Pourquoi vouloir être député, voire candidat ministrable dans un cabinet Legault, si on ne considère pas l'État au service du bien commun? Pourquoi faire de la politique si on ne croit pas à la politique?
    Le manque de cohérence disqualifie d'office ce candidat.

  • Robert Aird - Abonné 19 avril 2018 08 h 22

    Le modèle social américain

    Va t-on aussi importer de nos voisins du sud les multiples tueries d'une société décadente? Il faut être idéologue et riche capitaliste pour croire à ce modèle social.

  • Marc Davignon - Abonné 19 avril 2018 08 h 47

    La bonne affaire!

    Quoique nous pouvions en dire, le bien commun est bel et bien difficile à définir. Or, d'en nier son existence, c'est nié l'existence d'un objet que nous avons peine à cerner. Alors, la bien nommée main invisible n'est que foutaise. Illusion pour esprit faible.

    Ce Monsieur veut réellement quelque chose. Quelle est cette chose? Ce qui se trouve au coeur de la doctrine du néolibéralisme : le pouvoir. Le sait-il vraiment? Il arrive trop souvent que les disciples de doctrine ne sachent pas vraiment ce qu'il promeut.

    Mais quand est-il de ce bien commun? Il représente ce que chaque individu/citoyen recherche : un lieu où nous croyons suivre les mêmes règles, ou il y a un espoir d'équité. La justice se targue de cela : tous égaux devant elle! N'est-ce pas? Par contre, les poursuites bâillons sont une manifestation de cette volonté que les règles ne devraient pas s'appliquer de la même façon.

    Comment saper ce fragile équilibre? La doctrine enseigne que la compétition entre individus et un gage de meilleur prix, de plus grandes qualités. Allez dire cela à la commission Charbonneau si la réelle compétition existe, si la main invisible a réellement agi.

    Vous fait référence à l'électricité. Il faut que vous constatiez le même phénomène avec Internet ou encore, les guichets automatique : aux nom des Dieux Efficiance et Productivité, il n'est point de salut dans les contrées éloignées.