La Francophonie n’est pas en déclin

Selon l'auteur, grâce à Michaëlle Jean, l’Organisation internationale de la Francophonie est maintenant perçue comme un des grands acteurs de l’activité politique contemporaine.
Photo: François Guillot Agence France-Presse Selon l'auteur, grâce à Michaëlle Jean, l’Organisation internationale de la Francophonie est maintenant perçue comme un des grands acteurs de l’activité politique contemporaine.

Au moment de quitter mon poste de conseiller spécial de la secrétaire générale, je voudrais faire quelques commentaires concernant la situation actuelle de la Francophonie, tant institutionnelle que politique.

Pour juger ainsi cet univers, je me réclame d’une certaine expérience qui m’a mené du Sommet de Québec en 1987 jusqu’à celui d’Antananarivo en 2016. Au cours de ma carrière diplomatique formelle de quarante ans et celle moins formelle de près de dix ans, j’ai pu faire un certain nombre de constats.

Ce privilège d’avoir pu être à l’avant-scène de cet univers ouvert et stimulant, je l’ai vécu en ayant le sentiment de travailler au mieux-être d’une communauté que l’histoire m’aura permis d’appuyer.

À cet égard, la Francophonie a une courte histoire mais une histoire pleine de sens et de réalisations, dont plusieurs pays et communautés ont bénéficié.

Les grandes communautés culturelles se sont constituées en institutions formelles comme le Commonwealth, la Communauté latino-américaine, la Communauté de langue portugaise et, naturellement, la Francophonie, qui est née sous l’impulsion de ses quatre pères fondateurs. Il y a d’abord eu le poète et président sénégalais Léopold Sédar Senghor, ensuite le président Amani Diori du Niger, le président Habib Bourguiba de la Tunisie et enfin le prince Norodom Sihanouk du Cambodge.

Depuis lors, c’est-à-dire depuis 1970, la communauté francophone est passée par la naissance de l’ACCT (Agence de coopération culturelle et technique), avec 21 pays membres, et est devenue, depuis 1998, l’Organisation internationale de la Francophonie. Notre grande famille est passée de 21 pays membres à Niamey à 54 pays membres, 4 membres associés et 26 observateurs à Antananarivo. C’est dire que parler d’une institution « en déclin » ne m’apparaît pas marqué du sceau de l’objectivité.

Me voici maintenant arrivé au terme de cette carrière qui m’a permis de constater que nous, francophones, ne sommes pas seuls. Notre communauté, répartie sur les cinq continents, agit dans de nombreux secteurs de l’activité : l’éducation et la culture, bien sûr, mais aussi l’environnement, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’économie et la bonne gouvernance.

Ne poussant pas la naïveté jusqu’à essayer de faire croire que tous ces secteurs d’activité sont d’une égale importance et également développés, je peux dire cependant avec certitude que les sphères d’activité recoupent tous les secteurs que le développement sociétal appelle.

Langue millénaire

Le fait que la Francophonie soit planétaire maintenant démontre qu’un pays comme l’Arménie, qui recevra le prochain sommet à l’automne, obtient, comme il y a quelque temps la Roumanie, une audience planétaire, car il peut dialoguer avec cette communauté guidée par un vouloir commun et une vision du monde.

La Francophonie, telle que je la vois, telle que je la ressens, est cet essentiel lien de vie entre ses membres. Je considère que la culture française, devenue francophone avec les manifestations de vie sur l’ensemble de la planète, est un des acquis fondamentaux de cette grande idée qu’une langue millénaire réunit et permet aux pays membres de s’affirmer, collaborer, s’entraider.

J’ai été témoin de tout cela, de cette dynamique que plusieurs pays ont pu saisir pour ainsi s’associer à ce grand mouvement contemporain de développement basé sur le lien et les valeurs que notre belle langue procure.

L’impulsion que la secrétaire générale Michaëlle Jean a donnée à la Francophonie depuis 2015 est dans la ligne tracée par ses prédécesseurs, Abdou Diouf et Boutros Boutros-Ghali. Elle a la confiance des pays membres et a prouvé qu’elle était une rassembleuse née. La campagne de discrédit dont elle est la victime est totalement injuste et ne peut qu’être mal intentionnée. J’avoue n’avoir jamais vu une telle mise au ban frénétique et mensongère.

Michaëlle Jean porte et assure l’organisation depuis son élection avec vigueur. Il suffit de constater la réponse des populations à ses initiatives.

Grâce à elle, l’Organisation internationale de la Francophonie est maintenant perçue comme un des grands acteurs de l’activité politique contemporaine. Son partenariat avec les Nations unies et d’autres grandes organisations, ses interventions marquées dans plusieurs régions, permettent de contribuer à l’amélioration des conditions de vie dans plusieurs pays.

Je suis particulièrement heureux d’avoir pu être associé à cette dynamique, à son implication. La Francophonie est présente et implantée sur tous les continents et exerce une influence dont seraient fiers les pères fondateurs.

7 commentaires
  • Jacques Dupé - Inscrit 18 avril 2018 08 h 14

    La Francophonie n’est pas en déclin

    Ne nous mentons pas, on veut se persuader que la Francophonie est en plein essor ! Qui évoque aujourd’hui la francophonie, en dehors de quelques rares journaux ? À peine quelques lignes au fond d’une page ! Les jeunes préfèrent s’exprimer, chanter, écrire dans la langue de Shakespeare ! C'est bien triste !

  • Jean-François Trottier - Abonné 18 avril 2018 08 h 25

    Je crois que maintenant elle est bien lisse

    Je parle de la bedaine de M. Bilodeau. Après l'avoir tant flattée, le contraire serait étonnant.

    La question au sujet de la francophonie est bien trop complexe et diverse pour être traitée comme n'importe qui le ferait à la fin d'un mandat, espérant en trouver un autre rapidement.

    En certain endroits du monde, des gens sont avantagés parce qu'ils parlennt français. Les postes les plus élevés, les sphères de décision leurs reviennent presque automatiquement selon la règle qu'on engage qui on comprend, et de qui on n'a pas peur.

    Ainsi au Canada le français est une nuisance s'il est la langue maternelle et un atout si on l'a appris plus tard. Un bon exemple de ce fait est Justin Trudeau, anglophone qui ne se débrouille pas trop mal en français, tournures depĥrases biscornues comprises.
    En quelques années il a "adressé" je ne sais combien de problèmes. Les erreurs de ce genre sont courantes chez lui.

    En certaine endroits le français est flonflonnant et triomphateur, ailleurs il rampe un peu plus chaque jour. Normal, il dépend des humains qui l'utilisent et l'entendent, et les représentants des différentes régions du monde ne peuvent se comprendre dans les circonstances : trop semblables pour se différencier, trop différents pour s'épauler.

    Alors, les bilans globaux, hein...

  • Raynald Goudreau - Abonné 18 avril 2018 08 h 52

    Deux choses.

    Souhaitons que ce texte donnera envie de francophonie aux generations montantes Quebecoises . Il me semble que ce soit les depenses impotantes de Mme Jean qui font obstacles et non la qualite de son travail.

  • Gilles Delisle - Abonné 18 avril 2018 09 h 46

    Heureux de vous entendre dire de bons mots sur votre "patronne"

    Merci M. Bilodeau de ce beau témoignage sur la Présidente de l'OIF. D'ici, nous n'avions pas eu les mêmes échos sur cette jeune présidente. On l'avait accusé de dilapider les fonds de l'organisation dans des dépenses extravagantes , ce que vous semblez réfuter aujourd'hui. Il semble qu'elle s'est donné à plein dans ces nouvelles fonctions, ce qui est sans doute de bonnes nouvelles. C'est seulement à la fin de son mandat que nous saurons, si Madame a eu la même influence dans les pays francophones que son illustre prédécesseur. Il est vrai qu'elle a sans doute pu donner sa pleine mesure, elle `qui s'était passablement ennuyé à jouer les rôles d'une GG au Canada, rôle passablement ennuyant, j'en conviens.

  • Serge Lamarche - Abonné 18 avril 2018 18 h 01

    Rassurant

    Bien oui, enfin un bon mot pour la francophonie. Le défaitisme de certains commentateurs est compréhensible au Canada, car nombreux sont les détracteurs et les assimilés. Mais les assimilés ne sont pas fiers de leur état et sont pour la plupart très ouverts à un retour du balancier.
    L'anglais est une langue terrible, avec une mauvaise orthographe et une mauvaise prononciation. Ses avantages sont ses désavantages. Il faut avoir pitié de ceux qui ne parlent que l'anglais... hahaha!