L’ampleur du plagiat dans les universités

Près de 40 % des étudiants universitaires auraient déclaré avoir déjà plagié pour au moins un travail durant leurs études.
Photo: Den Guy Getty Images Près de 40 % des étudiants universitaires auraient déclaré avoir déjà plagié pour au moins un travail durant leurs études.

Le plagiat dans les travaux universitaires n’est pas un phénomène rare. Alors que les universités commencent à prendre le problème au sérieux, l’ampleur du phénomène se révèle. Selon certains chercheurs, près de 40 % des étudiants universitaires auraient déclaré avoir déjà plagié pour au moins un travail durant leurs études, une proportion gardée relativement stable au cours des dernières décennies. Et nous ne serions pas étonnés d’apprendre que ce pourcentage est en dessous de la réalité.

Le plagiat peut prendre plusieurs formes, mais elles ont généralement en commun l’appropriation, sans crédit, du travail ou des idées d’une autre personne. Le fait que des étudiants tentent de plagier sous-entend l’existence d’un objectif et d’un possible raccourci pour atteindre cet objectif. Ainsi, celui qui plagie veut obtenir quelque chose de plus en réduisant les efforts investis : par exemple, plagier en vue d’obtenir une note plus élevée qui fera augmenter les chances d’être accepté dans un programme contingenté, ou plagier pour tenter de réussir un cours pour lequel on n’a pas mis l’effort nécessaire.

En 2010, Stanley Fish écrivait dans le New York Times que le plagiat serait surtout une obsession venant des gens qui oeuvrent dans le milieu universitaire, mais on s’y intéresserait moins (ou différemment) à l’extérieur de ce milieu. Le problème avec cette vision est qu’elle ébranle l’importance de l’effort individuel comme critère de réussite. Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du contexte éducatif, nous croyons que le plagiat est un problème grave et qu’une solution s’impose.

Si le plagiat est généralement sanctionné sur une base individuelle, il prend tout son sens dans le rapport aux autres. Un individu qui triche en plagiant obtient un avantage injuste sur ses pairs. Bien plus grave que l’idée de faute morale, le plagiat en tant qu’injustice permet une compréhension plus profonde de l’enjeu : les personnes qui plagient brisent les fondements de l’université.

Pourquoi le plagiat est (encore) un problème important

Plusieurs pistes de réponses peuvent être proposées ici. Nous en offrons trois qui semblent particulièrement intéressantes. D’abord, dans les sociétés individualistes qui valorisent les droits de propriété et l’idée de l’auteur unique, le plagiat est généralement vu comme une tare. Néanmoins, des gens qui ont plagié font toujours office de figures d’autorité dans leur domaine. Par exemple, la célèbre primatologue Jane Goodall a été dénoncée par le Washington Post en 2013. Dans son ouvrage Seeds of Hope, des passages étaient tirés intégralement de Wikipédia et d’autres sites Internet. Même accusée formellement de plagiat, cela n’empêche pas Goodall d’être toujours une scientifique en vue dans les médias, ce qui envoie un curieux message aux étudiants intéressés par une carrière scientifique.

À l’instar de Goodall, les étudiants peuvent également utiliser les nouvelles technologiques pour plagier, et ce, d’au moins deux façons. Premièrement, Internet a fait décupler l’accessibilité à des masses d’information importantes, augmentant du coup les occasions de plagier. Deuxièmement, sur les réseaux sociaux, des individus offrent leurs anciens travaux contre rémunération. Ces travaux peuvent ensuite être utilisés dans des cours comparables au sein de plusieurs universités.

Enfin, les règlements pour sanctionner le plagiat existent, mais ceux-ci ne sont pas perçus comme un frein à plagier. Quelques études ont d’ailleurs démontré que les étudiants croient que les chances de se faire prendre sont faibles. N’y aurait-il pas lieu de s’interroger sur la crédibilité de tels règlements auprès des étudiants qui plagient ?

Que faire ?

Selon nous, il faut attaquer le problème de deux façons. Tout d’abord, on s’attaque au plagiat comme on s’attaque à une injustice : en la nommant comme telle et en empêchant qu’elle soit une norme. En s’assurant que les étudiants sont sensibilisés à la portée de leurs actions de plagiat, il sera plus difficile pour eux d’agir de la sorte en ignorant les conséquences. Ensuite, on s’attaque au plagiat comme à un problème structurel. Là où c’est possible, il s’agira de modifier les pratiques superficielles d’évaluation des apprentissages qui permettent aux étudiants de prendre des raccourcis dans leurs engagements scolaires. Ces avenues sont coûteuses mais vont de soi lorsque l’on considère que le plagiat est un phénomène qui n’a pas sa place dans nos universités.

Les coûts de la mise au jour du plagiat ne sont pas qu’économiques. S’attaquer de front à ce problème et cesser de l’ignorer aura aussi pour effet d’augmenter le nombre de cas rapportés, ce qui est potentiellement destructeur pour la réputation d’une université. Toutefois, puisque nous connaissons maintenant de plus en plus la réelle ampleur de ce problème, il nous apparaît malhonnête de se garder la tête dans le sable et de croire que le nombre de cas réel est marginal.

Nous croyons que le statu quo est intenable et qu’il faut s’attaquer au problème de façon sérieuse. Chères universités : un peu de courage !

9 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 12 avril 2018 05 h 16

    Monsieur Marissal qui ment, des étudiants qui trichent....

    ...une commission Charbonneau qui nous a coûté plus de 40M$ avec quoi comme résultats ?, et dire que nous sommes humains évolués... Hi ! Hi ! et oui, j'en ris un tantinet gêné et beaucoup jaune.
    Merci aux auteurs de cette lettre ouverte de nous rappeler certains aspects dégoûtants de la bêtise humaine. Plagier, c'est tricher. Tricher, c'est mentir. Mentir, c'est faire outrageuse injure à la vérité. Il y a dans le mensonge une certaine lâcheté, un manque éloquent de courage. Les prisons et pénitenciers en sont de « belles » références. Mentir, c'est aussi trahir. Trahir « l'autre » et se trahir à soi-même. Il existe certainement des mirroirs qui tremblent à l'idée de voir le visage d'un éventuel menteur/plagieur, pilleur de la vérité.
    Reconnaissons que la conscience peut, pour certaines gens, avoir des propriétés dites d'élasticité.
    Du courage s'il vous plait, plagieurs, faites donc face à la vérité, votre vérité !
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Marc Davignon - Abonné 12 avril 2018 09 h 34

    Plagieur, tricheur .... fausse vérité, sophisme

    S’il n'y avait que cela, il y a l'autre type de triche, celle des travaux faits par d'autres, des examens faits par d'autres (ça, il faut avoir un certain culot!). Une tare? Seulement pour les universités?

    Pour «le monde du travail», pour la société c'est un véritable danger!

    Quel type de «travailleurs» cela produit-il? L'individu qui «triche» pour obtenir une note a-t-il bien compris la matière étudiée? Une forte probabilité que non!

    Ceci expliquerait-il certaines choses?

  • Louise Melançon - Abonnée 12 avril 2018 10 h 10

    Plus grave qu'une faute morale????

    je ne suis pas sûre d,avoir compris le point de vue des auteurs.... l'injustice, c' est une faute morale, il me semble?.... comme la tricherie... L'enjeu serait plutôt de briser les fondements de l'université....??? J,aurais besoin qu'on m'explique davantage...

  • Pierre Bourgeois - Inscrit 12 avril 2018 10 h 35

    Et les professeurs ?

    Encore une fois, on pointe les jeunes, les étudiants, mais il me semble que ce problème de fond concerne largement toute la communauté universitaire. Combien de professeurs récupèrent, sans gène, les résultats de recherche de leurs propres étudiants, particulièrement aux cycles supérieurs ? Les chiffres pourraient en surprendre plus d'un ! Ou encore, lorsqu'ils montent leurs cours, ils dispensent une matière tirée de nombreux ouvrages sans même, encore une fois, les citer convenablement. Certaines universités ont récemment mis en place des contrôles un peu plus sévères sur cette question des droits d'auteurs, et tant mieux.
    La course aux bonnes notes, la course aux fonds au détriment du développement et de la diffusion des connaissances !

    • Pierre Robineault - Abonné 12 avril 2018 11 h 56

      Vous avez tout à fait raison!

  • Pierre Robineault - Abonné 12 avril 2018 11 h 55

    Espoir

    En aparté, j'espère que les dirigeants chinois vous auront lu.
    Un véritable fléau que celui que vous dénoncez et qui non seulement existe depuis très longtemps, mais s'amplifie de plus en plus. J'ai quitté mon poste de professeur plus tôt que prévu en grand partie pour cette raison ... il y a vingt ans, c'est tout dire.