Desjardins: un blanc, un vide!

Les jours de «L'abeille stylisée dans l'alvéole» sont comptés: le logo sera graduellement remplacé en 2018.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les jours de «L'abeille stylisée dans l'alvéole» sont comptés: le logo sera graduellement remplacé en 2018.

Faut-il en rire ou en pleurer ? L’ironie de la situation nous fait tristement palabrer malgré nous !

À l’image des abeilles qui disparaissent de nos prés, de nos villes et de nos villages, Desjardins a décidé de faire disparaître son abeille stylisée de son alvéole symbolique et commémorative. Il n’y reste qu’un blanc, un vide ! Exactement ce que nous constatons de nos propres yeux partout au Québec : la disparition des Caisses populaires Desjardins !

N’est-ce pas représentatif de la pensée qui habite les dirigeants du 40e étage du Complexe Desjardins à Montréal ? Depuis Claude Béland, la suppression de 850 petites Caisses populaires établies dans les villes et villages du Québec a été le mot d’ordre. Le processus est quasi achevé à ce jour ; encore quelques mois, et les blancs, les vides, s’étendront dans toute la province. Une catastrophe signée Claude Béland et ses successeurs.

Évidemment, l’abeille et son alvéole symbolisaient à merveille depuis les années 1960 ce caractère coopératif de l’entreprise : chacune des abeilles, membres de leur ruche, travaillait fort et fièrement à la réussite et à la réalisation collective ; l’indépendance financière de chacune était le but et la coopération en était l’essence.

Rentabilité à tous crins


Image: Desjardins Le nouveau logo de Desjardins

Mais depuis Claude Béland et sa nouvelle constitution votée par quelques délégués le 4 décembre 1999, Desjardins n’est plus, ni dans les faits ni dans sa façon de gérer ce qu’on appelle maintenant les « succursales », ni dans son « spirit », n’est plus, dis-je, une coopérative ; l’esprit et les valeurs de la coopération n’animent plus du tout les dirigeants. Seules la rentabilité à tous crins et l’exploitation des « clients » animent la clique vaticane de Lévis-Montréal. Et les dirigeants bien endoctrinés au Nouveau Testament de Claude Béland poursuivent cette mission évangélique de la destruction de l’autonomie dérangeante de chacune des caisses autrefois populaires. On ne parle même plus des « sociétaires » chez Desjardins, un mot aussi disparu du langage des employés. C’est quoi ça, un « sociétaire » ? Et pourquoi une abeille dans un hexagone ?

Tout se décide ailleurs ; et cet ailleurs est souvent aux États-Unis et en Europe, où les agences de notation savent dicter les règles.

L’exploitation de notre crédulité sur la foi que Desjardins serait encore une coopérative devrait bientôt mourir ; Desjardins est à l’agonie depuis 30 ans et les abeilles ne savent même plus qu’il y avait des ruches autrefois là où maintenant il n’y a plus qu’un grand vide, qu’un grand blanc !

Il y en a qui disent : « J’aime Hydro » ; moi, je dis : « J’aime Desjardins ! » Faut-il en rire ou en pleurer ? Moi, j’en pleure, car la disparition de l’abeille, c’est rien de moins que la disparition des personnes, des membres, des sociétaires : un blanc, un vide.

« Ce mouvement n’en est plus un », disait Claude Béland il y a quelques mois. « Mea culpa », aurait-il dû ajouter ! Desjardins n’est dirigé ni par nous ni par celles et ceux que nous rémunérons grassement. La haute direction vient de nous en faire une démonstration à la fois très éloquente et élémentaire : au nom du numérique, on fait disparaître l’abeille, symbole des membres qui étaient jadis la cause et la raison du mouvement coopératif fondé par Dorimène et Alphonse Desjardins le 6 décembre 1900.


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28 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 mars 2018 00 h 37

    envier les riches, quelle calamité de petites gens

    A force d'envier les banques, maintenant les caisses en ont tout les travers ,et direqu'il fut un temps ou c'était les petites gens qui en faisai tle succes , les gens y investissaient leur petite monnaie, a partir des l'écoles secondaires, voila la realité des pauvres celui d'envier les riches , quelle calamité des petites gens

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 mars 2018 10 h 21

      La Caisse Populaire Desjardins a oublié sa mission originale telle que conçue par son fondateur, Alphonse Desjardins, soit de venir à la rescousse des plus démunis de la société québécoise. Les dirigeants de la Caisse ont transformé la mission de coopération de la Caisse pour la rendre encore plus commerciale et plus prédatrice que les autres banques, où le rendement maximal est plus important que le dépannage des membres. Quelle honte!

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 29 mars 2018 11 h 58

      Je vous invite à visiter la caisse d'économie solidaire Desjardins avant de conclure que ce mouvement coopératif a perdu son âme. Allez sur sa page web au http://www.caissesolidaire.coop/ vous constaterez qu'y résonnent encore les paroles de Dorimène et d'Alphonse Desjardins...Qui plus est, participez à l'assemblée générale annuelle de votre caisse qui aura lieu sous peu, fort probablement au cours du mois d'avril. Informez vous sur ce quelle devient et influencez-en le parcours, car vous en êtes membre. En comparaison dans la succursale d'une banque, ce sera peine perdue. Car ce ne sont que les actionnaires, le plus souvent réunis à l'étranger, qui décident ce qui est bon pour leurs clients.

    • Patrick Boulanger - Abonné 29 mars 2018 20 h 23

      À l'instar de M. Cotnoir, je vous invite à vous impliquer au sein de votre coopérative - si vous en êtes membre - pour l'influencer à votre façon. Je suis porté à croire que les coopératrives sont souvent à l'image des coopérateurs qui s'impliquent!

  • Raynald Blais - Abonné 29 mars 2018 06 h 41

    Capitalisme Coopératif ou Coopératisme Capitaliste

    « L’exploitation de notre crédulité sur la foi que
    Desjardins serait encore une COOPÉRATIVE
    devrait bientôt mourir. » (François Champoux)

    Le plus difficile pour les gens empreints de la philosophie de l'Idéalisme est de fixer la limite entre ce qui est et ce qui n'est plus, car cette philosophie dépassée ne peut admettre que deux états puissent exister concurremment, à différents degrés. Ils doivent donc fixer une limite théorique, mûrement réfléchie, au-delà de laquelle l'essence de l'objet étudiée se transmutera de l'un en l'autre.

    Bien que cette philosophie soit dépassée pour mal refléter la réalité beaucoup plus complexe que d'être un mouvement coopératif ou de ne plus l'être, ses adeptes ont encore une grande influence dans les débats publics car ils simplifient ces débats.

    Cette simplification de la réalité dévie toute discussion sur le caractère transitoire du coopératisme en régime capitaliste vers celle de savoir si le mouvement Desjardins a franchi ou non la limite théorique séparant une coopérative d'une entreprise privée.

    • Pierre Raymond - Abonné 29 mars 2018 13 h 59

      Ce qui caractérise ENCORE les caisses Desjardins c'est d'être une coopérative, ce qui légalement parlant les met à l'abri d'être vendues comme Rona, Provigo, St-Hubert etc. mais pour ENCORE combien de temps ?

      Depuis plusieurs années, on dirait que quelqu'un quelque part prépare la transformation juridique des caisses Desjardins pour éventuellement les mettre '' sur le marché ''.

    • Raynald Blais - Abonné 30 mars 2018 07 h 51

      C’est dans un marché déficitaire ou devenu déficitaire que naissent les coopératives pour disparaître ensuite ou se transformer en propriété privée selon l’évolution de la rentabilité de ce marché.
      Si le capital du Mouvement Desjardins a pu soutenir à une certaine époque la consommation de nombreuses familles de travailleurs, d’artisans et de professionnels, il cherche, aujourd’hui, à se mettre davantage à la disposition de propriétaires de capitaux avides comme lui d’en accumuler davantage.
      Peut-être que le Mouvement Desjardins a encore l’étiquette d’un mouvement coopératif ...mais il se comporte comme une entreprise privée. Il ne peut toujours pas être légalement vendu à des intérêts privés, mais il a délaissé les intérêts de ses membres pour adopter les lois économiques du capitalisme.
      Le Mouvement Desjardins est un exemple d’une forme de socialisme d’État où une classe profite des propriétés communautaires et sociales d’un peuple pour ses propres intérêts. Et pour maintenir cette emprise patiemment acquise aux dépens des sociétaires, elle consent à payer un salaire aux dirigeants du Mouvement Desjardins comparable à celui payé aux dirigeants des grandes banques privées.

  • Daniel Cyr - Abonné 29 mars 2018 07 h 31

    J'aimais Desjardins

    Très bonnes observations, je suis aussi d'avis que le changement de logo, très discutable d'ailleurs, je suis moi-même concepteur graphiste, annonce rien de bon. J'aimais Desjardins et tout le mouvement coopératif, mais ce qui m'amenait à cette préférence s'amenuise de plus en plus, triste!

  • Caroline Mo - Inscrite 29 mars 2018 08 h 00

    Perdre son âme

    Le logo ressemble à un zéro stylisé...

  • Marguerite Paradis - Abonnée 29 mars 2018 08 h 32

    SÉRIEUSEMENT...

    ... peut-on « aimer une institution financière » ;)

    • Hélène Paulette - Abonnée 29 mars 2018 11 h 45

      C'est justement ce que n'était pas Desjardins...

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 mars 2018 21 h 01

      @ Mme Paulette

      Mme Paulette, Desjardins est une coopérative financière.