Changement de garde nécessaire au Bloc québécois

La crise au Bloc québécois n’a strictement rien à voir avec la personnalité de sa chef, Martine Ouellet, mais bien avec des élus qui ne sont plus en phase avec le parti pour lequel ils se sont présentés, croit l'auteur. 
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La crise au Bloc québécois n’a strictement rien à voir avec la personnalité de sa chef, Martine Ouellet, mais bien avec des élus qui ne sont plus en phase avec le parti pour lequel ils se sont présentés, croit l'auteur. 

Depuis quelques années, il semble que le Bloc québécois se cherche et hésite entre deux avenues. Bien malin est celui qui sait de quoi demain sera constitué, surtout en politique, mais nous avons déjà vu des partis politiques plus stables que le Bloc. En fait, faut-il le rappeler, la vague orange fut le tournant dans l’histoire récente de ce parti. Le choc fut brutal et ce n’est que maintenant, avec la démission du caucus de 7 députés sur 10, que l’on peut prendre la pleine mesure des événements : le Bloc tourne définitivement la page sur son passé. L’agonie aura duré sept ans et l’ère Duceppe est terminée.

Avant ce moment décisif et depuis sa naissance, la défense des intérêts du Québec était le cheval de bataille du Bloc. Ce ne fut jamais un secret pour personne qu’il était inutile de chercher à améliorer ce que l’on souhaite défaire, mais on y alla quand même. C’est cet abus de logique qui causa la vague orange. Le temps des prières était terminé, c’était le moment de l’action, se sont dit les électeurs québécois en votant pour le NPD. Noble illusion en vérité ! Mais toujours est-il que cette vague, cet inévitable point de rupture, causa un certain désenchantement au sein des troupes bloquistes. En clair, les plus timorés sont rentrés chez eux et ceux qui voulaient l’indépendance ont continué à travailler. Parce qu’il en est ainsi pour toutes les causes et tous les mouvements : quand les temps sont durs, il n’y a que les plus déterminés qui persistent et qui continuent.

Dynamique ordinaire

C’est cette dynamique ordinaire qui a amené Mario Beaulieu à la tête du Bloc en 2014. Et on connaît la suite, son leadership fut immédiatement contesté par le camp Duceppe, alors toujours présent au Bloc. Celui-ci arriva alors en grand sauveur pour régler un problème que ses partisans avaient contribué à créer en minant la crédibilité du chef démocratiquement élu. Puis les eaux ont coulé, les vents ont soufflé et de nouveaux membres au Bloc ont continué à prendre le relais de ceux qui partaient, mais l’ère Duceppe n’était pas encore terminée. En mars 2017, Martine Ouellet était élue chef et par acclamation, parce qu’il n’y avait personne d’assez fort pour aller l’affronter. Et en ce lundi 26 février 2018, lors de leurs démissions, un des sept mutins, Luc Thériault, nous apprenait bien candidement qu’à peine 72 heures après l’élection de Ouellet, ces mêmes élus étaient déjà ligués contre elle. La promotion de l’indépendance allait être remplacée par des coups de couteau dans le dos pour garder le contrôle sur le parti. À deux reprises, les membres ont choisi un chef clairement indépendantiste, on l’oublie parfois. Et il y a Duceppe, qui n’était jamais bien loin. Ce n’est pas sans raison qu’il avait appuyé Coderre lors des dernières municipales. C’était pour rester dans l’actualité, pour être vu dans le camp des vainqueurs.

Tout ça n’a strictement rien à voir avec la personnalité, bonne ou mauvaise, de Martine Ouellet, mais bien avec des élus qui ne sont plus en phase avec le parti pour lequel ils se sont présentés. Les membres ont choisi la promotion de l’indépendance, les démissionnaires ont choisi un retour à la formule convenue et éculée de la défense des intérêts du Québec. Tout le monde aime la tarte au sucre, d’ailleurs. Et c’est bien un point central des analyses que l’on peut lire à gauche et à droite qui attribue le déclin du Bloc à sa prise de contrôle par les indépendantistes alors que, dans les faits, c’est la faillite de la stratégie de la défense continuelle des intérêts du Québec qui causa la montée du NPD. À force de revendiquer sans arrêt et surtout sans menacer, on finit par trahir sa position de faiblesse. Et rien à voir, toujours, avec tous les superlatifs que l’on peut lire ces jours-ci à propos de Martine Ouellet, qui est probablement aussi égocentrique que la moyenne des chefs de partis politiques.

Les souverainistes ont rarement été aussi divisés. Sans doute faut-il remonter jusqu’à la démission de Parizeau en 1984 suite au « beau risque » de Lévesque pour trouver quelque chose d’un tant soit peu comparable, au regard de l’unité du mouvement. Mais ce à quoi nous assistons présentement n’est pas une crise et encore moins une implosion, c’est un changement de garde sain et nécessaire à ce parti s’il veut continuer à être pertinent.

39 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 7 mars 2018 06 h 34

    Entièrement d'accord avec l'analyse Marc-Antoine Daneau

    Je suis entièrement d'accord avec cette analyse de Marc-Antoine Daneau. Une analyse fort pertinente que tous les journalistes et commentateurs des grands médias semblent avoir ignorée.

    D'ailleurs, est-il possible de considérer qu'une tentative de putsch politique et une campagne de salissage dans les médias soit un procédé démocratique acceptable? Poser la question, c'est non seulement y répondre, mais décrit quelles valeurs habitent le camps de la vielle garde du Bloc et de quelles méthodes de gros bras le camps Duceppe est capable.

    Et réflexion faite, je crois aussi que le camp Ouellet est en train de procéder à une purge afin de mettre à la porte toute cette vielle garde empoussiérée qui refuse de se battre pour l'indépendance et sont "parkés-là" pour encaisser une paye facile le cul bien assis dans leur fauteuil de députés.es. Ce que nombre de personnes reproche d'alleurs aux bloquistes depuis des années.

    Dans un tel contexte le maintien du vote de confiance en 2019 s'explique très bien, afin que Martine Ouellet puisse se donner le temps de constituer une nouvelle cohorte de candidats.tes véritablement indépendantistes pour les prochaines élections fédérales et changer en profondeur la vocation d'un parti qui semble en avoir bien besoin, dans un contexte où le PQ a choisi lui-même è choisi de déserter une fois de plus la question nationale pour la troquer des votes.

    Au fond, on assiste peut-être à une prise de contrôle du parti par le bloc indépendantiste du Bloc québécois, afin de chasser une vielle garde bien ancrée dans le ronron quotidien de la politique canadienne.

    Vu comme ça, il s'agirait donc d'une bataille aussi légitime que nécessaire, même si elle n'est pas toujours facile regarder.

    Mais qui serait assez bête pour ouvrir son jeu stratégique, quand il s'agit d'une d'une lutte pour un changement aussi important et un repositionnement majeur du Bloc québécois ?

    Christian Montmarquette

    • Claude Gélinas - Abonné 7 mars 2018 11 h 06

      Je souscris à l'opinion de Christian Montmarquette tout en dénonçant l'attitude cavalière de Gilles Duceppe qui non satisfait de profiter de sa généreuse pension fédérale méritée souhaite rester dans l'actualité, demeurer en réseve de la République et garder la main mise sur le BQ. Comme si seul, comme un gérant d'estrade, il pouvait détenir la vérité !

      Et si la nouvelle garde souhaitait changer de recette considérant le manque de résultat probant des années Duceppe. Se pourrait-il que par sa déclaration précipitée et inappropriée Gille Duceppe devienne le fossoyeur du BQ ? Après lui le déluge !

      Se pourrait-il également que Gilles Duceppe soit déconnecté de la réalité comme il l'a été en soutenant aveuglément la réélection de Denis Coderre ? Un grand visionnaire !

      Une chose est évidente certains peuvent reprocher à Martine Ouellet son caractère abrasif mais personne ne peut mettre en doute son manque de passion ni sa détermination pour la cause de l'indépendance.

      Et cette passion pour l'indépendance on ne la retrouve plus chez Gilles Duceppe trop content de maintenir son titre de grand parlementaire canadien et qui par sa prestation aux Communes a fait la démonstration que le Fédéral pouvait très bien fonctionner sans le Québec et que la présence forte de bloquistes à Ottawa permettait subrepticement de les rapprcher du syndrome de Stocklom (sic).

      Si bien qu'avec les années Duceppe le ROC considère désormais que le statu quo constitue le scénario idéal et qu'ils n'ont plus rien à craindre surtout en constatant que les souverainistes savent très bien se déchirer entre-eux.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 mars 2018 11 h 44

      À Claude Gélinas,

      Très heureux de nous voir d'accord sur ce sujet Monsieur Gélinas, nous qui le sommes si peu souvent du côté du Parti québécois.

      Je souscris donc aussi à votre analyse de la situation, d'autant plus que le camps Duceppe est mal placé pour reprocher une rigidité de fonctionnement à Mme Ouellet, puisque Duceppe lui-même est réputé pour avoir mener le Bloc d'une main de fer durant tellement d'années.

      Au plaisir d'un autre accord Monsieur Gélinas.

      Sincèrement,

      Christian Montmarquette

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 mars 2018 07 h 24

    Et voilà....

    Enfin quelqu'un qui donne l'heure juste...Présentement, de la part des sept démissionnaires, on assiste à une répétion du beau risque à la "René Lévesque"...Rien de plus!
    Au moment même où paraissait cet article-opinion de Marc-Antoine Daneau, plus loin dans le journal, je commentais, plus brièvement, un article de Buzetti où, je disais à peu près les mêmes choses.
    Faut croire que le "problème" est très apparent...

  • Jean Jacques Roy - Abonné 7 mars 2018 07 h 27

    Enfin un article qui situe les enjeux.

    Bien mâlin celui ou celle qui saurait prédire si le courant indépendantiste du Bloc arrivera ou non à neutraliser la vieille garde Duceppe! Cependant, si les anciens et actuels parlementaires continuent le salissage au point de neutraliser ou liquider les indépendantistes de leur parti... qu’auront-ils réglé?

  • Jean Lapointe - Abonné 7 mars 2018 07 h 51

    Il faut travailler ensemble et non pas séparément

    «Mais ce à quoi nous assistons présentement n’est pas une crise et encore moins une implosion, c’est un changement de garde sain et nécessaire à ce parti s’il veut continuer à être pertinent.» (Marc-Antoine Daneau)

    Il faut se rappeler il me semble que le Bloc n'est pas indispensable. C'est un plus que certains souverainistes se donnent dans l'espoir de faire avancer la cause de la souveraineté.

    Dans l'état actuel des choses il m'apparaît important que le Bloc et le Parti québécois coordonnent leurs actions.

    Et c'est la raison pour laquelle j'aimerais que le Bloc se consacre à faire connaître aux Québécois et aux Canadiens les raisons pour lesquelles,d'après eux, l'indépendance du Québec est indispensable pour que les intérêts du Québec soient véritablement défendus. Il s'agit d'expliquer aussi pourquoi ce serait aussi mieux pour le Canada que le Québec soit indépendant.

    Il faut préparer le terrain dans l'espoir que le Partti québécois soit rérélu en 2022.

    Pour cela il faudrait trouver une façon de travailler ensemble et non pas séparément. C'est sûrement possible.

  • Pierre Lalongé - Abonné 7 mars 2018 08 h 26

    Il est venu le temps de la clarté!

    Je suis membre du Bloc depuis 25 ans, j'ai voté pour Mario Beaulieu à la chefferie et j'ai appuyé la venue de Martine Ouelett car Mario et Martine avaient un discours qui me rejoignait en tant qu'indépendantiste au moment ou l'idée d'un pays méritait que l'on soit clairs sur la façon de la défendre.

    Si nous ne sommes plus capables de parler franchement de l'indépendance, les partis indépendantistes ne sont plus requis sur la place publique.