Les infirmières doivent se faire entendre

Tel qu’il est pensé et orchestré, le système de santé public et sa culture imposée de la performance à tout prix rendent les professionnels de la santé malades à leur tour, croient les auteurs. 
Photo: iStock Tel qu’il est pensé et orchestré, le système de santé public et sa culture imposée de la performance à tout prix rendent les professionnels de la santé malades à leur tour, croient les auteurs. 

Récemment, la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec a proposé deux solutions pour résoudre les problèmes quant aux conditions d’exercice professionnel dans le réseau de la santé. Bien qu’il s’agisse d’un pas en avant, en tant qu’infirmières, nous aimerions proposer des solutions qui vont au-delà de la prochaine période électorale. L’augmentation des effectifs est importante, mais, selon nous, ne devrait pas être centrale dans le contexte de crise actuelle.

Tel qu’il est pensé et orchestré, le système de santé public et sa culture imposée de la performance à tout prix rendent les professionnels de la santé malades à leur tour. La performance lors des élections est bien différente de la performance qui respecte la dignité des patients en allouant des ressources nécessaires pour répondre à leurs besoins. Nous avons été formées pour cette raison, seulement. À cet effet, la solution des ratios patients-infirmières est fondamentale. Là où cette solution a été implantée, on a vu des diminutions de plus de 30 % des congés de maladie.

Il faut que les infirmières continuent à se faire entendre. La réelle solution, pour le moment, c’est que notre société démocratique entende et voie les implications de ces conditions d’exercices sur les travailleuses de la santé. L’omertà qui règne normalement en santé vient d’éclater en morceaux, et ce, malgré les menaces constantes de sanctions. La loi 10 a bousculé les structures formelles qui auparavant permettaient au moins un semblant d’écoute pour les infirmières aux conseils d’administration. Le Commissaire à la santé et au bien-être a été aboli. La vérificatrice générale n’évalue pas la réforme du ministre. Les sanctions pour refus des heures supplémentaires obligatoires continuent de fuser partout. […] Une petite parenthèse ici : a-t-on jamais vu une sanction aussi absurde et nuisible que de suspendre une infirmière pour refus d’heures supplémentaires obligatoires ? Dans bien des cas, cette mesure ne fait qu’en créer plus. On est donc prêts à exacerber les problèmes existants seulement pour discipliner une professionnelle de santé ?

Lacunes évidentes du système

Si nous prétendons vivre dans une société où la liberté d’expression et la santé appartiennent à chacun d’entre nous, les travailleuses du réseau de la santé et les gestionnaires devraient être libres de dépeindre publiquement les lacunes évidentes de ce système, et ce, sans aucune crainte. Est-ce trop demander que de vouloir une société où la défense des intérêts des patients à travers les professions prévaudra sur la défense des intérêts politiques et institutionnels ?

Avant de pouvoir trouver des solutions, il est essentiel de pouvoir nommer les problèmes. Le ministre a reconnu de peine et de misère l’existence d’un problème. Il prétend que l’ajout de postes à temps plein est la solution magique. En s’entêtant à ne proposer qu’une seule piste de solution à court terme, le ministre ne fait que prouver que soit il manque de volonté, soit il n’est pas en mesure de comprendre la complexité de la situation actuelle.

En ce sens, avec tous les problèmes que nous rapportent les infirmières aux quatre coins du Québec, il serait peut-être temps de commencer à réfléchir à une commission d’enquête sur l’état des soins au Québec. Le problème est clairement vaste et complexe. C’est une proposition qui promettrait d’écouter les infirmières, sans être menaçante, et qui, finalement, mettrait à profit les compétences des infirmières dans l’évaluation du système de santé. Une commission contribuerait à renverser la vapeur sur la censure et l’omertà, et nous permettrait, à plus long terme et de façon non partisane, d’envisager des solutions systémiques qui incluent les acteurs du terrain. Ainsi, les travailleurs et les professionnelles de la santé, de même que les patients seraient réellement entendus.

Les réseaux sociaux ne sont pas suffisants pour recueillir toute cette information qui manque cruellement à notre système de santé. Il faut s’assurer que cette parole infirmière qui émerge pour la première fois soit étudiée et conservée au lieu de se perdre dans le cyberespace après la prochaine élection.

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