Nous avons besoin de toi pour faire l’indépendance

Jean-Martin Aussant a compris que la plus efficace façon de reporter le projet de pays aux calendes grecques, c’est de le mettre au premier plan de l’élection du 1er octobre, estime l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean-Martin Aussant a compris que la plus efficace façon de reporter le projet de pays aux calendes grecques, c’est de le mettre au premier plan de l’élection du 1er octobre, estime l'auteur.

Lettre en réponse au texte d’Audrey Perreault, « Lettre à Jean-Martin Aussant », publié le 28 février.

Chère Audrey, j’ai lu dans Le Devoir ta lettre à Jean-Martin Aussant. Je t’avoue d’entrée de jeu que tes deux derniers paragraphes m’ont enflammé et, aussi, bouleversé.

Je reconnais fort bien dans toute ta missive la même authentique soif de Politique — note le P majuscule — qui anime une grande partie de la population, en particulier les jeunes. Et malheureusement, ces jeunes, pour un grand nombre, jugent la Politique impossible, engloutie qu’elle est, croient-ils, sous le torrent de la politique partisane, de la politicaillerie, pourrie par les appétits de ces politiciens, « tous pareils », comme tu dis.

Audrey, j’ai commencé à militer en politique en 2007. J’avais déjà plus de 60 ans. Je me suis impliqué très activement. J’avais un idéal — je l’ai encore tout autant —, de l’énergie et du temps, vu que j’avais vendu ma (notre) compagnie trois ans plus tôt. Alors, j’ai foncé pour mes idées. J’ai rencontré personnellement beaucoup de politiciens, surtout du PQ, mais de tous les partis. Et tu sais quoi ? Les politiciens ne sont pas « tous pareils », surtout pas au sens méprisant où tant de gens le disent.

J’ai découvert, dans ce monde politique, une majorité de personnes motivées au premier chef par l’amour du Québec, par le désir de contribuer au mieux-être de la société. Pas une totalité, une majorité. Car, oui, il existe des politiciens égocentriques, assoiffés de pouvoir, incultes, malhonnêtes, sans jugement, etc. Mais je puis t’assurer que c’est la minorité. La majorité, ce sont des gens de qualité avec lesquels il fait bon travailler.

Mais alors, pourquoi une si grande partie de la population, toi compris, ne voit-elle que « la langue de bois, l’incohérence, le mépris pour l’intelligence des gens » ? Pourquoi tant de gens ne voient-ils que « ces politiciens qui disent une chose, puis une autre » ? Qui « se contredisent » ? Qui « mentent » ? « Qui ne tiennent pas leurs promesses » ?

Médias et politiciens

Je puis te certifier, chère Audrey, que ce n’est pas parce qu’ils sont tels. Alors, pourquoi ? Les causes sont multiples et tu comprendras que ce n’est pas le moment de toutes les citer. Mais il est certain qu’une des principales causes, c’est la relation pernicieuse qui prévaut entre les médias et les politiciens. Le public est avide de sensations, les médias ont besoin de sensationnel pour survivre, les politiciens ont besoin de temps d’antenne pour se faire connaître, pour se faire élire — noble objectif si on veut servir la société. Alors, la majorité des politiciens, même guidés par les intérêts de la société, s’expriment la plupart du temps en termes électoralistes, poussés par leur parti, par la nécessité perçue et par une grande partie de l’électorat, justement.

Alors toi, Audrey, tu te trompes quand tu crois que le Parti québécois « va dans le sens contraire de ce que [Jean-Martin] a toujours défendu ».

Oui, je suis d’accord avec toi que le PQ a, durant un temps, remis la question de l’indépendance à plus tard. C’était là une décision démocratique, tout simplement. Quand, en 1995, la population du Québec a voté non, le PQ devait respecter cette volonté pendant quelques années, non ?

Pauline, maintenant. Oui, il faut admettre que Pauline a préféré mettre la pédale douce sur l’indépendance. Mais elle pensait sincèrement réussir de cette façon à obtenir un gouvernement majoritaire et, à partir de là, faire l’indépendance. Elle a échoué. Chose du passé.

Mais le PQ, lui, est toujours fermement indépendantiste. Lisée aussi. Jean-Martin tout autant que quand tu l’aimais.

Audrey, il faut que tu comprennes qu’il y a ceux qui désirent le pays de toute leur tête, de tout leur coeur, de tout leur militantisme, et ceux qui doivent, en plus de ça, concevoir la stratégie et agir pour réussir.

Jean-François Lisée et Jean-Martin Aussant sont de la seconde catégorie. Et eux, comme bien d’autres, ont compris que la plus efficace façon de reporter le projet de pays aux calendes grecques, c’est de le mettre au premier plan de l’élection du 1er octobre.

Ils savent que, pour le réussir d’ici cinq ou six ans, il faut accomplir deux missions durant un premier mandat de gouvernement.

Première mission, revenant au gouvernement (pas à l’IRAI) : préparer le projet. Si tu voyais la liste de tâches à accomplir, tu verrais leur complexité. C’est Jean-Martin Aussant qui en sera chargé. Seconde mission, revenant au Parti : réhabiliter la notion d’indépendance auprès d’une partie de la population québécoise qui confond mondialisation avec disparition de l’identité nationale et assimile souveraineté avec combat d’une autre époque. Ça non plus, ce n’est pas gagné, et tu conviendras que, pour gagner un référendum, c’est essentiel.

Audrey, on a besoin de toi pour réussir ça, surtout la seconde mission. Viens nous rejoindre au Parti québécois. Ça te tente ?

Tiens, écrire cette lettre m’a calmé… Merci Audrey.

14 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 2 mars 2018 02 h 38

    Tout est là! Magnifique!

    M. Germain, vous avez le talent de parler tendrement et de faire comprendre aux âmes perdues que rien n'est foutu! Qu'elles sont victimes d'idées reçues!

    Votre lettre cherche à reconstruire, en quelques instants, ce que des bruits médiatiques, savamment orchestrés d'en-haut, ont démoli dans les jeunes consciences depuis longtemps. Le défi est grand! Vous le surmontrez auprès d'Audrey, tant le ton est touchant, les arguments puissants !

  • Émilie Cloutier Demers - Abonnée 2 mars 2018 04 h 57

    ton paternaliste

    Bonjour,
    avec un ton aussi paternaliste, ça ne donne certainement pas le goût de militer à vos côtés.
    Émilie

    • Louise Melançon - Abonnée 2 mars 2018 10 h 33

      Ton paternaliste?... c'est triste que vous n'y voyiez pas le ton d'amitié de ce texte adressé aux jeunes!....

    • Marc Therrien - Abonné 2 mars 2018 21 h 18

      @Mme Melançon,

      Heureusement, que vous n'avez pas fait comme M.Germain avec Mme Perreault en disant: "Émilie, il faut que tu comprennes..."

      Mesdames Perreault et Cloutier Demers ont sûrement aussi des choses à vous expliquer que vous n'avez pas encore comprises.

      Marc Therrien

  • Raynald Rouette - Inscrit 2 mars 2018 07 h 36

    Tout le monde doit mettre de l’eau dans son vin


    Et mettre la main à la pâte...

    « Ça fait longtemps qu’on déconstruit la politique, on peut-tu construire maintenant »? Louis T. Dans un texte le concernant en fin de semaine dernière, Le Devoir.

    Pour rendre l’avenir plus joyeux et inspirant pour tout le monde...

  • Jean Lapointe - Abonné 2 mars 2018 08 h 13

    Je suis d'accord avec Louis Germain

    «Mais il est certain qu’une des principales causes, c’est la relation pernicieuse qui prévaut entre les médias et les politiciens» (Louis Germain)

    Je suis d'accord avec Louis Germain à ce propos. Je déplore le fait que les médias traitent la politique comme un match de hockey ou un combat de boxe. Ils le font principalement en termes de gagnants et de perdants en négligeant le contenu et ils entraînent la population avec eux.

    En plus, très souvent, ils se comportent comme s'ils étaient une autre opposition au parti au pouvoir alors qu' ils n'ont pas été élus eux. Ils se posent au-dessus de tout le monde et ils prétendent eux connaître la vérité contrairement aux élus et ils se permettent de les juger comme s'ils avaient autorité sur eux.

    A mon avis les journalistes devraient se remettre en question et pas seulement ici parce qu' il semble que ce soit pareil dans d'autres pays.

    Je doute fort qu'on accorde quelqu'importance à ce que je viens d'écrire mais je me suis quand même permis de le dire en me disant que j'ai peut-être un peu raison.

  • Josée Duplessis - Abonnée 2 mars 2018 08 h 44

    très belle lettre
    Oui Audrey nous avons besoin de toi