Lettre à Jean-Martin Aussant

Jean-Martin Aussant
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Jean-Martin Aussant

Avant 2012, je m’étais intéressée distraitement à quelques campagnes électorales, sans plus. Comme beaucoup de gens de mon âge, ce sont les mois de la grève étudiante qui sont venus tout changer. C’est pendant ces semaines ponctuées de manifestations et d’assemblées que je me suis promis qu’à l’élection qui approchait, je voterais pour la première fois pour un parti qui m’inspirerait vraiment. J’ai donc épluché tous les programmes et c’est à ce moment que j’ai découvert ce petit parti que tu avais fondé quelques mois auparavant. Je n’adhérais pas à toutes les propositions, mais on s’entendait sur l’essentiel et j’ai commencé à te suivre avec intérêt, n’hésitant pas à visionner tes vidéos plusieurs fois. J’y ai vu un politicien sincère qui souhaitait parler à l’intelligence des gens. Et au lendemain de l’élection de 2012, j’ai pris ma carte de membre d’Option nationale et j’ai écrit à l’exécutif de ma circonscription. Je ne voulais plus seulement voter, je voulais participer.

Tu as probablement entendu cette histoire de nombreuses fois, puisque c’est celle de milliers de jeunes que tu as amenés au militantisme et même, pour plusieurs, à l’indépendantisme. Pourtant, aujourd’hui, j’ai l’impression que tu ne mesures pas la valeur de ce que tu as fait.

À ceux qui disaient que ce n’était pas le bon moment, tu répondais que tous les pays du monde avaient les problèmes que l’on évoque généralement pour reporter l’indépendance (le système d’éducation, de santé, etc.), mais qu’au moins, si nous étions indépendants, nous pourrions décider par nous-mêmes des meilleures solutions à adopter. Tu militais pour un discours clair, convaincu et convaincant, avant, pendant et après les élections. Tu disais qu’Option nationale n’avait pas été créé contre un autre parti, mais bien pour reprendre le flambeau que l’on délaissait depuis trop longtemps par peur de perdre des votes. Même après avoir quitté Option nationale, tu as continué à rappeler l’importance de se présenter devant la population en défendant ses convictions, allant même jusqu’à critiquer l’actuelle stratégie du Parti québécois consistant à reporter sa raison d’être, son essence, à un hypothétique deuxième mandat. Aussi crédible que si le Parti vert promettait de ne pas protéger l’environnement, disais-tu.

J’y vais donc d’une simple question : pourquoi ?

En 2011, lorsque tu as quitté le Parti québécois, celui-ci était déjà le seul parti fondé dans l’objectif de réaliser l’indépendance. Pourtant, ses dirigeants remettaient sans cesse à plus tard toute démarche concrète en ce sens. C’est précisément cette situation que tu as dénoncée en démissionnant. Depuis, ce parti s’est engagé encore plus clairement dans la voie de la procrastination. La position de Jean-François Lisée à cet égard est d’ailleurs, pour le citer, un engagement en « fer forgé », « une porte fermée à double tour ». Le Parti québécois va plus que jamais dans le sens contraire de ce que tu as toujours défendu. Où est passé l’homme qui souhaitait parler à l’intelligence de la population ? Celui qui disait que le cynisme était largement dû à cette propension des politiciens à mouler leurs convictions sur les sondages ? Jean-François Lisée t’aurait convaincu de revenir au bercail sur la promesse d’octroyer des fonds pour actualiser des recherches sur la question nationale, mais, entre toi et moi, n’existe-t-il pas bon nombre d’organismes qui se consacrent déjà à faire des études sur cette question ? Quelle est la vocation de l’IRAI alors ?

J’en reviens donc à ma question initiale : pourquoi ? Pourquoi es-tu allé contribuer à donner l’impression que le Parti québécois est toujours un grand parti indépendantiste ? Pourquoi es-tu allé participer à cette mascarade ? Peut-être es-tu là, comme le soulignaient plusieurs analystes, parce qu’il sera plus simple de reprendre le parti de l’intérieur après une éventuelle défaite. Mais, franchement, à quel prix ?

Alors que Véronique Hivon évoquait ta capacité à renouveler la confiance en nos instances démocratiques, j’avais envie de lui rappeler, de te rappeler, que tu l’avais déjà fait dans le passé en inspirant de nombreux jeunes, de la plus belle manière qui soit. Malheureusement, ce que je voyais lors de cette conférence de presse ne m’inspirait que du cynisme. Tout y était : la langue de bois, l’incohérence, le mépris pour l’intelligence des gens et, plus particulièrement, des militants à qui on continue de faire croire que le train de l’indépendance est en marche.

Jean-Martin, aujourd’hui, j’ai envie de donner raison à ceux qui, cyniques, m’ont demandé ces dernières années pourquoi je m’impliquais en politique, pourquoi je voulais m’associer à ces politiciens qui sont « tous pareils ». À ces politiciens qui disent une chose, puis une autre. Qui se contredisent. Qui mentent. Qui ne tiennent pas leurs promesses. Chose certaine, si je décide de débattre à nouveau de cette question, ce ne sera plus en te citant en exemple.

À une prochaine fois, peut-être.

32 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 28 février 2018 04 h 12

    L'illusion.

    Bonjour Audrey. Vous avez l'idéal de la jenesse.C'est très rafraichissant. Je vous remercie pour votre beau texte.

    De la politique, il faut attendre peu.Les polititiens sont des rêveurs. Ils ont l'illusion du pouvoir et ils se croient importants à cause de cette illusion. Pourtant, ces braves gens doivent se soumettre à ceux qui dirigent les peuples:les financiers.

    Pensez aux agences de crédit. Pensez à la Russie qui a vu sa monnaie dévaluée de 50% en une nuit en1998.Pensez à l' Argentine,à l'Algérie et à tous ces pays qui, au fil du temps, se sont vus imposer des politiques d'austérité par le FMI.Pensez au gouvernement Couillard. Pensez à la Grèce.Pensez à Lucien Bouchard, à genoux à New-York pour éviter la décote du Québec.

    J'étais à Victoriaville lors des carrés rouges.Avec d'autres, j'ai fondé le MSA en 1967 et le PQ en 1968.Nos attentes doivent être modestes.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 1 mars 2018 15 h 14

      M. Aussant a sans doute réalisé qu'il s'était trompé en quiittant le Parti québecois. Il a fait des détours pour arriver à la conclusion que seul le PQ pouvait faire l'indépendance et il a voulu faire servir ses talents au service de l'indépendance. Il ne faut voir dans ce geste du mépris et perdre confiance à ce souverainiste. Une chose me déçoit, c'est le choix du comté qui va créer encore de la discorde alors qu'il prêche la bonne entente. Il est encore temps de modifier son choix pour un autre comté même s'il devait s'éloigner de Montréal. Ce geste serait généreux et apprécié de la population.

  • Gaston Bourdages - Abonné 28 février 2018 05 h 00

    J'espère, madame Audrey, que....

    ....monsieur Aussant vous donnera une suite. J'ai beaucoup aimé vous lire. Suis-je dans le champ à penser que vous vous êtes sentie trahie ? Un des pires sentiments à vivre, à expérimenter. Votre utilisation du mot « pourquoi » ( j'en ai dénombré 6 ) est fort pertinente. Puis-je vous suggérer de conserver vos convictions. ? Je crois comprendre qu'elles nourrissent tout de votre personne : coeur, esprit et âme. Alimentez-les. Merci pour ce vibrant témoignage de sincérité. Le coeur , le vôtre , y est perceptible.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 28 février 2018 05 h 06

    Un mur à traverser

    Bonjour à vous, Audrey Perreault.

    Comme je suis heureux de lire une personne bien plus jeune que moi, prête à militer pour l'indépendance du Québec. Je comprends bien votre agacement face à toutes ces stratégies politiques qui finissent par ressembler à de la procrastination. Il y a si longtemps que j'espère l'indépendance d'un pays que nous sommes pourtant fort capables de créer beau et très ouvert sur le monde, avec la bonne mesure de social-démocratie et tout ce qui a toujours fait l'objet de mes rêves les plus chers.

    Je voudrais tant que vous ne perdiez pas courage et que votre foi en nous-mêmes reste intacte, quelles que soient nos origines ethniques, nous qui, habitants de ce territoire, composons ce Québec qui veut vivre.

    Je crois cependant qu'il vaut mieux retarder de quelques tout petites années avant de faire un pas qui nous mènerait directement dans le mur et utiliser ces quelques si courtes années pour y faire une brèche qui nous permettra de le traverser une bonne fois pour toutes. Je m’interdis tout cynisme et j'ose croire que c'est le projet que nous pourrions mener à bien avec Lysée, Aussant et Hivon. Je crois ces personnes aussi sincères que ceux qui m'ont le plus inspirés, je parle bien sûr de René Lévesque et Jacques Parizeau, qui n'étaient pas sans défaut, mais qui se sont acharnés à poser les premières pierres de cet édifice qu'il nous reste à parachever.

    Merci de bien vouloir rester au nombre des militants pour notre indépendance et de mettre votre jeunesse et votre talent au service de cette cause liée à la survie de notre peuple.

    Recevez mes amitiés sincères.

  • Claude Bariteau - Abonné 28 février 2018 07 h 14

    Revoir la démarche s'impose.

    Mme Perreault, si je comprends votre enthousiasme pour l'indépendance c'est qu'il rejoint le mien.
    Me rejoint aussi votre remarque sur l'alignement en fer forgé du PQ sous M. Lisée.

    Or, le chef du PQ doit composer avec le fait que le PQ stagne autour de 20 % et tout laisse présager qu'il ne se retrouvera pas à la direction du Québec pour réaliser son plan en deux mandats.

    M. Lisée a compris qu'il lui fallait passer en mode réalisation.

    C'est ce que fit en 1994 Jacques Parizeau. Élu pour tenir un référendum sur l'indépendance, il dut aligner le référendum sur la « souveraineté partenariat », l'option de la Commission Bélanger-Campeau. La question posée en témoigne. Par contre, il a conservé une clé en main. Si les négociations acchopaient ou ne permettaient pas un transfert de 20 milliards au Québec, il revenait aux parlementaires de trancher en faveur de l'indépendance et tout était préparé en conséquence.

    La défaite amena M. Bouchard et M. Landry à la tête du PQ, deux souverainistes qui croyaient toujours à la « souveraienté-association ». Aussi ont-ils miné le champ labouré par M. Parizeau en tassant les indépendantistes.

    Pour M. Parizeau, utiliser l'État pour bien cerner la situation actuelle -en passant, ce n'est pas le mandat de l'IRAI- s'imposait pour remettre à jour l'alignement sur l'indépendance.

    Cet alignement implique, en plus de l'économie, de revoir le recours au référendum piégé par la loi de clarification en envisageant une élection plébiscitaire, la thèse de la convergence autour d'une nation pré-existante, une aberration en démocratie et le système politique en prônant une république avec un « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

    C'est sûrement ce qu'a bien décodé M. Aussant, peut-être aussi M. Péladeau, Mme Hivon et M. Lisée, car c'est aussi en l'absence de nouvelles analyses et d'une telle révision que les gens du Québec ne sont pas prêts comme vous l'êtes à trancher.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 février 2018 09 h 22

      J'en déduis que la position de Maxime Laporte est..."du pareil au même"... à celle de Bernard Landry ,
      ce dernier étant son "mentor" ... Je viens de comprendre beaucoup de choses en vous lisant M. Bariteau.
      Il est vrai que vous avez une écriture qui tient de la fierté et vient de la pratique d'une grammaire impeccable.
      C'est maintenant à Nous...les Indépendantistes de faire valoir, auprès de nos concitoyens, ce système politique
      prônant une république avec "un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple".
      J'espère qu'Audrey Perreault, auteure de cet article d'opinion, vous aura lu. Nous avons grand besoin de
      personnes convaincues et convaincantes.

  • Jacques Bérubé - Abonné 28 février 2018 07 h 43

    Repousser l'indépendance?

    De tous bords, tous côtés, on manœuvre pour reprocher à Jean-François Lisée de ne pas vouloir faire de référendum sur la souveraineté du Québec dans un premier mandat d’un gouvernement péquiste, s’il est élu en octobre 2018, ce qui, admettons-le est assez improbable. C’est vite oublier (ou vouloir cacher sous le tapis) que cette position est liée à l'engagement de tenir un référendum pendant un deuxième mandat, qui débuterait en 2022 et que, de fait, le travail de préparation se ferait entre 2018 et 2022. N’y a-t-il pas quelque chose à l’horizon?
    Il n’y a pas eu de référendum au Québec depuis 1995, donc pratiquement 23 ans. Posons la question : y a-t-il eu, au cours des 20 dernières années, un autre chef du PQ qui s’est engagé à tenir un référendum, dans un avenir quelque peu défini? Non. Jean-François Lisée le fait. Et c'est pourquoi Jean-Martin Aussant revient au PQ.

    • Pierre Michaud - Abonné 28 février 2018 10 h 04

      Repousser un referendum sans trop savoir si le PQ sera réélu est très repoussant même parmis les plus ardents independantistes. Aussant on voit deja son jeu quand le PQ se sera debarasser de Lisée, il sautera sur l’occasion de lui prendre son trone.

    • Maryse Lafleur - Abonnée 28 février 2018 12 h 01

      "Repousser un referendum sans trop savoir si le PQ sera réélu est très repoussant même parmis les plus ardents independantistes."
      Ce à quoi je répondrai: passer un referendum et le perdre parce qu'on n'a pas pris le temps, prag-ma-ti-que-ment, de faire comprendre aux citoyens quels sont les avantages de l'indépendance et aussi quels en seraient les coûts èa court et moyen termes, ce serait perdre ce referendum. Personnellement, perdre un referendum sur notre indépendance est la dernière chose que je veux.