Le Musée canadien de l’histoire se transforme en succursale d’Hollywood

Jusqu’à quel point le Musée canadien de l’histoire à Gatineau peut-il sacrifier son mandat pour attirer des visiteurs? s'interroge l'auteur. 
Photo: Sean Kilptarick La Presse canadienne Jusqu’à quel point le Musée canadien de l’histoire à Gatineau peut-il sacrifier son mandat pour attirer des visiteurs? s'interroge l'auteur. 

Le Musée canadien de l’histoire à Gatineau présente jusqu’au 6 avril 2018 une exposition sur DreamWorks Animation, studio d’animation hollywoodien à l’origine des films d’animation Shrek, Kung Fu Panda, Dragons ou Madasgascar.

Selon la directrice des expositions et du service aux visiteurs, Chantale Amyot, proposer une exposition de la sorte s’inscrit dans l’optique d’attirer une nouvelle clientèle. Or, le Musée canadien de l’histoire est déjà l’institution muséale la plus visitée au Canada, avec 1,7 million de visiteurs pour l’année 2016-2017.

La mesure de succès du Musée est visiblement l’achalandage : plus une exposition est visitée, plus elle est couronnée de succès. Augmenter le nombre de visiteurs devient alors une fin en soi. Mais à quel coût ?

D’une part, 1,3 million de dollars ont été déboursés par le Musée pour acquérir l’exposition, conçue par l’Australian Center for the Moving Image, un musée situé à Melbourne, en Australie. Aucune expertise canadienne, aucun savoir canadien n’a été utilisé pour réaliser l’exposition.

Pire, l’équipe responsable du commissariat au Musée n’a même pas pris la peine de souligner le travail de Dean DeBlois, un illustrateur originaire d’Aylmer, en Outaouais, qui a réalisé le film Dragons pour le studio DreamWorks Animation. Aucun effort n’a été fourni par le Musée pour régionaliser le contenu.

Comble d’ironie, cette exposition constitue une formidable largesse envers l’entreprise qui possède la marque de commerce exposée. Non content d’offrir une visibilité extraordinaire à la marque de commerce auprès de milliers de familles canadiennes, le Musée canadien de l’histoire paye pour offrir cette visibilité.

C’est le monde à l’envers : le Musée débourse des fonds pour se faire commanditer par une entreprise, dans ce cas-ci Comcast, conglomérat américain d’entreprises médiatiques et propriétaire du studio d’animation.

Auparavant, Hot Wheels

L’exposition est la seconde du genre proposée par le Musée. De septembre 2017 à janvier 2018, le Musée a présenté une exposition sur la marque de jouet Hot Wheels, propriété de l’entreprise américaine Mattel, second fabricant de jouets mondial. Acquise toute faite, l’exposition ne présentait aucun contenu canadien tout en offrant une visibilité considérable à une marque de commerce.

Au cours de l’exposition, familles et touristes en visite dans la région de la Capitale-Nationale pourront découvrir les étapes de la création des personnages, scénarios et univers des différents films d’animation du studio DreamWorks. Elle met en scène croquis, esquisses, objets et dessins en rapport avec les films d’animation du studio.

Selon la Loi sur le Musée canadien de l’histoire, le mandat de l’institution muséale fédérale est « d’accroître la connaissance, la compréhension et le degré d’appréciation des Canadiens à l’égard d’événements, d’expériences, de personnes et d’objets qui incarnent l’histoire et l’identité canadiennes, qu’ils ont façonnées, ainsi que de les sensibiliser à l’histoire du monde et aux autres cultures ».

L’exposition sur DreamWorks Animation n’incarne en rien l’histoire et l’identité canadiennes. Elle sensibilise certainement les visiteurs à l’industrie culturelle de notre voisin du sud. Shrek et Fiona, Alex le lion et Gloria l’hippopotame ou Po le panda incarnent-ils l’histoire et l’identité canadiennes ? Avec des expositions de la sorte, le musée dénature sa raison d’être : partager l’histoire et l’identité du Canada.

Alors que Patrimoine Canada vient de doter le gouvernement fédéral d’une politique culturelle à l’ensemble du pays, Canada créatif, il est navrant de voir que l’institution culturelle phare de l’histoire et de l’identité canadiennes paye pour mettre en avant DreamWorks Animation et Hot Wheels au détriment des créations culturelles du Canada.

L’histoire et l’identité canadiennes sont-elles à ce point vides et insipides que nous n’ayons aucune imagination pour présenter des expositions destinées au grand public ? Sommes-nous obligés de nous tourner vers la production culturelle de pays étrangers ? Le Canada possède les talents pour que nous puissions réaliser nous-mêmes des expositions sur des créateurs canadiens.

Jusqu’à quel point un musée peut-il sacrifier son mandat pour attirer des visiteurs ?

Cette course folle aux visiteurs vient au détriment de la qualité et de la pertinence des expositions présentées. En accueillant des expositions comme celle-ci, le Musée canadien de l’histoire se tire dans le pied. Les Canadiens méritent mieux.

8 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 26 février 2018 06 h 25

    Un pays sans histoire! Ou une identité à fabriquer!

    Le musée sert de vitrine pour étaler le passé! Il faut se désoler du peu que le Canada veut ou peut donner sur son histoire, sur son identité! Le but visé, et non avoué, serait plutôt de ¨nous¨ fabriquer une identité qui serait calquée sur celle par le commerce propagée.

    Qu'il y ait grande affluence a de quoi déconcerter! La futilité de la culture du cartoon et du super-héros, même par le musée, continuera de se propager! Toute la planète est en train d'être contaminée, le Canada y aura largement contribué!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 26 février 2018 11 h 13

      Le pays a une histoire, mais ceux qui gouvernent souffrrent d'amnésie ou d'incompréhension (igorance) totale de celle-ci. C'est ce qu'on appelle de l'aveuglement volontaire. Quant à l'identité...on peut dire que c'est à peu près le même phénomène. On veut nous faire croire que nous n'en avons pas. Si nous avons le malheur de la défendre : gare à nous! Pour le dossier de la mémoire...on repassera. Je me souviens de quoi au juste? Ah oui! Que pour faire partie de ce beau pays du GRAND VIDE je dois oublier qui je suis, d'où je viens, ma culture, mon histoire et tout ce qui me distingue (ma langue)...Vive l'amnésie!!

  • Philippe Dubé - Abonné 26 février 2018 07 h 47

    Dérive du musée

    Le rappel à l'ordre de Monsieur de Montvalon adressé au Musée canadien de l'histoire a ici toute sa pertinence. En effet, la course à activer le tourniquet pour augmenter la fréquentation publique d'un musée est totalement vaine. La mission première d'un musée, au-delà de la conservation des témoins matériels liés à son champ d'expertise (beaux-arts, civilisations ou sciences), est de les étudier (recherche) et de les faire connaître (expositions et publications) au public tout en partcipant globalement à l'avancement des connaissances. Le malheur de nos musées à l'heure actuelle est de s'engouffrer dans la logique marchande de la dite industrie culturelle et faire à tout prix du chiffre alors que son rôle est à la fois scientifique et culturel. Il est d'autant plus désolant de voir de grandes institutions nationales (soutenues par un généreux financement public) faire les singes dans la ronde de la société du spectacle alors que des petits musées, sans financement conséquent, tentent désespérément de survivre tout en donnant sens à ce qu'impose être un gardien du patrimoine. Si les grands font les guignoles, on comprend alors un peu mieux la désepérance des plus petits. Quand verrons-nous la création d'un observatoire ou une commission indépendante (du type CRTC) dans le domaine des musées qui évaluerait le travail accompli par ces derniers en fonction de la mission qu'ils se sont donnée et du rôle que l'on est en droit de s'attendre d'eux dans la société.

  • Bernard Terreault - Abonné 26 février 2018 08 h 42

    Incompréhensible

    Faut-il que les Canadiens aient un "complexe d'insignifiance" pour présenter de telles expositions dans leur Musée NATIONAL.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 février 2018 09 h 35

    Super lettre, M. Pierre de Montvalon. Bravo !

    En espérant que la pauvre Mélanie Joly ouvre son «Devoir» ce matin.

  • Gilles Théberge - Abonné 26 février 2018 10 h 00

    Il faut voir dans ce laxisme, les relents de la pensée de Trudeau selon lequel il n’yma Pas de culture propre au Canada. Le Canada est bien un pays « post-national » au sein duquel toutes les cultures du monde, et surtout anglo-saxonne sont les bienvenues.

    Ce n’est pas pour rien que le caricaturiste du devoir a lsé dessiner le président de l’Inde avec un casque de poil une ceinture fléchée et des cuillères...

    Et justement Ajit Datta un journaliste Indien écrivait ceci après passage de Trudeau dans son pays :

    « Justin Trudeau est la mascotte de tout ce qui ne va pas dans le monde aujourd’hui.

    Il est au front pour encourager les décadences et accueillir le radicalisme dans sa patrie, tolérer dan ces liens symboliques et tenter de créer une culture d’absurdités politiquement correctes.

    La puanteur de son hypocrisie gauchiste ratisse large. En tant que citoyen de l’Inde je m’en fous si le chef élu du Canada cherche à conduire sa nation aux enfers.

    Mais lorsque cela a un effet négatif sur mon pays c’est là que je choisis de tracer une ligne »

    Voyez-vous......?

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 26 février 2018 12 h 43

      Je ne suis pas une fan finie du PM Justin Trudeau, et son dernier voyage en Inde ne fut pas particulièrement couronné de succès, selon ce qu’on en rapporte. Cependant, je trouve que le journaliste indien Ajit Datta, dont vous citez largement les commentaires, en a beurré très, très épais. Je suis même à me demander si ce journaliste indien lit les journaux pour s’informer des affaires sur le plan international avant d’écrire des commentaires qui n’ont ni queue ni tête et qui, malgré les travers du PM canadien, ne correspondent pas à la réalité. Ultimenent, je me demande où ce journaliste indien voulait en venir...