Les autochtones et Montréal, rien ne change?

Dans la nuit du 7 au 8 août dernier, une des sculptures de l'artiste Jacques Newashish exposée place des Festivals pendant le festival Présence autochtone à Montréal a mystérieusement disparu.
Photo: Mario Faubert Dans la nuit du 7 au 8 août dernier, une des sculptures de l'artiste Jacques Newashish exposée place des Festivals pendant le festival Présence autochtone à Montréal a mystérieusement disparu.

Lettre adressée à la mairesse de Montréal, Valérie Plante

Je méritais sûrement quelques réponses à mes questions après l’enlèvement et la destruction par la Ville de Montréal d’une de mes oeuvres publiques. À défaut d’avoir pu obtenir la moindre réponse de la mairie de Montréal, c’est par Le Devoir que je m’adresse de nouveau à vous, car je crois encore qu’une faute avouée conduit à son pardon.

Dans la nuit du 7 au 8 août dernier, une de mes sculptures monumentales exposée place des Festivals pendant le festival Présence autochtone à Montréal a mystérieusement disparu. Quelques jours plus tard j’ai enfin pu apprendre qu’elle avait été enlevée par la Ville et immédiatement détruite. Cette oeuvre représentait une femme sans visage et son titre parlait de lui-même : Femmes de la nuit : hommage aux femmes autochtones disparues et assassinées.

Créée publiquement, elle était destinée à une cérémonie d’hommage et de souvenir, avec des prises de parole et un feu purificateur. Depuis son enlèvement commenté par la presse, nous avons cherché à comprendre sans haine pourquoi, par qui et comment la Ville de Montréal pouvait s’emparer d’une oeuvre d’art officiellement exposée sur la place des Festivals pour la déchiqueter sur-le-champ sans que l’artiste et propriétaire en ait été informé. Tout au plus une vague excuse par un communiqué de presse.

Avant de se débarrasser d’une vieille bicyclette abandonnée sur la voie publique, les services municipaux prennent tout le temps voulu pour ne pas en priver indûment son propriétaire. Par contre, je constate que, dans le cas d’une oeuvre sculpturale amérindienne et symbolique, officiellement exposée, les services municipaux peuvent s’en emparer et la détruire sur-le-champ.

Une énorme sculpture en hommage aux femmes violentées et disparues a été détruite sans avis ni délai avant une des cérémonies de clôture du festival public et de recueillement, et nous n’avons aucune idée de ce qui s’est réellement passé : simple erreur, négligence grossière ou volonté délibérée de destruction ? Dès cette disparition signifiante, j’ai simplement voulu comprendre. La réconciliation ne commence-t-elle pas par des discussions éclairées ? J’ai interrogé sans succès l’administration précédente, au moment même où un nouveau drapeau de Montréal faisant une place aux Amérindiens était hissé à l’hôtel de ville.

Mutisme complet

Confronté au mutisme complet de la Ville, j’ai tenté, encore là sans succès, d’obtenir des réponses en transmettant une mise en demeure à la Ville. La communauté autochtone et allochtone est choquée par l’attitude désobligeante de la Ville de Montréal au moment où la communauté politique parle haut et fort des réconciliations avec les autochtones. La Ville de Montréal a violé sciemment ou non la cause et la raison d’être de mon travail.

Comme personne à la Ville n’a même daigné me présenter des explications ou des excuses, dois-je en déduire qu’à titre d’artiste amérindien je ne mérite ni respect ni attention ? La vérité sur les préjudices vécus par les peuples autochtones au Canada fait tout juste surface. J’en suis directement témoin pour avoir vécu personnellement les pensionnats et la disparition de ma soeur en bas âge, sans doute vendue à des Canadiens ou des Américains non autochtones. La destruction sans appel d’une sculpture ne se compare pas à de pareilles souffrances. Mais, Mme la Mairesse, puisque la sculpture était une ode à la réconciliation, il y a sûrement besoin de revenir à l’essentiel en oubliant l’espace d’un moment une crainte avérée ou non d’une poursuite en dommages-intérêts.

Si c’était là la conviction de votre bureau pour m’imposer votre silence venu d’un autre âge, sachez qu’il n’a jamais été dans mon intention de faire payer par les citoyens de Montréal la destruction sauvage d’une oeuvre par quelqu’un dans l’administration municipale qui refuse de reconnaître ses fautes et de s’en excuser. Mais après des années à me faire imposer le silence, j’ai un jour décidé de prendre la place d’être humain à part entière qui me revenait. Je ne me fais pas le complice qui tait l’inqualifiable. Le silence coupable n’amène pas le changement. Je pensais que la nouvelle administration me donnerait des explications. Plus réaliste maintenant, je vois qu’il me faut bien tenir mon bâton de pèlerin.

2 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 16 février 2018 09 h 23

    Mon cher camarade

    Très belle lettre, mon cher Jacques. Empreinte d'une impeccable dignité, celle que je te connais. On parlait ensemble de ton besoin de réponse il y a maintenant six mois. Je ne peux pas croire que rien ne s'est passé depuis et qu'entre la ville, le quartier des spectacles, les travailleurs directement concernés et Présence Autochtone, il ne se trouve personne pour donner un éclairage réel et complet sur ce navrant épisode.
    Toute ma solidarité.

  • Réal Bergeron - Abonné 16 février 2018 16 h 58

    Incohérence?

    Pourtant notre nouvelle mairesse clame haut et fort que Montréal est un territoire amérindien non cédé.