Les dangers de l’automatisation dans le transport routier

En août 2016, un camionneur a été brûlé vif sur l’autoroute Métropolitaine à Montréal. Le camion-citerne de la société Bombardier s’était immobilisé à la suite du déclenchement inopiné de son dispositif d’interverrouillage, rappelle l'auteur. 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En août 2016, un camionneur a été brûlé vif sur l’autoroute Métropolitaine à Montréal. Le camion-citerne de la société Bombardier s’était immobilisé à la suite du déclenchement inopiné de son dispositif d’interverrouillage, rappelle l'auteur. 

Les médias invoquent de plus en plus souvent l’enjeu de l’automatisation dans plusieurs sphères d’activité et, plus particulièrement dans le transport routier. On n’a qu’à penser au camion de Budweiser qui a fait les manchettes admiratives des journalistes. Ce camion a parcouru sans intervention humaine des routes dans le sud des États-Unis dans des conditions météorologiques (et routières) parfaites.

Ces reportages tendent à oublier des incidents ou des accidents graves qui jettent un éclairage bien différent sur les véhicules autonomes. Prenons l’exemple de l’horrible accident de la route qui a brûlé vif un camionneur sur l’autoroute Métropolitaine à Montréal en 2016. On se rappellera que ce camion-citerne de la société Bombardier s’était immobilisé sur l’autoroute 40 à la suite du déclenchement inopiné de son dispositif d’interverrouillage. Dans son rapport, la CNESST a directement mis en cause le mauvais entretien du camion-citerne. Il y avait, bien entendu, d’autres facteurs qui ont expliqué l’accident mortel, mais la technologie installée à bord du camion était, somme toute, relativement simple.

Saviez-vous que certains de nos membres dans la région de Québec ont rapporté que leurs camions s’arrêtaient parfois brusquement parce que le système de freinage automatique confondait les panneaux de circulation (et les cônes orange) avec des obstacles sur la route ? Et qu’ils ont peur de prendre place derrière le volant de ces poids lourds munis de cette technologie ?

Si ces exemples montrent que des technologies relativement simples ne font pas toujours le travail correctement, il est à prévoir que des problèmes encore plus graves affligeront des parcs entiers de véhicules autonomes.

Contrairement à ce que certains laissent entendre, rien ne démontre que cette technologie est adaptée à notre climat qui, selon l’affirmation de l’Institut des actuaires du Canada, deviendra de plus en plus extrême dans les années à venir. Comment les camions autonomes se comporteront-ils dans une tempête de neige ? Sur la glace noire ? Sous la pluie verglaçante ? Comment la technologie réagira-t-elle aux rues étroites, aux piétons, aux chantiers de construction et aux interdictions de circuler sur l’île de Montréal ?

D’autre part, les réseaux informatiques, les ordinateurs et la transmission de données nécessaires aux opérations des camions autonomes pourraient être piratés, menant à des risques pour la sécurité nationale et la sécurité publique. Des pannes informatiques pourraient paralyser des centaines, voire des milliers, de camions automatisés et ainsi rompre la chaîne logistique.

Imaginez nos routes bondées de camions immobiles en attente de la dernière mise à jour de leur système d’exploitation… Ou encore, de camions ne pouvant plus avancer faute d’instructions en provenance du centre de contrôle à la suite d’une panne d’électricité.

Vous enragez de rouler derrière un camion ? Attendez de rester pris dans un bouchon de circulation monstre causé par une panne informatique.

Un prix à payer

Au bas mot, nous estimons que des dizaines de milliers d’emplois seront perdus au Canada en raison de l’arrivée de camions autonomes sur les routes. L’automatisation du transport routier sera donc lourde de conséquences pour la santé économique des personnes, des provinces et du pays tout entier, car tous les ordres de gouvernement perdront au change sur le plan des taxes et impôts. De plus, les gouvernements devront trouver des moyens d’indemniser financièrement cette cohorte de travailleurs et de travailleuses qui perdront leur emploi. Il s’agit donc ici d’un double manque à gagner pour Ottawa et les provinces.

On sait que la robotisation est en place dans les mines, sur certains trains, dans la restauration rapide, etc. Les camionneurs suivront tôt ou tard, tout comme les caissières, les commis, voire certains avocats et traducteurs. Puis les compagnies achèteront des drones pour effectuer les livraisons, mettront en place des flottes entières de taxis automatisés et les sociétés de transport n’auront plus besoin des chauffeurs de bus puisque des robots piloteront leurs véhicules. Au bout du compte, des centaines de milliers de Canadiennes et de Canadiens perdront leur emploi. Et ce n’est que le début.

Je suis d’avis que nous méritons tous et toutes de pratiquer un métier à la mesure de nos intérêts, de nos capacités et de nos ambitions. Contrairement à ce que certains pensent, je crois que l’innovation n’est pas toujours souhaitable et qu’elle a un prix. C’est à nous de déterminer si nous sommes prêts à payer cette facture salée.

7 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 6 février 2018 12 h 30

    Les camions sont déjà dangereux

    « Je ne l'ai pas vu ». Voilà ce que les chauffeurs de camions répètent suite à un accident mortel, après avoir écrasé un piéton ou un cycliste. Comme c'est arrivé près de chez moi, rue Bélanger au coin de la 6e avenue, en juillet dernier. Et sous le viaduc de la rue Saint-Denis il n'y a pas si longtemps. Le fameux angle mort qui cause des accidents inévitables et desquels les chauffeurs se tirent sans accusation.

    Les véhicules autonomes pourraient faire des victimes sur la route. La question est de savoir si, après une période de rodage, ils en feront moins que les camions actuels.

    Autrement, ce qui est remarquable, est à quel point l'évolution du trafic des camions est déterminé par le marché. L'intensité du transport des marchandises par camion a augmenté pour satisfaire l'appétit insatiable des consommateurs. La principale source d'augmentation des émissions de GES sur les routes est le transport des marchandises. Et si les entreprises peuvent réduire le coût du transport en éliminant les chauffeurs de camion, elles le feront assurément.

    Les principaux déterminants du mode de vie, que ce soit l'habitation et l'urbanisme, les transports ou la surconsommation de biens non-durables sont les marchés.

    Regardons comment les gouvernements réagissent aux développements de l'intelligence artificielle. Ils les subventionnent pour se mettre au service du marché ! Au diable les répercussions sur le mode de vie, l'environnement et la société.

    Alors qu'il faudrait, au contraire, que les gouvernements, par un processus démocratique, déterminent le mode de vie, la durabilité des objets, la répartition de la richesse et l'urbanisme. Et donc la relation à l'environnement.

    • François Beaulé - Abonné 7 février 2018 06 h 18

      M. Jean Chartrand fait grand cas du décès d'un chauffeur de camion sur l'autoroute métropolitaine en août 2016. Il omet de rappeler les autres causes de l'accident, autres que le déclenchement des freins d'un des deux camions impliqués. Ce déclenchement a été causé par une défectuosité, il est vrai. Mais le chauffeur du camion défectueux aurait pu avoir à freiner brusquement dû à un événement devant lui. Le même accident se serait alors produit. Le chauffeur décédé suivait le véhicule défectueux de trop près. Il n'a pu éviter l'accident à cause de cela. L'autre cause de sa mort est le transport de matières dangereuses qui se sont enflammées suite à l'impact. Si le camion du chauffeur qui suivait avait été muni d'un système d'assistance électronique, celui-ci serait intervenu pour mainenir une distance suffisante avec le camion devant lui. Et il n'y aurait pas eu d'accident.

      M. Chartrand dramatise la mort du chauffeur de camion et néglige de mentionner que la plupart des victimes des accidents de la route impliquant des camions sont des automobilistes, des piétons et des cyclistes et très rarement des chauffeurs de camion.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 6 février 2018 16 h 51

    l'autopilotage c'est une VISION D'AVENIR progressiste.

    Déjà qu,il y a manque flagrant et grave de chauffeurs professionnels,; les entreprises de transports de marchandises sont depuis une décennie à la recherche de dizaines de milliers de chauffeurs.
    Par ailleurs le transport intermodal moderne et informatisé permettrait d,utiliser le fleuve St Laurent qui est la plus grande et efficace autoroute d,Amérique. Le cabotage bien planifié permet de livré à meilleurs couts et en polluant 10 fois moins par tonne , des produits et matériaux de Sept Îles à Chicago , de Gaspé à Sault St Marie ensuite des convois ferroviaires de plusieurs centaines de conteneurs peuvent livrer dans les régions ainsi donc sauf la nourriture et les denrées périssables doivent être livrées << juste à temps >> pour ne pas être perdues.
    Donc pour le transport par camions remorques sur les grands axes routiers seuleement et pour le juste à temps l'autopilotage permettra de réduire la congestion routière et le besoins de conducteurs qui doivent parcourir inutilement à la grandeur de l'Amérique du Nord.
    Surveiller et programmer les systèmes de pilotage est un emploi plus futuriste et stimulant quede passer des dizaines d'heures par semaine assis derrière un volant de poids lourd pour livrer des matériaux de construction ou des électroménagers .
    Comme vision d'avenir dans moins de 20 ans ;
    Ce seront les drônes taxis auto-pilotés qui nous transporterons à 100 kmh à 30 m du sol en évitant les cônes oranges et la congestion routièrea !

  • Serge Sokolski - Abonné 6 février 2018 19 h 04

    Automatisation: pas la bonne solution

    Vous avez parfaitement raison, M. Chartrand. L'automatisation « intelligente » du transport (ou de quoi que ce soit, d'ailleurs) va faire dérailler notre société. La complexité des systèmes de détection, repérage, contrôle, gestion, le nombre de cellules réceptrices, d'émetteurs, de serveurs pour traiter l'information, est démesurée. Un grain de sable dans l'affaire et c'est la cata. Un micro problème informatique et le trafic est paralysé, quand ce n'est pas la cause d'accidents en chaîne. Les humains font des erreurs, mais les systèmes informatiques aussi. Les pirates informatiques vont s'en donner à coeur joie. Oui aux systèmes automatiques utilisés en assistance pour soulager les chauffeurs, les pilotes, les conducteurs. Non aux systèmes entièrement automatisés. N'oublions pas le coût énergétique de ces bébelles.... et pourquoi pas le train pour le transport des marchandises sur longues distances? Avec des chauffeurs.

  • Serge Lamarche - Abonné 7 février 2018 04 h 28

    Faut pas exagérer

    Les véhicules autonomes ne vont pas arriver d'un coup. Il est certain que ceux-ci se répandront lentement des endroits les plus faciles aux endroits les plus difficiles. Si leur usage ont des désavantages sur les humains, ils se répandront plus lentement, c'est tout. Il n'y aura pas d'hécatombe soudaine.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 février 2018 11 h 26

      Déjà plusieurs fabricants vantent les système de freinage automatiques dont il ont doté leurs véhicules (Toyota en a sur tous ses véhicules cette année) . Ainsi donc, selon les humeurs de ces systèmes, votre voiture peut a tout instant appliquer elle-même les freins a fond... Chose qui en conduite prudente réclame que le conducteur prenne en compte les véchiules qui le suivent, et le contexte générale où il se trouve. (l'autoroute Métropolitaine n'est pas le même contexte qu'un chemin de campagne).

      De plus ces systèmes, toujours complexes, sont appelés a faire défaut bien plus rapidement que le reste de la mécanique. Leur complexlté entraineront des coûts de réparation qui auront tôt fait d'envoyer le véhicule au rebut... A moins bien sûr de mettre simplement hors fonction ces gugus et de continuer a utilisé le véhicule avec ses paramètres standards sous le contrôle du conducteur. Encore faudra t-il que la chose soit possible matériellement parlant, et que la loi n'oblige pas au maintient en fonction de ces équipements superflus.

      Il ne faut jamais oublier le grand intérêt qu'ont les fabricants pour les motifs de déclaration d'obsolescence de leurs produits. Tout comme l'État d'ailleurs puisqu'il collecte un revenu net plus important que le fabricant lui-même par les taxes qu'il perçoit, et de l'activité de la roue économique qui tourne ainsi plus rapidement.

    • Serge Lamarche - Abonné 7 février 2018 17 h 00

      Là d'accord, les systèmes automatiques doivent pouvoir être mis hors fonction. Comme dans les avions. Mais les avions (et Chernobyl) ont aussi montré que laisser les humains mettreles systèmes de sécurité hors fonction est source d'accidents graves.