L’école que nous voulons

On sait que les élèves performants tirent tout le monde vers le haut en améliorant les conditions d’enseignement. À l’inverse, les classes écrémées orchestrent leur propre spirale descendante, soulignent les auteurs. 
Photo: Getty Images On sait que les élèves performants tirent tout le monde vers le haut en améliorant les conditions d’enseignement. À l’inverse, les classes écrémées orchestrent leur propre spirale descendante, soulignent les auteurs. 

L’année 2018 marquera les 50 ans de l’éminente loi 56, celle par laquelle l’État a reconnu l’école privée aux fins de subvention. Naissent alors les « écoles privées subventionnées », expression absurde qui pourrait faire sourire si elle ne nous avait pas tant nui collectivement.

Ce financement public se voulait au départ un accommodement raisonnable pour ménager l’Église catholique. Il a finalement contribué à la création d’un réseau parallèle déstructurant complètement le système d’éducation québécois. Il est bien sûr contraire au bon sens que des écoles privées soient financées par les contribuables. Mais cette iniquité flagrante sur un plan fiscal ne doit pas cacher le problème principal qu’elle alimente : la ségrégation scolaire, c’est-à-dire la séparation physique des enfants dans des écoles différentes en fonction du revenu de leurs parents, de leur appartenance sociale ou de leurs notes.

Une logique de marché

Ce nouveau contexte a plongé l’école publique dans le contexte brutal d’une concurrence marchande. Et l’avantage comparatif consenti par l’État à l’école privée subventionnée, soit un environnement exclusif à bas prix, a bien sûr fait des ravages dans les rangs de l’école publique. La « part de marché » du privé au secondaire est passée de 5 % en 1970 à presque 22 % aujourd’hui. L’école publique se devait de réagir. Elle l’a fait… en imitant le secteur privé subventionné, en optant à son tour pour l’écrémage. Ce fut l’arrivée des projets particuliers sélectifs qui, sous le couvert de programmes de football ou d’espagnol, offrirent aux parents un environnement exclusif à encore meilleur marché que le privé subventionné. On estime la part de marché du public sélectif à 20 % au secondaire.

Aujourd’hui, plus de 40 % des élèves se trouvent séparés des autres, ce qui fait de notre société l’une des plus ségréguées en matière scolaire en Occident. Comme l’écrivait en 2016 le Conseil supérieur de l’éducation, « l’écart se creuse entre les différents milieux : certains établissements ou certaines classes sont considérés comme moins propices à l’apprentissage (les familles qui le peuvent les fuient) et les conditions de travail y sont plus difficiles (les enseignants qui le peuvent les fuient également). »

Cette politique officieuse de ségrégation scolaire a de nombreuses conséquences :

résultats en baisse aux examens provinciaux et internationaux ;

décrochage des enseignants (le quart des enseignants quittent tout simplement la profession dans les cinq premières années sur le marché du travail) ;

décrochage des élèves (taux de décrochage de 25,3 % au secondaire) ;

compétences faibles ou insuffisantes en littératie pour 53 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans.

Il ne faut pas conjecturer longtemps pour découvrir la cause profonde de ces chiffres. Moins il y a de mixité sociale à l’école, moins la moyenne générale est forte et plus les élèves décrochent. On sait que les élèves performants tirent tout le monde vers le haut en améliorant les conditions d’enseignement. À l’inverse, les classes écrémées orchestrent leur propre spirale descendante. Les succès scolaires de l’Ontario, avec un système où le privé existe, mais ne reçoit pas un sou des contribuables, nous indiquent la voie à suivre avec un taux de décrochage de 13 % au secondaire.

Quelle société voulons-nous ?

Les tenants de l’immobilisme objecteront que ce qui compte en définitive est d’offrir aux parents un « choix ». Ce pseudo-choix est en fait un dilemme qu’on laisse aux familles le soin de résoudre, chacune de leur côté, en les mettant en demeure de choisir entre le bien commun ou leurs enfants. À ce jeu cruel, les parents choisiront toujours leurs enfants et renforceront ainsi le cercle vicieux de la ségrégation scolaire.

L’école que nous appelons de nos voeux s’inscrit, elle, dans un contexte d’inspiration républicaine, au sens d’une institution visant à faire valoir de manière égale un patrimoine intellectuel et scientifique auprès de ses enfants. Cette culture commune, mise à mal dans un contexte acquis à l’individualisme, au pseudo-choix et à la libéralisation de presque tout, ce que notre régime politique et même constitutionnel promeut, s’effrite chaque jour. Et la concurrence délétère à laquelle nos écoles se voient livrées participe à ce morcellement.

Une approche collective et résolument politique est appelée. Les élections d’octobre 2018 sont l’occasion parfaite de trancher le débat. À l’instar du Mouvement L’école ensemble, nous souhaitons que les partis proposent dans leur plateforme électorale des solutions claires au problème de la ségrégation scolaire au Québec. Il s’agit de l’enjeu de politique publique le plus important de notre société. Nous ne pouvons plus laisser l’anxiété et l’inertie décider pour nous. Aux partis politiques, nous demandons de nous offrir un choix le 1er octobre prochain afin que nous décidions collectivement de l’école que nous voulons.

*Lettre envoyée par le Mouvement L’école ensemble

32 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 3 février 2018 06 h 55

    L'échec du public....

    ...dans le système de santé est-Il aussi attribuable aux quelques médecins qui travaillent au privé?

    Le véritable échec de ces deux systèmes est dans leur propre façon de s’administrer.

    • Jean-François Trottier - Abonné 3 février 2018 09 h 00

      Mme Bertrand,
      d'abord il faudrait démontrer que le système de santé est un échec. Il a des trous, il est en manque mais il n'est certainement pas un échec. Pas encore.

      Tant que nous aurons un gouvernement qui considère le privé comme la voie inéluctable pour toute personne pouvant se payer une assurance, le privé sera beaucoup plus qu'une gêne au public.

      L'intention claire des dirigeants actuels est de laisser le plus de place possible au privé et, pour ce faire, il leur faut réduire le public par contrition, ce qu'ils font à merveille!

      Quant à l'administration de la santé, elle changera drastiquement le jour où aucun médecin n'accédera à un de ses postes. C'est folie de leur confier le coeur (et la tête!) du réseau.

      Retour à l'éducation.

      Dans les années '60 le choix de conserver le privé était pour servir de tuteur au public trop inexpérimenté. Il ne s'agissait pas de privilégier quelques-uns mais de donner l'exemple pour un certain temps.
      Cette époque est révolue. L'écrémage, la base de la différence, représente un chantage réel auprès des parents.

      Il ne faut pas tuer le privé mais cesser de le subventionner, ce qui revient au même pour la grande majorité et représente une patate chaude pour les politiciens. Les solutions...
      Arrêt sec ? Impossible : il faudra qu'un système intègre la grande partie de l'autre, avec toutes les difficultés impliquées. Les solutions simplistes, hein...
      Il faudra une régression sur plusieurs années, plus d'un mandat en tout cas.
      Les Messies prêts à tout casser peuvent aller se rhabiller.

      L'administration n'est pas en cause pour l'éducation.
      Ce sont les ineffables pédagogues du ministère qui du haut de leur connaissance de L'Enfant établissent des normes éthérées et cassent le rapport prof-étudiant.

      La réalité se passe entre une classe et un prof, seul habilité à comprendre ses étudiants devant lui et des méthodes spécifiques au besoin.

      L'administration régionale n'est pas le problème, c'est très clair.

    • Claude Smith - Abonné 3 février 2018 09 h 14

      À la suite de la lecture du présent article, je ne comprends pas que vous réduisiez la problématique à un déficience administrative dans l'école publique.

      Quant au système publique de santé, la privatisation est une des causes de la détérioration de l'accès à ce dernier.

      Claude Smith

    • Richard Boran - Abonné 3 février 2018 10 h 21

      Pourriez-vous étoffer votre affirmation avec des faits, des exemples, des statistiques fiables? Pourquoi amalgamer ces deux systèmes publics? Leurs enjeux et réalités sont complètement différentes. Pourquoi rejeter en bloc le public face au privé idéalisé? Le modèle américain nous démontre que le privé créer de grandes innégalités sociales. Peut-être est-ce cette question d'égalité des chances qui vous pose problème?

    • Nadia Alexan - Abonnée 3 février 2018 12 h 51

      Le bien commun doit l'emporter sur l'individualisme. «On sait que les élèves performants tirent tout le monde vers le haut en améliorant les conditions d’enseignement. À l’inverse, les classes écrémées orchestrent leur propre spirale descendante. Les succès scolaires de l’Ontario, avec un système où le privé existe, mais ne reçoit pas un sou des contribuables, nous indiquent la voie à suivre avec un taux de décrochage de 13 % au secondaire.» La ségrégation scolaire est inacceptable.

    • Claude Bernard - Abonné 3 février 2018 16 h 08

      À Mme Alexan
      Les écoles privées religieuses sont subventionnées à 100% en Ontario, parait-il.

      À M. Boran

      Vous pourriez poser la même question aux auteurs de la lettre.
      Combien d'élèves par classe retourneraient dans quelles écoles si les subventions au privé étaient éliminées?
      Quels élèves de quelles entités sociales n'ont pas besoin des subventions et demeureraient au privé?
      La théorie de l'écrèmage s'applique-t-elle de façon égale dans chaque école du Québec?
      Tout cela demande aussi à être établi et étoffé.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 février 2018 16 h 23

      Mme Alexan,

      « On sait que les élèves performants tirent tout le monde vers le haut en améliorant les conditions d’enseignement. »

      Faux. Les mythes ont la vie dure en éducation spécialement de la part de gens qui n’ont jamais mis les pieds. Dans une salle de classe, les plus performants s’alignent avec les plus performants et il y a toujours une ségrégation cognitive naturelle qui s’opère dans la salle de classe. Ceci est vrai de l’école primaire à l’école secondaire et n’améliore pas le rendement de ceux qui en arrachent. Tout au contraire.

      Personne n’est d’accord avec la ségrégation physique lorsqu’il s’agit du revenu socioéconomique des parents, de la race ou de l’ethnie, mais en ce qui concerne les notes obtenues, là on ne parle plus de la même chose. Ce qui manque à l’école publique, c’est la quête de l’excellence où tous essaient de parvenir à des sommets personnels toujours plus hauts. Le nivellement par le bas est un véritable fléau dans les écoles publiques.

      De quels succès scolaires de l’Ontario parlent-ils? Comparez au Québec, leurs résultats sont en baisse aux examens provinciaux et internationaux (PISA), le décrochage des enseignants est le même ou pire, le décrochage des élèves est tout simplement caché sous une panoplie de programmes et les compétences des 16 à 60 ans sont aussi faibles ou insuffisantes en littératie ou en numératie qu’au Québec. Pire encore, il y a une dégradation nette par rapport à il y a 20 ans.

      On imagine que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. L’intégration des élèves en difficulté dans les salles de classe ordinaires pour dépenser moins au lieu de remédier aux problèmes que ceux-ci encourent est un des véritables fléaux de l’école publique. Ajoutez à cela le manque de valorisation de l’école par les parents rois qui envoient leurs enfants rois, version 2.0, à l’école et vous avez tout un cafouillis. Il ne manque plus que le trio de « Lab-École », les « Three Stooges » de l’éducation et la recette est c

    • Jacques Nadon - Abonné 3 février 2018 19 h 36

      Claude Bernard
      "Les écoles privées religieuses sont subventionnées à 100% en Ontario, parait-il."

      Il faut distinguer le réseau des écoles séparées catholiques qui accueillent tous les élèves. Ce réseau est public et ouvert à tous. Des parents non- catholiques peuvent choisir une école catholique à cause des valeurs ou simplement de la proximité. Il n'existe pas en Ontario de subventions aux écoles religieuses ou ethniques comme cela est la "norme" au Québec. D'ailleurs, comme l'Ontario, les Territoires du Nord-Ouest, l'Alberta et la Saskatchewan n'ont pas encore procédées à la déconfessionalisation de leur système scolaire.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 février 2018 22 h 22

      M. Nadon,

      L’Ontario pratique la discrimination religieuse au niveau de l’éducation, le tout basé sur une loi obscure qui a fait son temps mais qui est bien ancrée dans la constitution de Trudeau père. Seulement la religion catholique est subventionnée et ceci, à 100%. Oui, tous peuvent envoyer leurs enfants à ces écoles, mais seront sujet à subir un certain prosélyte catholique. On pensait tous qu’on était bien en 2018.

    • Jacques Nadon - Abonné 4 février 2018 09 h 10

      M. Dionne,

      Les conseils scolaires catholiques en Ontario sont loin de répondre à la définition d'école privée. Vous pouvez trouver cela injuste ou inéquitable que les catholiques aient leur réseau. L'existence des conseils scolaires catholiques remonte à un compromis constitutionnel de 1867. À cette époque, qui fréquentait ces écoles? Majoritairement, les francophones. Si vous cherchez, il y a toujours un conseil scolaire protestant dans la région de Penetanguishene. Ce conseil est subventionné par la province. Voila le contre exemple qui défait votre argumentation. L'Alberta, la Saskatchewan et les Territoires du Nord-Ouest font toujours de la ségrégation au niveau scolaire. En Alberta et en Saskatchewan le réseau scolaire francophone est intégré.
      Je partage votre opinion quant au prosélytisme. Que de temps perdu à faire des chapelets vivants ou à attendre que tous les élèves se soient confessés. Ce n'est pas le rôle de l'école, ni des enseignants à faire cela. L'école ne devrait pas être soumise à l'influence de groupes religieux... Mais est-ce que l'école devrait être soumise à d'autres influences idéologiques, économiques ou politiques?

    • Cyril Dionne - Abonné 4 février 2018 14 h 46

      M. Nadon,

      Les conseils scolaires catholiques en Ontario ont des écoles publiques religieuses subventionnées à 100% et qui pratiquent la discrimination religieuse. Point à la ligne. Votre argumentation au sujet du « Protestant Separate School Board of the Town of Penetanguishene », qui compte seulement une toute petite école à Burkevale (252 élèves), ne tient pas la route. Les écoles catholiques dans les autres provinces ont été créées pour entretenir seulement la religion catholique tout comme en Ontario (voir Bill Davis et le cardinal Emett Carter). Un point c’est tout. Il n’y a rien de français là-dedans à part du nom sur l’école tout comme pour toutes les écoles dites « françaises » en Ontario (en fait, elles sont des écoles d’immersion), refrancisation oblige.

      Pour revenir à l’argument constitutionnel, le Québec et plusieurs autres provinces, notamment Terre-Neuve, ont amendé la constitution afin de mettre fin à cette discrimination religieuse dans leur province respective.

      Pour le reste, seulement le Québec est francophone. Le ROC est tout assimilé incluant l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, « louisination » oblige encore une fois.

      En passant, les écoles privées partiellement subventionnées, s’en viennent en Ontario.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 5 février 2018 07 h 40

      Pour M. Trottier

      L’an dernier le système de santé du Québec fut classé :”pire du monde occidentale”. Pour être un échec, selon vous, notre système devrait être classé comment? Pourtant, on y met plus d’argent par personne qu’en Colombie Britanique où le coût de la vie est tellement plus élevé. Le problème est administratif. Une administration, ça ne s’administre pas tout seul...,ça coûte cher!

    • Jean-François Trottier - Abonné 5 février 2018 08 h 30

      Mme Bertrand,

      je suis bien malgré moi un usager extrêmement régulier du système de santé. J'y passe le quart de mon temps!

      Le travail de bouche-trou, c'est le mot, qu'exévutent les infirmières-iers et les préposé(e)s est inouï. Leur conscience de la situation de chaque patient ainsi que de l'ensemble de leur institution est immense et nette.

      Ce que je dis par expérience, c'est que l'ossature est bonne. L'ossature, ce sont ces gens. Et ces gens sont incroyablement professionnels dans toute l'acceptation du terme.

      Oui, les coups de butoir donnés au système l'ont amoché. Il reste qu'un système n'est qu'un système. Les gens qui le soutiennent, eux, sont tout proches de héros, faut le dire.

      Je me préoccupe peu de ces études comparatives. J'en ai trop lues au sujet de corporations que j'ai aidées à assainir Les études étaitent toutes très belles....sur papier.
      Je suis analyste, je sais regarder, je vois les trous et je vois la somme de travail nécessaire pour faire plus que les patcher.

      Ici, le trou est dans la tête.

  • Jana Havrankova - Abonnée 3 février 2018 07 h 52

    Encourager les dons particuliers de tous

    Si on cesse de subventionner les écoles privées, on créera des enclaves où seulement les plus fortunés pourront envoyer leurs enfants. Mais c’est une option qui se discute.

    Par contre, abolir les programmes particuliers dans les écoles publiques serait franchement malavisé. Personne ne peut nier que certains enfants ont des dons artistiques, sportifs ou intellectuels supérieurs aux autres enfants. Si on veut une société où tout le monde est pareil : moyen en tout, abolissons les projets particuliers !

    Les auteurs se servent des grands mots : ségrégation, écrémage, individualisme, concurrence délétère pour nous convaincre que notre système scolaire est à la dérive pour cause de non-mixité. Ils tissent des liens non démontrés entre le décrochage et la non-mixité. Du fait que la moyenne générale de la classe mixte est plus élevée, ils déduisent que les élèves moins performants deviendraient plus performants, ce dont il est permis de douter et ce qui demanderait pour le moins une démonstration.

    Chaque enfant est unique et la vaste majorité possède un don pour quelque chose. Il ne s’agit pas de gommer ces dons, mais de les découvrir et de les encourager. Pour le bien de l'enfant et de la société.

    • Nadia Alexan - Abonnée 3 février 2018 18 h 33

      À madame Havrankova: Vous dites: «Les auteurs se servent des grands mots : ségrégation, écrémage, individualisme, concurrence délétère pour nous convaincre que notre système scolaire est à la dérive pour cause de non-mixité. Ils tissent des liens non démontrés entre le décrochage et la non-mixité. Du fait que la moyenne générale de la classe mixte est plus élevée, ils déduisent que les élèves moins performants deviendraient plus performants, ce dont il est permis de douter et ce qui demanderait pour le moins une démonstration.» Premièrement, les auteurs se servent des études solides à la base de leur thèse. Deuxièmement, les auteurs veulent offrir les mes chances de réussite à tous les élèves, pas seulement à ceux et celles qui ont des parents riches. L'apartheid aux seines de nos écoles est inacceptable.

    • Jana Havrankova - Abonnée 4 février 2018 13 h 53

      À madame Alexan :

      J’aurais aimé que les auteurs résument aux lecteurs ces « études solides » que vous mentionnez. Je suis tout à fait disposée à changer d’idée si les études démontrent que la mixité aide les élèves en difficulté tout en ne freinant pas les élèves les plus doués. Avant de se lancer dans une énième réforme scolaire, il faut disposer des données solides.

      Par ailleurs, ce n’est pas la richesse des parents qui détermine qui sera admis dans les programmes particuliers à l’école publique, mais les dons des enfants. Je persiste à penser que les dons de toute nature doivent être encouragés. N’est-il pas vrai que des projets particuliers empêchent certains jeunes de décrocher ?

  • Bernard Terreault - Abonné 3 février 2018 07 h 54

    Les chiffres semblent leur donner raison

    J'ai vécu dans trois pays et nulle part ailleurs l'école privée n'était-elle si présente. Mes collègues pouvaient critiquer tel ou tel aspect de l'école, mais ils ne leur venait même pas à l'idée d'envoyer leurs enfants à l'une des rares écoles primaires ou secondaires privées. Et pourtant, c'est le Québec que le taux de décrochage est le pire.

  • Jean-François Laferté - Abonné 3 février 2018 09 h 17

    Plutôt l’école que nous souhaitons..

    Bonjour,

    Au cours de cette lettre, vous blâmez l’école privée de tous les maux.J’ai été prof au primaire pendant 32 ans et je peux vous affirmer que nous devons en tant que société débattre de la place que tient l’éducation en tant que choix de société plutôt que de critiquer un système au profit d’un autre.Le présent débat en est un « électoraliste » tous partis confondus tentant de s’approprier « sa »vision de l’école:demandons aux élèves,aux profs et parents ce qu’ils veulent au lieu de demander à des fonctionnaires et « ménisses »de définir ce que doit être l’école.Privée ou publique l’école est un choix de société:laissons un choix aux élèves et parents.Donnons aux profs le support et l‘encouragement qu’ils méritent et faisons de « notre »un choix sociétal et non gouvernemental.Un débat de fond doit s’engager et malgré ma retraite de ce merveilleux monde de l’éducation,je suis aux aguets,je veille..
    Jean-François Laferté
    Terrebonne

  • Jean-Charles Morin - Abonné 3 février 2018 09 h 37

    L'art de dénoncer ce qu'on encourage dans les faits.

    Les auteurs de l'article insistent pour dénoncer la ségrégation dont seraient victimes les élèves contraints de rester dans le régime public, considéré implicitement par eux comme une institution médiocre peuplée exclusivement de cancres et de tapons.

    Leur solution-miracle: le collectivisme à tout crin. Autrement dit: mettre un terme au subventionnement public des écoles privées, laissant ces dernières aux seuls "gosses de riches" en obligeant tous les autres, qu'ils le veuillent ou non, à grossir les rangs de l'école publique. Nos "progressistes" veulent ainsi mettre un terme à la ségrégation actuelle en instaurant une ségrégation encore plus nette entre la classe aisée et celle qui l'est moins. Tout un progrès en vérité!

    Il faudrait plutôt se demander pourquoi tant de parents, si on leur en donne les moyens, décident d'envoyer leurs enfants dans des établissements privés. Serait-ce parce que le système public manque de ressources ou bien plutôt parce qu'on y a depuis longtemps laissé au vestiaire les notions de discipline et d'autorité en se conformant à un cursus scolaire de plus en plus éclaté? Pourtant les gens concernés ne cessent de le dire et de le redire: l'école publique est le domaine de l'enfant-roi, de l'intimidation et du comportement grossier, avec en prime l'épuisement professionnel du personnel enseignant.

    Et on ne parlera pas ici des aménagements dysfonctionnels suivant des normes minimalistes aussi délirantes qu'immuables: absence de salles d'études, élèves du secondaire assis à même le plancher des couloirs entre les cours, casiers-vestiaires fourre-tout qui servent aussi de bibliothèque et de cafétéria. La liste serait longue.

    Ce n'est pas en faisant venir davantage d'élèves du privé que l'on va régler le problème, mais en interpellant les fonctionnaires qui sévissent dans les officines du ministère de l'éducation et qui n'en finissent plus d'expérimenter leurs lubies pseudo-éducatives sur le dos de nos enfants.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 5 février 2018 13 h 33

      J’adore votre commentaire. Vous avez bien résumé la situation!

    • Jean-Charles Morin - Abonné 5 février 2018 15 h 14

      Merci de votre commentaire, Madame Bertrand. Contrairement à ce que pensent nos "progressistes" autoproclamés, on règle un problème en s'attaquant au mal lui-même plutôt qu'en voulant simplement masquer les symptômes.

    • Jean Gadbois - Inscrit 5 février 2018 15 h 25

      Je voudrais profiter de l'occasion pour appuyer les propos de M. Morin et de Mme. Bertrand.

      Un petit rajout: de un, il y a beaucoup trop de fonctionnaires dans ce ministère et s'ils sévissent dans leurs officines, c'est connu et su, c'est parce qu'entre autre, il y a urgence de justifier leurs emplois.
      De deux: que leurs lubies aient force de loi, sans consultation avec les praticiens qui oeuvrent sur le terrain, relève d'une attitude dictatoriale et contre-productive. "le ministère le dit, on le fait".
      Et donc, de trois: que les administrateurs, les enseignants et le personnel de soutien de ce réseau, (subventionné à 100%), syndicats, plient l'échine, s'inféodent, se conforment et se soumettent à tant de médiocrité, de cafouillage, de chaos institutionnalisé, et ce depuis plusieurs décennies, sans opposer un esprit critique articulé et organisé et des solutions aux problèmes de leur école, relève d'une mentalité vélléitaire aussi néfaste que destructrice. Là encore ce n'est pas le secteur privé qui est fautif, ni le manque d'argent. Mais bien d'un problème qui lui appartient.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 5 février 2018 21 h 33

      Monsieur Gadbois,

      Je suis d'accord avec vos propos, sauf que les acteurs subalternes du réseau n'ont pas le choix que de plier l'échine. Vous avez tort de les blâmer: ces derniers n'ont qu'un pouvoir dérisoire face à la machine bureaucratique qui sévit au ministère. Beaucoup, sinon tous, sont en désaccord avec les politiques qu'on leur impose mais ne peuvent rien y faire. Même les ministres sont réduits à l'état de carpettes face aux fonctionnaires tout-puissants. C'est tout dire!

      Un exemple entre mille: une commission scolaire (dont nous tairons le nom) veut faire construire une école. Budget déterminé par le ministère: 4 millions. Une fois les plans terminés, on demande aux ingénieurs et aux architectes un estimé final du projet: on arrive à 4 millions et demi. Le ministère demande donc de couper un demi-million pour rentrer dans le budget (classes plus petites, moins d'équipement, etc.). On va ensuite en appel d'offres avec les plans charcutés. Surprise: le plus bas soumissionnaire propose de bâtir l'école pour... 3,600,000$!

      La commission demande alors au ministère, en toute logique, de réinjecter 400,000$ de ce qui a été auparavant coupé. Les fonctionnaires à Québec n'ont jamais voulu et leur décision était sans appel. Faire épargner 400,00$ au gouvernement représentait sans doute pour eux un substantiel boni de performance en fin d'année. Et tant pis pour les élèves qui devront s'entasser dans un bâtiment neuf sous-performant avec moins d'équipement que prévu. Le système public, c'est ça! Je vous laisse méditer là-dessus.