Violences faites aux femmes: des initiatives prometteuses

Les initiatives du gouvernement ne doivent pas être utilisées pour museler les groupes féministes qui militent depuis plusieurs décennies pour la défense des droits des femmes victimes de violence, estime l'auteur. 
Photo: Christophe Ena Associated Press Les initiatives du gouvernement ne doivent pas être utilisées pour museler les groupes féministes qui militent depuis plusieurs décennies pour la défense des droits des femmes victimes de violence, estime l'auteur. 

En 2018, le Gouvernement du Québec mettra en oeuvre deux nouvelles initiatives pour améliorer les interventions en matière de violences faites aux femmes. En effet, il a récemment annoncé la création d’un comité d’examen des décès liés à la violence conjugale et d’un projet pilote visant la révision des dossiers d’agression sexuelle.

Ces annonces ont été faites dans la foulée des nombreuses situations de violence sexuelle et d’homicide conjugal rapportées dans les médias au cours des derniers mois, mais sont aussi le résultat des efforts déployés par des groupes féministes, tels que la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.

Inspirées de structures en place dans d’autres provinces et d’un modèle développé à Philadelphie, ces initiatives prévoient notamment une collaboration entre les différents acteurs du système de justice et les organismes spécialisés en violences faites aux femmes. Si ces initiatives sont prometteuses, c’est lors de leur mise en oeuvre que nous verrons si les instances gouvernementales et les acteurs du système de justice ont une volonté réelle d’investir dans ces initiatives pour amener des changements significatifs et durables dans la façon dont ils interviennent auprès des femmes victimes de violence.

Expertise

Le succès de ces initiatives repose d’abord sur une reconnaissance de l’expertise développée par les groupes féministes au cours des quatre dernières décennies, en offrant des services directs aux survivantes de violence et en luttant pour la défense de leurs droits individuels et collectifs.

La reconnaissance de cette expertise devrait donc se refléter concrètement dans la composition et dans les modalités de fonctionnement des comités chargés de l’examen des décès liés à la violence conjugale et de la révision des plaintes d’agression sexuelle. Ainsi, les représentantes des groupes féministes devraient être en nombre suffisant et devraient avoir un statut leur permettant de jouer un rôle de leadership au sein de ces comités.

Pour amener des changements significatifs et durables, les membres des comités doivent d’abord avoir accès à toutes les informations qu’ils jugent nécessaires pour réaliser un examen complet et approfondi des dossiers, sans se limiter aux documents soumis volontairement par les différents acteurs du système de justice concernés par ces dossiers.

De plus, même si le travail de ces comités vise généralement à amener des changements tout en évitant de mettre en cause des individus pour les erreurs commises ou pour les problèmes existants, des mécanismes devraient être en place pour sanctionner les individus qui ont eu des comportements inadéquats.

Par ailleurs, des mécanismes devraient être en place pour permettre aux comités de faire un suivi de leurs recommandations et de s’assurer qu’elles sont mises en oeuvre par les différentes instances gouvernementales et par les acteurs du système de justice.

Liberté d’expression

Bien que la contribution des groupes féministes soit essentielle pour assurer le succès de ces initiatives, leur participation à ces comités ne doit absolument pas compromettre leur indépendance par rapport aux instances gouvernementales et à leur liberté de s’exprimer publiquement sur des enjeux liés au travail réalisé par ces comités.

Ainsi, même si des mesures doivent être prises pour assurer la confidentialité de certaines informations soumises aux membres des comités, les règles relatives à la confidentialité devraient être circonscrites et se limiter aux informations personnelles contenues dans les dossiers étudiés.

La participation des groupes féministes à ces initiatives ne devrait donc pas les empêcher de dénoncer les lacunes présentes dans le système de justice ou de critiquer publiquement certaines décisions ou mesures gouvernementales. De plus, ces groupes devraient avoir la possibilité, en cas de désaccord, de se dissocier publiquement de certaines recommandations émises par les comités.

En somme, ces initiatives prometteuses ne doivent pas être utilisées, volontairement ou involontairement, pour museler les groupes féministes qui militent depuis plusieurs décennies pour la défense des droits des femmes victimes de violence, puisque la poursuite des progrès et des luttes contre les violences faites aux femmes dépendent de la vitalité de ces groupes.

1 commentaire
  • Claude Poulin - Abonné 6 janvier 2018 10 h 17

    Repenser ce titre

    "Violences faites aux femmes: des initiatives prometteuses". Vous croyez!