Une année pénible pour le milieu de la santé

Les décisions du ministre Barrette portent considérablement atteinte au droit de la population québécoise à des soins de santé et à des services sociaux de qualité, estime l'auteur. 
Photo: Getty Images Les décisions du ministre Barrette portent considérablement atteinte au droit de la population québécoise à des soins de santé et à des services sociaux de qualité, estime l'auteur. 

Recul de l’accès, diminution et réduction des services, réseau fragilisé et affaibli, épuisement du personnel, démotivation, c’est ainsi qu’on peut résumer l’année 2017 en Santé et Services sociaux (SSS).

Si les manières du ministre Barrette ont été amplement critiquées, son oeuvre est encore bien pire parce qu’elle porte considérablement atteinte au droit de la population québécoise à des soins de santé et à des services sociaux de qualité. L’objectif du gouvernement n’est plus que le système public de SSS réponde aux besoins de la population, mais plutôt qu’il offre un même service partout, indépendamment des milieux, comme si c’était un McDonald’s.

Les problèmes augmentent partout dans le réseau public. En voici un bref survol.

Les centre intégrés de santé et de services sociaux (CISSS/CIUSSS) (nés des fusions de la loi 10) : dénués de représentation citoyenne, membres au pouvoir sont limité, les conseils d’administration n’en ont pas moins un potentiel de conflits d’intérêts explosif. Ils suivent un modèle de gestion privée inadapté pour un réseau public de SSS, avec tout ce que cela entraîne en terme de planification et de gestion de la main d’oeuvre, de la manière de rendre les services, du financement ;

Planification de la main-d’oeuvre : la priorité est aux contraintes budgétaires immédiates, aux dépens des besoins de la population, sans vision à long terme ;

Santé mentale des intervenants : le personnel essoufflé et surchargé est en état de détresse psychologique, vit une perte de sens de leurs professions et se bute à un système qui ignore les besoins réels, tant les siens que ceux de la population ;

Soutien à domicile : statistiques à l’appui, on assiste à une baisse de services résultant d’une révision des critères d’admissibilité (contraintes budgétaires obligent, gestion privée fustige). Ainsi des personnes handicapées voient leurs services coupés de moitié (de 40 à 28 heures par semaine), par « souci d’équité » avec les autres qui en ont aussi besoin ;

Gestion par statistiques : accentuation de la pression sur les intervenants pour l’atteinte de cibles statistiques irréalistes ; on vise le volume plutôt que la qualité. La relation d’aide est vue comme une chaîne de montage ;

Financement à l’activité (axé sur les patients) : le moule du financement historique est cassé, les établissements sont maintenant financés au volume d’activités (selon les résultats). Restent les chirurgies, dont le projet pilote de deux ans dans des cliniques privées se terminera en février prochain. Après quoi, le financement à l’activité pourra être généralisé. Dès le prochain budget Leitão, le patient ne sera plus une personne ayant besoin d’aide et de soins, il deviendra un « revenu » ; on traitera les patients les plus payants pour assurer le refinancement des CISSS-CIUSSS ;

OPTILAB : poursuite de la centralisation régionale des analyses de laboratoires. Résultats : des ratés dans les transferts et dans le transport des échantillons, des prélèvements perdus ou des délais supplémentaires, des décisions coûteuses et bâclées ;

GMF et supercliniques : le ministre a poursuivi le démantèlement des CLSC, la première ligne du réseau public, pour en recréer une nouvelle dans le privé, avec moins de services qu’en CLSC, inégale d’un GMF à l’autre, avec financement public, mais sous contrôle unique des médecins propriétaires ;

Les Centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles du spectre de l’autisme (CRDI TSA) : ces personnes sont oubliées, elles ne sont pas prises en compte, surtout les adultes à déficience lourde ;

Les Centres jeunesse : manque flagrant de ressources, personnel à bout de souffle qui évolue dans un milieu encore trop empreint de violence ; l’accent est mis sur la réduction à tout prix des listes d’attente, mais la prise en charge ne suit pas ;

Les Centres de jour, les Centres de réadaptation en dépendance : on coupe, on ferme, on communautarise ; délai jusqu’à un an pour recevoir un premier épisode de services ; perte potentielle de l’expertise dans le réseau public, remplacée par le privé ou le communautaire ;

Hébergement : des cas de plus en plus lourds, dans des ressources intermédiaires de plus en plus inaptes à la prise en charge en raison de la concomitance et de la lourdeur des problèmes. Beaucoup d’incidents en santé et sécurité du travail pour le personnel ;

Santé mentale : annonce de prise en charge de la psychothérapie par le réseau public de SSS grâce à un investissement de 35 millions ; mais finalement, ce sera plutôt au privé, sous l’autorité des médecins des GMF, avec un financement public ; et 600 000 rendez-vous (RV) annuels annoncés, ça fera en moyenne 2,43 RV par personne, soit environ 145 minutes (à 60 minutes par RV) pour régler un problème de santé mentale.

Cet état des lieux ne reflète qu’une partie de la réalité : les régions éloignées des grands centres écopent plus encore parce que même avec moins de services publics, elles ne représentent pas un marché intéressant pour le privé.

L’année 2018 pourrait marquer une pause dans les coupes et les restrictions budgétaires. Mais tout cela ne sera qu’apparence. N’oublions pas que nous serons en période préélectorale.

11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 30 décembre 2017 05 h 38

    Un ministre de santé arrogant et incompétent!

    Merci, monsieur Benoit, pour ce bilan triste de la dégradation de notre système de soins de santé, maintenant ouvert à la privatisation. Votre exposée démontre l'incompétence du ministre Barrette, qui a détruit notre réseau de santé en le traitant comme une usine en chaine de montage. Il faudrait se débarrasser, le plus vite possible, de ce gouvernement arrogant et incompétent. Quelle honte!

    • Marc Therrien - Abonné 30 décembre 2017 15 h 48

      Et je me demande s'il y a beaucoup de candidats en lice qui convoitent ce poste de Ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec qui m’apparaît plutôt comme un «tue-monde».

      Admettons qu’on congédie le PLQ pour le remplacer par la CAQ aux élections de 2018, qui verriez-vous comme successeur de Gaétan Barrette? Imaginez maintenant Gaétan Barrette remplacer Diane Lamarre comme porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé et d'accessibilité aux soins. Il pourrait prendre un malin plaisir à chantonner ce refrain de Félix Leclerc :
      «Attends-moi Ti-gars.
      Tu vas tomber si j'suis pas là.
      Le plaisirs de l'un
      C'est d'voir l'autre se casser l'cou.»

      Marc Therrien

    • Jean-Yves Arès - Abonné 31 décembre 2017 13 h 33

      M. Therrien, il faut se rappeler le chemin de m.Barrette a son entré en politique.

      Candidat pour la CAQ il s'est fait sollicité et par le parti Libéral, et par le parti Québécois...

      Les trois partis les plus importants le voulaient, simplement parce que cette personne démontre une capacité rare autant a communiquer qu'a ne pas se laisser "perturber" par les pressions de part et d'autres, que par sa connaissance du milieu et de ses capacités intellectuelles.

      Et on ajoute a cela une indépendance financière qui le met a l'abris du besoin de se soucier de son après-politique.

      Évidement pour le milieu syndicale, de toute acabit, c'est un casse-pieds totale...

      Bref, un personnage précieux pour le public, et honnis par les intérêts privés !

    • André Nadon - Abonné 1 janvier 2018 10 h 15

      Monsieur Arès,
      j'ignore les motifs de vos préjugés contre les organisations syndicales" de tout acabit", qui selon vous, sont responsables de tous les maux qui nous affligent. Vous oubliez que M. Barrette fut lui-même, chef syndical. Sans doute préférez-vous M. Bouchard, actionnaire principal des "Couche-tard", maintenant milliardaires, qui s'opposait à l'augmentation du salaire minimum dans ses magasins pour cause de non-compétitivité.
      Vive le capitalisme et à bas les syndicats qui nous appauvrissent!

  • Josée Duplessis - Abonnée 30 décembre 2017 08 h 57

    un système dangereux

    C'est un résumé assez accablant pour le parti au pouvoir.
    L'état des lieux est laissé à l'abandon presque.
    Privatisation et coupures ça semble être acquis et immuable.
    Encore plus effarant car ni le PLQ ni la CAQ ne semble changer d'idée
    Ils sont pour l'efficacité par la rentabilité.
    Au diable les aînés, les malades et les plus démunis. Ils ne sont pas payants pour ces deux partis.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 décembre 2017 09 h 00

    Bref !

    « Les problèmes augmentent partout dans le réseau public. En voici un bref survol. » (Jacques Benoit, Coordonnateur, Coalition solidarité santé)

    De ce survol, il est intéressant d’observer l’absence des mots « promotion-vigilance des droits », des mots qui semblent ne pas convenir aux problèmes relevés, d’autant plus que la Réforme Barrette les a comme escamoté en défaisant des structures de sensibilisation à cet effet !

    De plus, il convient de constater que cette Réforme prévoit s’installer dans le réseau communautaire, et ce, avec des balises qui ressemblent à la gestion des ressources étatiques ou publiques en matière de santé et services sociaux.

    D’exemple, en « déficience intellectuelles », on cherchera à comptabiliser la présence des personnes d’abord de la même façon que les CRDI d’autrefois qui le faisaient, notamment concernant, entr’autres, la prestation de services socio-professionnels (contrat de services) : actuellement le milieu communautaire demande environ entre 24 et 30 dollars par personne afin qu’elle puisse s’intégrer audit service sinon elle demeurera en famille d’accueil ou ailleurs sans rien « faire » !

    De ce survol, il est d’intérêt d’observer que plus ça change plus c’est du pareil au même, hélas !

    Bref ! - 30 déc 2017 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 décembre 2017 12 h 40

      « déficience intellectuelles » : lire plutôt « déficience intellectuelle » (nos excuses) ;

      "environ entre 24 et 30 dollars par personne" : ajouter " environ entre 24 et 30 dollars par personne par jour" (nos excuses) .

  • Richard Desmarais - Abonné 30 décembre 2017 10 h 06

    Patient économique

    Et n'oublions pas qu'en 2017 le patient est devenu un membre privilège de la "patientèle'.

    Santé à tous pour 2018!

  • Marc Therrien - Abonné 30 décembre 2017 16 h 49

    En apparence, tout va mal...et vers le pire?


    J’imagine que le rôle professionnel et social de M. Benoit et de l’organisme qu’il représente consiste essentiellement en la critique des pouvoirs en place qui bafouent le droit à la santé des citoyens qu’ils défendent. Il leur faut donc savoir identifier les problématiques sans nécessairement avoir des idées de solutions à proposer, ce que M. Benoit fait avec excellence dans ce texte.

    Car s’ils se sentaient davantage compétents que les gouvernements qu’ils dénoncent et qu’ils avaient des solutions, on imagine facilement qu’ils seraient motivés à faire le cheminement politique requis leur permettant d’accéder au pouvoir de façon à ce qu’ils puissent agir pour transformer le système de santé en vue qu’il assure plus efficacement le droit à la santé de l’ensemble de la population québécoise.

    Le règne de Gaétan Barrette ne sera pas éternel. Une fois qu’il aura quitté, beaucoup de personnes pourraient être déçues de constater que «les problèmes augmentent partout dans le réseau public» d’année en année malgré la meilleure volonté du ou de la ministre qui le remplacera. Et ainsi, parlant d’apparences, ces personnes déçues pourraient bien s’en servir pour se satisfaire d’en imputer la responsabilité à Gaétan Barrette et à son legs. On pourra alors leur rappeler cette pensée d’Henri Jeanson : "On ne vit que d’illusions. Les apparences sont infiniment plus savoureuses que les réalités."

    Marc Therrien