Il faut mettre le gouvernement autrichien au ban de l’Europe

Le nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz
Photo: Vladimir Simicek Agence France-Presse Le nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz

Disons-le clairement : les héritiers du nazisme sont en position de force dans le nouveau gouvernement autrichien. En conséquence, les États et les sociétés civiles d’Europe doivent agir avec détermination pour mettre ce gouvernement au ban de l’Europe et boycotter la présidence autrichienne de l’Union européenne.

Je sais que cette position, consensuelle lors de la précédente participation du FPÖ au gouvernement de 2000 à 2006, ne l’est plus aujourd’hui. L’héritage nazi serait-il moins infamant aujourd’hui qu’hier ? La nature exterminatrice des référents idéologiques du parti serait-elle moins dangereuse aujourd’hui qu’elle ne l’était hier ?

En effet, si ce sont essentiellement les discours antimusulmans et xénophobes, en particulier à l’encontre des réfugiés, qui ont permis au FPÖ de revenir sur le devant de la scène politique, sa matrice idéologique n’a pas varié.

Les incidents antisémites qui ont émaillé la campagne, dont certaines déclarations du nouveau chancelier, Kurz, confinant à l’antisémitisme ont montré que ce dernier progresse et gagne en virulence dans son expression politique, au FPÖ comme dans plusieurs autres mouvements et partis.

Un certain effacement de la mémoire de la Shoah dû à l’éloignement de l’événement dans le temps et à la disparition des rescapés, surtout dans ce pays qui n’a pas connu de véritable dénazification ou de travail de mémoire sérieux, joue certainement un rôle dans la permissivité avec laquelle le FPÖ est de nouveau entré au gouvernement.

L’attraction qu’exerce le nationalisme sur la jeunesse, qui, en Autriche comme ailleurs, compte parmi ses plus importants soutiens, également.

Ce qui constitue la funeste originalité autrichienne, c’est l’apathie de la société civile. Alors que cela fait deux mois que les négociations avec l’extrême droite en vue de la formation du gouvernement ont été engagées, elle n’a pas fait sérieusement entendre sa voix. Comme si le contrôle de la vice-chancellerie par un ancien proche des milieux néonazis et de ministères régaliens par son parti ne méritait pas de fortes mobilisations.

L’action des États d’Europe et de la société civile, en Autriche comme ailleurs sur le continent, doit désormais être vigoureuse et déterminée. Ne pas contester fortement ce gouvernement, au-delà de quelques protestations de forme, serait une faute politique et morale majeure.

Il s’agit d’éviter une fracturation de notre continent et de l’Union européenne concernant les valeurs de nos sociétés, comme la nature de nos systèmes politiques. Cette fracturation est déjà entamée, notamment entre l’Ouest et l’Est, où plusieurs régimes ne peuvent plus être qualifiés de démocraties, comme en Hongrie ou en Pologne. Elle concerne l’ensemble de notre continent, où l’attachement aux valeurs d’égalité, de justice et de liberté qui fondent la démocratie ne fait plus unanimité au sein des populations. La récente grande manifestation européenne de 60 000 nationalistes extrémistes à Varsovie a illustré la force de la contestation radicale de ces valeurs. Cette fracturation pourrait être fatale à l’UE et à la démocratie libérale comme système politique et de valeurs de nos pays.

Aussi, la société civile et les États d’Europe doivent mettre au ban ce gouvernement autrichien.

Concrètement, cela signifie tout d’abord des mobilisations populaires en Autriche. Associations, intellectuels, artistes, citoyens et autorités locales doivent s’engager ensemble, avec les étrangers qui font preuve de solidarité internationale avec eux, pour faire vivre la démocratie. Ces mobilisations doivent être accompagnées par des actions de soutien de la société civile dans les autres pays d’Europe.

Cela signifie également, à l’instar de la position commune européenne en 2000, que les ministres d’extrême droite ne doivent être reçus par aucun de leurs homologues européens, qui ne doivent participer à aucune réunion avec eux. La société civile devra, à l’occasion des déplacements à l’étranger du chancelier Kurz ou des ministres de son parti, signifier un rejet ferme de son alliance avec le FPÖ.

Cela implique aussi le boycottage par les chefs d’État et de gouvernement de la présidence autrichienne du Conseil de l’Union européenne, entre le 1er juillet et le 31 décembre 2018, afin de signifier en actes la primauté des valeurs humanistes de l’Europe.

Enfin, il est essentiel d’engager des initiatives européennes ambitieuses, qui mettent notamment la jeunesse en son coeur, suscitent son adhésion et approfondissent la démocratie. Par exemple, la généralisation de la circulation des jeunes en Europe autour d’un « Erasmus universel », soutenu par la jeunesse à travers le continent, contribuerait à constituer une identité et une société civile européennes. Celles-ci sont fondamentales pour l’existence d’institutions communes, et leur formation se situe à l’opposé des projets de haine et de renfermement proposés par le nationalisme et par l’islamisme.

De notre réaction à l’accession du FPÖ à une position de force au sein du gouvernement autrichien dépend en partie la nature de notre avenir européen partagé. En Autriche et ailleurs, il nous faut être à la hauteur de l’enjeu.


 
7 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 décembre 2017 07 h 02

    La pointe de l’iceberg

    La montée de l’extrême-droite — en Autriche comme aux États-Unis et au Québec — est liée à l’essort de la droite. Tout comme tout glissement prononcé vers la gauche est associé à un regain de popularité de l’extrême-gauche.

    Parce qu’il n’y a pas de frontière entre les deux.

    Boycotter un peuple parce qu’il s’illusionne ne fait que le raidir dans ses choix.

    Pour combattre l’extrême-droite, il faut assécher les finances des groupes de réflexion qui trouvent constamment de nouveaux moyens de monter le peuple contre lui-même, de dresser les ouvriers contre les pauvres (associés à des paresseux et à des profiteurs), à dresser des femmes contre d’autres femmes (habillées différemment), à favoriser la guerre et les crises migratoires qui en découlent (parce que la xénophobie que cela provoque distrait le peuple de la suprématie des possédants).

    Et pour assécher les finances de ces groupes de réflexion, il faudra s’attaquer aux paradis fiscaux qui permettent à ceux qui les financent d’engranger des sommes colossales tout en exigeant des États qu’ils réduisent la fiscalité à leur égard. Et pour se faire, d’affamer leur propre peuple.

    La xénophobie du peuple autrichien n’est pas nouvelle. Le retour de l’extrême-droite se produit parce que toutes les conditions s’y prêtent.

  • Bernard Terreault - Abonné 19 décembre 2017 08 h 41

    Et maintenant, rajoutez l'Espagne

    Ça fait maintenant au moins quatre, sinon cinq pays (Autriche, Pologne, Hongrie, Espagne, et peut-être Tchéquie) dans cette Europe de mois en moins unie, qui ont viré dangereusement vers le fascisme. Elle aurait peut-être dû rester à six. Qui trop embrasse, mal étreint. Comme les Nations-Unies avec les vétos des "cinq grands" qui bloquent tout ce qui ne plait pas à l'un ou l'autre de ces cinq états nouvellement ou anciennement impérialistes.

    • David Cormier - Inscrit 19 décembre 2017 10 h 41

      Vous en voyez beaucoup dans les mouvements de l'extrême-gauche "anti-raciste" dénoncer le déni de démocratie patent qui se déroule devant nos yeux en Espagne dans une indolence généralisée? Bien sûr que non! Mater du nationaliste, c'est le souhait le plus ardent de cette extrême-gauche qui se range maintenant sans aucune gêne du côté des grands pouvoirs capitalistes centralisateurs que sont l'Union européenne et le Canada de Trudeau.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 19 décembre 2017 13 h 26

      La Hongrie parce qu'elle résiste à Georges Soros? Je suis d'accord avec vous pour l'Espagne, parce qu'elle est autoritaire et antidémocratique et voilà que le Parlement européen avait le pouvoir de grogner, mais on préfère de loin l'antiracisme qu'une véritable dénonciation de l'autoritarisme quand il se présente pour vrai. Ce double standard : condamner le cas hypothétique des pays au cas où un jour l'extrême droite en viendrait à tolérer des policiers qui battent des gens dans les rues et tolérer les pays qui le font cette dérive pour vrai, mais qui souscrivent à ses «valeurs».

      «Virer dangereusement» est un sophisme. C'est l'Europe qui vérouille la démocratie, par exemple avec son parlement qui «autorise» le Glyphosate. Comment, avec un tel parlement, les peuples peuvent véritablement se prononcer.

      D'un côté on autorise Monsanto et de l'autre on interdit les produits de la chasse aux phoques, ce qui détruit nos commuautés inuites.

      Je suis d'accord avec vous, mais je serais justement prudent dans les dénonciation du «fascisme».

  • Charles-Étienne Gill - Abonné 19 décembre 2017 13 h 18

    Pensée totalitaire

    C'est la pensée véhiculée par l'auteur de ce texte qui est dangereuse.

    On ne livre RIEN, mais RIEN qui soit incriminant, on énonce que le gouvernement serait d'extrême droite, lié au nazi, mais on ne donne aucun fait pour justifier cette accusation et ensuite on prétend que l'on doit mettre au ban un gouvernement.

    D'abord son antiracisme est tellement à la mode que l'on se permet d'écrire sans même se rendre compte que des pans du texte ne respectent pas la syntaxe, c'est à croire que le texte a été traduit par Google :

    « L’attraction qu’exerce le nationalisme sur la jeunesse, qui, en Autriche comme ailleurs, compte parmi ses plus importants soutiens, également. »


    Il n'y a même pas de propos à cette phrase. Et en quoi le nationalisme serait-il dangereux? Quand un pays investit dans son économie, sa culture, son industrie, quand il agit à l'international afin d'augmenter la puissance d'agir de ses citoyens, c'est du nationalisme. Nationaliser l'hydroélectricité, c'est du nationalisme, en quoi est-ce mal?

    Parce que ça nuit aux intérêts néolibéraux des multinationales de l'Europe et qu'une identité nationale forte est garante d'un démocratie elle aussi soucieuse de défendre les intérêts du peuple qui l'exerce?

    Entendons-nous, on stigmatise des partis parce qu'ils menacent les élites économiques et une vision du monde qui dépolitise les peuples.

    On ne peut gagner ce combat par la raison alors on mobilise les étiquettes péjoratives. Voici un extrait, en anglais, de la plateforme du FPO, je ne vois là rien de dramatique :


    « Austria is not an country of immigration. Legal and legitimate immigrants who are already integrated, who can speak the German language, who fully acknowledge our values and laws and have set down cultural roots should be given the right to stay and obtain citizenship. »

    L'Autriche a le droit de ne pas imiter l'Allemagne et je suis certain que la société civile s'y porte très bien... elle est juste en désaccord av

  • Donald Thomas - Abonné 19 décembre 2017 14 h 28

    En même temps...

    On croit à la démocratie et au droit de vote universel, ou on n'y croit pas. On ne peut pas être en faveur seulement quand le résultat nous plaît.
    Personnellement, je n'ai absolument rien contre le nouveau gouvernement autrichien. Ce basculement vers des gouvernements plus nationalistes était prévisible. Pendant 20 ans, 30 ans, 40 ans, les gouvernements ont voulu imposer une société artificielle, dans laquelle monsieur-tout-le-monde ne se reconnaît pas. On sape l'identité nationale en voulant substituer un concept de "nationalité européenne", en standardisant les normes, en faisant entrer inconsidérement des gens qui ne sont pas assurés de s'intégrer et qui n'essaient même pas, en fait.
    Ce n'est qu'un début, j'ai bien l'impression.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 19 décembre 2017 19 h 43

    Position de l'auteur très exagérée

    Alors, est-ce que les Autrichiens seraient à deux doigts de se lancer dans des crimes de masse? Cette opinion de M. Abtan en beurre plutôt épais. A commencer par recommander à la population de contester fortement le nouveau chancelier et le faire mettre au ban par les États d’Europe, question de morale apparemment.

    On dirait quelqu’un qui vient de partir en peur contre des idées jugées trop nationalistes et qui souhaite que tout le monde le suive dans son combat.