La Confédération de demain, 50 ans plus tard

La conférence Confederation of Tomorrow 2.0. rassemblera plusieurs politiciens et intellectuels issus des milieux tant universitaires que de la société civile, dont le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La conférence Confederation of Tomorrow 2.0. rassemblera plusieurs politiciens et intellectuels issus des milieux tant universitaires que de la société civile, dont le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Au Canada, la fin de l’automne en 1967 a été marquée par la tenue de la conférence Confederation of Tomorrow, organisée à Toronto par John Robarts, alors premier ministre de l’Ontario. La rencontre avait rassemblé la plupart des premiers ministres provinciaux de l’époque. Les enjeux liés au biculturalisme et au bilinguisme, au constitutionnalisme et à l’étendue des pouvoirs des provinces figuraient parmi les thèmes sur lesquels on devait faire le point. C’était surtout l’occasion d’opérer un dialogue entre les partenaires de la fédération canadienne et de faire preuve de leadership pour penser l’évolution du fédéralisme.

Cinquante ans plus tard, le Mowat Center de l’Université de Toronto organise du 11 au 13 décembre la conférence Confederation of Tomorrow 2.0. Dans cette rencontre rassemblant plusieurs politiciens et intellectuels issus des milieux tant universitaires que de la société civile, il sera question principalement du rôle des provinces comme acteurs de changement capables d’initiatives novatrices pour imaginer l’avenir de la fédération canadienne. Pour le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui y prononcera un discours, ce sera un véritable test pour voir jusqu’où il est prêt à défendre avec authenticité les principes que contient la nouvelle Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes que son gouvernement a présentée le 1er juin 2017.

En particulier, il s’agit d’un forum exceptionnel pour réitérer avec force qu’au sein de la fédération canadienne, nous ne devons pas laisser au gouvernement central le monopole du discours sur le bien commun et la justice sociale. Sur les traces de la vision de John Robarts, qu’il exprima clairement avec Jean-Luc Pepin dans la Commission de l’unité canadienne (1977-1979), il faut réitérer que « le Québec est différent et devrait détenir les pouvoirs nécessaires à la préservation et au développement de son caractère distinct » et que « toute solution politique qui ne répondrait pas à cette attente » est contraire à une véritable culture fédérale. Plus largement, pour Pepin-Robarts, l’équilibre politique canadien devait reposer sur deux piliers fondamentaux : la dualité et le régionalisme.

Évidemment, il faut éviter la paresse et faire preuve d’un peu d’originalité pour actualiser la vision de Robarts, laquelle n’est d’ailleurs pas très loin de celle d’André Laurendeau. D’abord, il faut dépasser le mythe de la dualité, et embrasser celui de la multinationalité. Il s’agit d’une condition nécessaire afin de penser une fédération hospitalière envers sa diversité profonde dans laquelle tous les partenaires de l’association politique pourront s’y retrouver. C’est seulement à ce moment que chacun pourra participer à sa manière à l’édification de cette fédération qui appartiendrait au monde de demain, pour reprendre et adapter l’expression de Pierre Elliott Trudeau.

Égalité et équité

Ensuite, tout comme le préconisait Robarts, il importe que le fédéralisme au Canada sache parler le langage de l’asymétrie. L’égalité doit être réalisée par le prisme de l’équité : les sociétés distinctes québécoises, autochtones, anglo-canadiennes, acadiennes et les minorités francophones nécessitent des arrangements institutionnels différenciés qui leur permettent respectivement de s’émanciper et de consolider ce qui fait d’elles des communautés politiques originales. Le principe de la stricte égalité des provinces, aveugle aux différences, et l’idée selon laquelle tous les individus doivent être canadiens « d’abord et avant tout » figurent parmi les ingrédients qu’il est nécessaire de rejeter pour favoriser l’épanouissement véritable de cette « étrange multiplicité » qui caractérise le relief sociopolitique au Canada.

S’il importe donc de penser les conditions pour une autonomie institutionnelle des partenaires de l’association politique, il faut tout autant que le fédéralisme au Canada sache adopter l’agir de la gouvernance partagée. Si les provinces ont très peu de pouvoir pour changer quoi que ce soit par exemple à la Conférence des premiers ministres — rencontre que le premier ministre de la fédération convoque ou non selon sa seule volonté —, il existe d’autres forums qu’elles doivent investir pleinement. Au premier chef, il faut voir le Conseil de la fédération (créé en 2003 sous l’influence du ministre québécois Benoît Pelletier) comme un tremplin privilégié pour exercer une réelle collaboration entre partenaires au Canada. À cet égard, il est grand temps qu’une place de choix soit réservée aux peuples autochtones au sein de cette organisation, tout comme il est grand temps que la fédération canadienne reconnaisse dans toute son originalité la légitimité du leadership des communautés autochtones pour penser l’être et le devenir de notre association politique.

Si le premier ministre Philippe Couillard embrasse pleinement les principes du fédéralisme que contient la Politique d’affirmation du Québec de son gouvernement, voilà quelques éléments sur lesquels il est primordial qu’il insiste lui aussi dans son discours et dans ses actions. Il s’agit d’un véritable test pour le leadership du Québec comme partenaire capable d’une vision audacieuse et authentique pour penser la fédération de demain.

18 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 11 décembre 2017 05 h 14

    La nation québécoise : un groupe ethnique ?


    Tout comme le gouvernement du Dominion canadien, l’auteur met dans le même sac « les sociétés distinctes québécoises, autochtones, anglo-canadiennes, acadiennes et les minorités francophones », les qualifiant de communautés politiques originales. Or, un groupe ethnique n’est pas une nation.

    Qui plus est, ce n’est pas la majorité québécoise qui est différente du reste de l’Amérique mais bien l’Amérique anglophone qui est différente du Québec. Aucune nation ne va son chemin dans le monde en psalmodiant : « Je suis originale, je suis distincte ! » Toutes s’estiment normales. Une nation annexée, a remarqué l’historien Maurice Séguin, l’est d’abord dans sa représentation d’elle-même, exactement comme des esclaves se perçoivent fréquemment avec les yeux de leur Maître.

    Si les Québécois en viennent un jour à se percevoir comme « originaux » en Amérique, ils seront portés à s'assimiler à la normalité continentale anglo-saxonne. Heureusement, pour la quasi-totalité des gens, le concept funeste de la prétendue originalité du Québec a jusqu’ici coulé comme de l’eau sur le dos d’un canard.

    Curieux que nos grosses têtes n’aient jamais saisi la nature empoisonnée du concept de « société distincte » et cherché à découvrir dans quel marécage anglo-fédéraliste elle a pris naissance.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 décembre 2017 12 h 20

      @ M. Michel Lebel

      Le mot "province" signifie "pour les vaincus".

  • Claude Bariteau - Abonné 11 décembre 2017 07 h 36

    Belotte et rebelotte


    Si je vous décode bien, vous vous attendez à ce que le PM Couillard harmonise sa mise canadienne avec le Canada de 1982, que lui a laissée le Gouvernement Trudeau après avoir changé les règles du jeu.

    Vous oubliez que cela s’est déjà produit. Après la « resoumission » des habitants du Bas-Canada à l’ordre britannique en 1840, certains artisans locaux qui y ont œuvré ont cherché de l'autonomie locale dans les années 1850. Comme ça convenait aux habitants de l’ex-Haut-Canada, des secrétariats pour affaires locales furent institués.

    L’élargissement de l’Union en 1867 leur donna plus de consistance, car furent créées des provinces à cette fin. Or, celle du Québec s'afficha autonomiste après la pendaison de Louis Riel, un peu plus lors de la conscription au cours de la Première Guerre mondiale et encore plus avec celle de la Deuxième Guerre mondiale.

    Il en découla une vague de revendications et d’affirmation en provenance du monde de la création et de bien d'autres au Québec, ce qui a nourrit la révolution tranquille et l’essor d’un projet de souveraineté partielle voire totale.

    C’est cette affirmation que le gouvernement Trudeau a matée. Depuis, ce pays est devenu multiculturel et centralisé. Comme les artisans des années 1850, vous évoquez la différence québécoise pour revendiquer des pouvoirs d'autonomie qui seraient légitimes dans une culture fédérale.

    Puis, bon joueur, vous acceptez les règles de la soumission de 1982 par originalité en misant sur la gestion par le secértariat québécois de la multinationalité canadienne, qui a ses particularités locales et grâce auxquelles le Québec, avancez-vous participera « à l’édification de cette fédération qui appartiendrait au monde de demain ».

    Franchement. Votre propos correspond en tout point aux visées britanniques de 1840 et 1867 et de celles du Canada de 1982. Il est passéiste et a tout d'une soumission volontaire.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 décembre 2017 08 h 55

      Et la promesse bafouée de Pierre Trudeau, au référendum de 1980,relativement à la question constitutionnelle? Qui mènera à « un coup d’État constitutionnel » :
      http://www.ledevoir.com/politique/canada/375153/co

      Et le rejet de l’accord du lac Meech où le Canada anglais reniera sa parole et sa signature, en 1990, alors que le Québec réintégrait la canadian constitution?

      Quant à la constitution de 1982, elle est BÉTONNÉE. D'autant plus que certaines provinces ont adopté une résolution s'obligeant à aller en référendum pour modifier la constitution.

    • Jacques Patenaude - Abonné 11 décembre 2017 09 h 00

      Bien d'accord avec vous M.Bariteau. Ressortir de vieux rapports tablettés dès les années '70 relève de la pensée magique. Trudeau père en bon autocrate qu'il était les a rangé à la poubelle. Son fils nous a bien expliqué que nous sommes maintenant dans un monde "post-national". Ce qui signifie inclut dans le Commonwealth appellation plus récente de l'empire britannique où l'héritage commun est celui de la culture britannique qui ne reconnaît que des minorités multiples célébrée dans la mesure où elle ne sont pas une menace à hégémonie anglo-saxonnes. Il n'y a pas de "sociétés distinctes anglo-canadienne". Pour ceux-ci Il n'y a qu'un peuple canadien dont la culture commune est anglo-saxonne qui gère des minorités à géométrie variables habilement utilisées pour maintenir la domination de l'état canadien. Les fêtes du 150 anniversaire l'ont amplement démontrées.

      L’égalité réalisée par le prisme de l’équité entre des sociétés distinctes serait probablement une solution viable pour les nations minoritaires incluses dans le Canada. En tout cas c'est un grand rêve que caressent depuis longtemps les Canadiens français. Mais rien actuellement ne permet de croire que ce rêve sortira de la poubelle où ils ont été rangés une fois de plus il y a 50 ans.
      Dommage sans doute mais j'ai bien peur que ce soit la réalité.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 décembre 2017 13 h 36

      M. Patenaude, le rêve, qui n'avait rien de grand de certains Canadiens français, a toujours été un hochet agité par des politiciens désireux de servir les dirigeants britanniques et canadiens en retour d'avantages.

      Déclarer le français langue officielle du Québec n'était pas de l'ordre du rêve. Ça affirmait qu'au Québec la langue commune, pas celle d'une grosse minorité, est la langue française et prime sur les autres langues.

      Il s'agissait d'une loi de laquelle devaient découler des règles en conséquence. Or, ce qui s'est passé n'en furent pas d'affirmer cette loi mais de l'ajuster aux dictats de la Cour suprême. Conéquemment, aujourd'hui, les services du Québec sont bilingues et les jeunes apprennent à servir dans les deux langues canadiennes.

      Pour les gens qui ne sont pas de langue française, ça leur dit que la langue française, qui est officielle au QUébec, ne l'est pas puisqu'ils n'ont pas à la parler pour recevoir les services qu'offre le gouvernement du Québec.

      Pire, comme je l'ai noté, leur environnement médiatique n'en est pas un français et la vision du Québec est celle que véhiculent des médias accessibles à ces gens de sorte que la langue du Québec est redevenue celle de la grosse majorité à qui des animateurs leur traduisent un mot français en anglais pour leur bien.

      Dans mon commentaire, dont le titre a trop de « t », j'avance que la quesion n'est pas que le français devienne la langue des Canadiens français mais soit comme le dit la loi la langue afficielle de l'État du Québec qt que cet État se dote de moyens à cette fin de façon unilatérale.

      Ce faiaant, il ne s'agit pas d'affirmer au Canada la dualité canadienne. Elle n'a jamais existé et n'existera jamais.

      Il s'agit d'affirmer un État de langue française et de le construire, ce qui implique plus que d'y extraire le PLQ, le bras droit du Canada, mais de concevoir avec les habitants dont le Québec est la patrie un avenir avec pour cap un pays qu'ils contrôlent.

    • Jacques Patenaude - Abonné 11 décembre 2017 17 h 55

      @Bariteau
      Je suis d'accord avec votre commentaire  sauf que je constate dans mon commentaire que ce rêve d'un Canada multinational fait encore recette auprès des Canadiens français du Québec peu importe ses aléas. On peut s'en désoler mais c'est ce que j'observe. Quant à la question de l'indépendance je crois que son principal obstacle est ce rêve jamais réalisé mais jamais renié.

  • Jean Lapointe - Abonné 11 décembre 2017 08 h 07

    Pourquoi sauver la fédération à tout prix?

    «D’abord, il faut dépasser le mythe de la dualité, et embrasser celui de la multinationalité. Il s’agit d’une condition nécessaire afin de penser une fédération hospitalière envers sa diversité profonde dans laquelle tous les partenaires de l’association politique pourront s’y retrouver.» (Félix Mathieu)

    Est-ce que ce n'est pas là une autre façon de viser le multiculturalisme lequel consiste essentiellement à encourager la formation de ghettos au lieu de favoriser la formation de collectivités unies et solidaires?

    En tant que Québécois moi ce que je veux c'est quitter la fédération pour faire en sorte que les Québécois puissent être considérés comme des égaux et non pas comme des enfants abandonnés qui seraient accueillis dans une fédération plus hospitalière qu'elle ne l'est maintenant comme une bonne mère.

    Pourquoi vouloir à tout prix sauver la fédération canadienne comme semble le vouloir ce monsieur alors que nous avons au contraire tout avantage à faire du Québec un pays indépendant.

    Ne nous laissons pas prendre par ses lubies qui ne tiennent pas dutout compte du passé et qui sont des constructions complètement artificielles qui réduisent au rang de pions les hommes et les femmes concernés.

    Au Québec nous sommes nombreux à vouloir être des acteurs de notre avenir et non plus de simples sujets qu' on cherche à manipuler comme si nous n'étions que des objets et non pas des êtres humains.

    La fédération canadienne est déjà une construction artificielle qui n'a jamais reçu l'assentiment de sa population. Ce serait une erreur que de tenter de la maintenir dans cet état. Il y autre chose à faire de mieux.

    • Michel Lebel - Abonné 11 décembre 2017 11 h 32


      Pourquoi si la fédération est si mauvaise qu'une majorité de Québécois veut toujours rester dedans? Sont-ils si masochistes? Ou sont-ils de fieffés idiots? Inutile d'en dire plus!

      M.L.

    • Lucien Cimon - Abonné 11 décembre 2017 11 h 39

      Tout à fait d'accord.
      Une constitution rédigée par une élite pour ses propres intérêts ne doit pas servir à emprisonner un peuple.

    • Michel Thériault - Abonné 11 décembre 2017 12 h 53

      "Pourquoi si la fédération est si mauvaise qu'une majorité de Québécois veut toujours rester dedans? Sont-ils si masochistes? Ou sont-ils de fieffés idiots?" - Michel Lebel

      J'ose une réponse monsieur : Ils sont de fieffés idiots. Et manquent cruellement d'éducation. J'en suis désespéré.

      -Un apatride

    • Michel Lebel - Abonné 11 décembre 2017 16 h 25


      @ Michel Thériault,

      Mais si ces ''fieffés idiots'' avaient raison... En n'oubliant pas que la politique est toujours une affaire de raison... et de coeur.

      M.L.

    • Léonce Naud - Abonné 11 décembre 2017 16 h 33

      À Michel Lebel : montrez-moi un unilingue francophone qui ignore tout du Canada anglais et je vous montrerai un fédéraliste pur et dur...comme vous.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 11 décembre 2017 08 h 41

    "La confédération ou l'histoire d'un échec"-Fernand Dumont sociologue 1992-

    Le Canada n'a JAMAIS été une CONfédération.« La Confédération ou l’histoire d’un échec »-Fernand Dumont sociologue 1992-

    Et le « biculturalisme » de Laurendeau Dunton, selon le principe de « l’égalité entre les 2 peuples fondateurs » de Lester B. Pearson? Biculturalisme remplacé par Trudeau par le bilinguisme (un échec) et le multiculturalisme :un succès pour le fédéral et un drame pour la nation québécoise et la nation "canadienne française"; alors que le Québec est soumis à une constitution imposée de force.

    Le Canada n’a JAMAIS été une CONfédération! En 2017, le Québec est soumis à une constitution ILLÉGITIME( dixit Cour suprême) et les Francophones hors Québec se dirigent vers une assimilation intergénérationnelle.

  • Pierre Desautels - Abonné 11 décembre 2017 09 h 57

    Sorry, we don't speak french.


    C'est bien beau tout ça, Monsieur Mathieu, mais comment expliquez-vous que le site internet de l'événement est en anglais seulement?

    http://confederationoftomorrow.ca