Il faut moderniser la charte de l’Université de Montréal

L’Université de Montréal souhaite moderniser la charte dont découle son fonctionnement.
Photo: Alphonse Tran Getty Images L’Université de Montréal souhaite moderniser la charte dont découle son fonctionnement.

L’Université de Montréal, souhaitant moderniser la charte dont découle son fonctionnement, a sollicité le dépôt à l’Assemblée nationale du projet de loi privé 234, lequel sera étudié mercredi en commission parlementaire. La controverse que soulève toujours cette démarche laisse malheureusement dans l’ombre plusieurs questions. Nous, les chargées et chargés de cours de l’Université*, croyons donc utile de faire connaître notre point de vue. Après tout, nous sommes quelque 2500, et nous donnons la moitié des cours de premier cycle et un nombre grandissant de cours des cycles supérieurs.

Bien qu’on doive reprocher à la direction de l’Université d’avoir tenté de mener sa démarche tambour battant (ce contre quoi la communauté universitaire s’est élevée avec succès), sa volonté de moderniser sa charte répond à une nécessité certaine. Non seulement la dernière mise à jour de la charte date de 1967, mais plusieurs groupes de la communauté universitaire réclament depuis longtemps sa modification, à commencer par nous, qui voulons jouir de droits politiques qui correspondent à notre rôle. Or, parmi les propositions de modification, plusieurs ouvrent la porte à une représentation (la nôtre et celle d’autres groupes) nettement plus équitable dans les instances.

Rappelons que la plupart des modifications, adoptées au long de six séances de l’assemblée universitaire (AU), ne font que confirmer des pratiques, alors que d’autres ont été abandonnées en faveur du statu quo. En fin de compte, le projet de loi change peu l’équilibre des pouvoirs (entre les instances). Nous croyons même que celui-ci aurait pu être amélioré si une partie des professeurs ne s’étaient pas exclus des débats à l’AU.

Tout préoccupés que nous en soyons, nous ne voyons pas exactement en quoi la charte modifiée menacera la collégialité, ainsi que l’annoncent les détracteurs du projet. Il aurait été préférable que ceux-ci, plutôt que de jeter les hauts cris, se joignent à nous pour faire en sorte que la mise à jour de la charte, combinée à la révision annoncée des statuts de l’Université, donne naissance à une collégialité véritable, une collégialité qui inclut pertinemment toute la communauté universitaire et qui intègre pleinement les chargées et chargés de cours aux assemblées et conseils qui sont au centre de la mission d’enseignement.

Le syndicat des professeurs de l’Université prétend, sans véritablement justifier son assertion, que la nouvelle charte portera atteinte aux libertés « fondamentales » du corps enseignant. À notre avis, les atteintes que nous subissons (comme d’autres groupes de l’Université) sont rarement liées au texte même de la charte, modifié ou pas. Généralement d’un autre ordre, elles tiennent surtout à des abus gestionnaires, lesquels découlent le plus souvent d’une vision étriquée du droit de gérance.

Sur les intérêts particuliers

C’est à juste titre qu’on craint l’influence potentielle du monde des affaires sur le conseil d’administration d’une université, ou qu’on s’inquiète des risques de marchandisation de l’éducation. L’université est une institution publique et un bien commun, et, tout en se gardant de se replier sur elle-même, elle doit se mettre à l’abri des intérêts particuliers. Cependant, le problème n’est pas qu’il y ait au conseil des gens d’affaires, mais qu’il y en ait trop. Il est donc essentiel que le choix de ses administrateurs externes reflète la diversité de la société et celle des secteurs professionnels. Or le projet de loi est trop imprécis sur cette question.

Corollairement, il n’y a pas lieu d’opposer la présence au conseil des administrateurs externes et internes. Si les premiers enrichissent le conseil de leurs compétences et de leur point de vue, les seconds y apportent la connaissance fine du monde universitaire, de même que le pouls de sa communauté. Ni les uns ni les autres ne font nécessairement bloc, et ils peuvent, étant choisis par les bons mécanismes et se complétant, adhérer à une vision commune d’une université indépendante et au service du savoir. Cependant, pour garantir plus assurément l’équilibre des délibérations du conseil, le projet de loi devrait, plutôt que de donner la majorité aux externes, égaliser le nombre des internes et des externes.

En somme, comme les autres membres de la communauté universitaire qui, refusant la politique de la chaise vide, ont participé aux débats, nous croyons que le projet de loi bonifie partiellement la charte. Nos propositions d’amendements visent à mieux équilibrer et diversifier la composition du conseil de l’université. Enfin, nous appelons de nos voeux une loi-cadre qui, à la défense vigoureuse de l’enseignement supérieur et à l’écoute des citoyens, jugulerait les risques de dérive autoritaire ou néolibérale dans nos universités.

* À l’Université de Montréal, la désignation « chargé-e de cours » recouvre, outre celui de chargé-e de cours au sens strict, plusieurs titres d’emploi d’enseignant-e universitaire contractuel-le : accompagnateur-trice et coach de musique, chargé-e de formation pratique, superviseur-e de stages et chargé-e de clinique (en médecine dentaire, en optométrie et en orthophonie-audiologie).

2 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 5 décembre 2017 08 h 49

    Il y a ..

    Les gestionnaires/professeurs

    Les professeurs

    Les «chargés»

    Les «assistants»

    Mais où sont les employés de soutiens? Ne participent-ils pas, eux aussi, à la «vie» d'une «Université» ? Ne contribuent-ils pas à ce que les espaces puissent être «vivables»? Ont-ils une place? Peuvent-ils, eux aussi, «avoir des droits politiques(!?) correspondant à leurs rôles»?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 décembre 2017 09 h 40

      Où est la place des " étudiants" ?
      Ne sont-ils pas la raison d'être d'une Université...peu importe... laquelle!