Le retour à l’ère cléricale?

«L'Université aurait pu, à l’instar de ce que font les universités canadiennes anglophones, louer le 1420 par bail emphytéotique à une entreprise, encore mieux à un groupe sans but lucratif, pour que l’immeuble soit recyclé en complexe résidentiel pour des étudiants et des professeurs de passage,» selon l'auteur.
Photo: Jean Gagnon «L'Université aurait pu, à l’instar de ce que font les universités canadiennes anglophones, louer le 1420 par bail emphytéotique à une entreprise, encore mieux à un groupe sans but lucratif, pour que l’immeuble soit recyclé en complexe résidentiel pour des étudiants et des professeurs de passage,» selon l'auteur.

Dans une lettre d’opinion publiée dans Le Devoir de samedi, la chancelière Louise Roy plaide pour la mise à jour de cette charte qui date de 1967 (« Pourquoi moderniser la charte de l’Université de Montréal », 18 novembre 2017).

Elle considère qu’il faut « en retirer un certain nombre d’anachronismes — comme la nomination de membres du conseil par l’archevêque de Montréal » et lui ajouter des dispositions « qui reflètent mieux la réalité des pratiques de gouvernance actuelles ».

Une des dispositions qui s’imposent a trait à l’aménagement du campus. Son plan directeur d’aménagement date des années 1960, de l’ère du tout-à-l’auto. On n’a qu’à visiter le campus de l’Université McGill, emprunter la promenade du Philosophe du campus de l’Université de Toronto ou se délecter de celui de l’Université Simon Fraser à Vancouver pour se rendre compte que celui de l’Université de Montréal est un des plus mal aménagés de tout le Canada.

Pour amorcer un véritable changement, il y aurait lieu de nommer d’office dans son conseil d’administration deux professeurs compétents dans des domaines spécifiques, l’un en architecture et en urbanisme et l’autre en architecture de paysage.

Ces professeurs pourraient faire comprendre aux membres du conseil qu’il est possible de développer davantage le campus actuel tout en accroissant les espaces verts. C’est de cette façon que le recteur Gilles Cloutier a transformé la controverse suscitée au début des années 1990 par le projet du nouveau pavillon des HEC en une éclatante victoire. Il a tout simplement pris avis auprès de quelques professeurs de la Faculté de l’aménagement.

Aujourd’hui, il n’y a plus un seul citoyen qui, s’étant opposé à l’origine à ce projet, souhaiterait revenir à situation qui régnait à l’époque. Non seulement le pavillon des HEC est le plus convivial de tous ceux du campus, mais l’îlot en question, désormais accessible au public, a été paysagé d’une façon fort accueillante. Plus, grâce à l’intervention de la Ville en accord avec le rectorat, la circulation automobile a diminué dans les rues résidentielles du secteur grâce au changement de certains sens uniques.

Le 1420

Si les membres du conseil d’administration de l’Université de Montréal avaient pu être informés par un professeur compétent, jamais ils n’auraient géré le projet du 1420 d’une façon aussi aberrante. Car ils auraient appris qu’il était possible d’installer le complexe des sciences à la gare de triage d’Outremont tout en conservant le 1420 pour des activités utiles au campus.

Pour ne prendre qu’un exemple, l’Université aurait pu, à l’instar de ce que font les universités canadiennes anglophones, louer le 1420 par bail emphytéotique à une entreprise, encore mieux à un groupe sans but lucratif, pour que l’immeuble soit recyclé en complexe résidentiel pour des étudiants et des professeurs de passage. Elle aurait alors encaissé une rente annuelle, multiplié l’attrait de son campus tout en enrichissant le patrimoine de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal.

Hélas, maintenant, non seulement elle a perdu des millions de dollars en s’acharnant à vendre l’immeuble au privé, mais elle a rendu impossible désormais la candidature de cet arrondissement historique au patrimoine mondial de l’UNESCO, car cette institution n’acceptera pas qu’une université ait pu brader le patrimoine avec une telle outrecuidance.

Donc bravo si la modernisation de la charte de l’Université de Montréal peut favoriser le développement et l’aménagement cohérents du campus actuel, y compris celui satellite à la gare de triage d’Outremont. Il reste cependant une question essentielle : pourquoi faudrait-il exclure du conseil des professeurs de l’institution, comme le réclame la chancelière ? Parce que le recteur cherche à s’entourer de personnes qui pensent comme lui ? Ça, ce serait carrément le retour à l’ère cléricale !

2 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 27 novembre 2017 08 h 26

    Il est indéniable que les autorités de toute nature ont tendance à brader au plus offrant, de grands pans de notre héritage pour ne pas dire de notre patrimoine.

    Il faut dire que cet aspect des choses intéresse peu la population, parce qu’elle est tenue à l’écart de ces questions.

    Hormis quelques irréductibles, comme monsieur Marsan, qui crie dans Le Devoir, pour ne pas dire, dans le désert...

  • Michel Lebel - Abonné 27 novembre 2017 11 h 38

    Une question d'esprit...


    Le cléricalisme et l'obscurantisme menacent toute institution, y inclus les universités, surtout lorsque celles-ci deviennent dominées par l'esprit marchand. Toute université digne de ce nom doit être un lieu de contre-culture et d'esprit critique. Elle doit souvent prendre le risque d'aller à contre-courant. Une université ne doit jamais devenir une ''boîte'' comme les autres!


    M.L.