La déclaration Balfour n’est pas la cause du conflit israélo-palestinien

Chercher à voir en la déclaration Balfour la cause de tous les maux, c’est aussi faire abstraction de tout le passé des Juifs minoritaires au sein des pays arabes, estime l'auteur.  
Photo: Agence France-Presse Chercher à voir en la déclaration Balfour la cause de tous les maux, c’est aussi faire abstraction de tout le passé des Juifs minoritaires au sein des pays arabes, estime l'auteur.  

Quand on veut falsifier l’histoire, on accuse des éléments extérieurs de tous les malheurs sans jamais avoir à se responsabiliser le moindrement. C’est le ton de l’article relatif au centenaire de la déclaration Balfour, déclaration qui prévoyait la fondation d’un foyer national juif en Palestine (« Centenaire de la déclaration Balfour. Un acte fondateur du conflit en Palestine »).

Prétendre, comme le fait le professeur Samir Saul, que la déclaration de Balfour est à la source du conflit israélo-palestinien est insensé, puisque celle-ci reconnaissait les droits inaliénables du peuple juif sans pour autant disqualifier les droits et libertés des habitants arabes venus s’installer sur ce territoire depuis des régions voisines gouvernées par les Ottomans. En fait, les fondateurs de l’État d’Israël ont formulé la déclaration d’indépendance dans le même esprit que la déclaration Balfour en affirmant que tous les citoyens, sans égard à la race, à la religion ou au sexe, jouiraient de droits égaux dans le nouvel État.

Le professeur Saul devrait peut-être s’attarder à la politique arabe du rejet pour déterminer la racine de l’impasse actuelle, puisque ce sont les États arabes qui ont rejeté la proposition onusienne de partition de la Palestine mandataire britannique en deux États, l’un juif dans les régions où les Juifs formaient la majorité, l’autre arabe, là où les Arabes étaient majoritaires. De même, ce sont les États arabes qui ont refusé de reconnaître l’indépendance d’Israël et son droit d’exister, ce qui a mené à la guerre de 1948 et à toutes les guerres qui ont suivi depuis.

Les Juifs minoritaires

Chercher à voir en la déclaration Balfour la cause de tous les maux, c’est aussi faire abstraction de tout le passé des Juifs minoritaires au sein des pays arabes : les Juifs, les Kurdes ont souffert de persécutions récurrentes dans les pays arabes et les périodes d’accalmie dépendaient de la bonne volonté des souverains. Les Kabyles, les Coptes et bien d’autres minorités rêvent d’un statut d’autonomie et d’égalité qui les libérerait de la condition de soumis à laquelle ils ont été et sont toujours astreints.

Au début du XXe siècle, l’Angleterre évinça la présence ottomane, et la Palestine mandataire fut morcelée en ce qui constitue l’État actuel de Jordanie (60 % de la Palestine mandataire), l’État actuel d’Israël, ainsi que les territoires de Cisjordanie et de Gaza. Tant les Arabes que les Juifs jouèrent la carte britannique pour se libérer des Ottomans, et la déclaration de Balfour eut l’assentiment du roi Fayçal d’Arabie.

La déclaration Balfour et la ratification internationale qui a suivi ont validé le sionisme comme l’expression légitime des droits inaliénables du peuple juif dans sa patrie historique. Elle proclama vigoureusement que le droit du peuple juif à l’autodétermination était historique et moralement valide. La présence juive en Terre sainte n’a pas attendu la déclaration de Balfour pour se concrétiser. Depuis le milieu du XIXe siècle, les Juifs ont constitué la majorité de la population de Jérusalem.

Rejeter la reconnaissance des droits nationaux du peuple juif par la communauté internationale revient à nier les droits historiques et ancestraux des Juifs à la terre d’Israël. L’opposition véhémente des Arabes à la déclaration de Balfour était et demeure tributaire d’une perception anhistorique des Juifs comme des étrangers sans liens à la terre d’Israël et sans droit d’y vivre en tant que peuple. Tant que les Palestiniens et les voisins d’Israël persisteront à nier les droits nationaux des Juifs, le conflit israélo-palestinien, hélas, continuera à échapper à toute résolution négociée qui fasse justice aux aspirations légitimes des peuples juif et palestinien.

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17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 8 novembre 2017 01 h 09

    ainsi soit-il

    que penser du long trajectoire des juifs dans le monde, n'est-il pas unique, mais je me garderai bien d'en nommer les astuces , enfin, jusqu'ou avons- nous le droit de prendre tous les moyens pour survivre, n'est-ce pas le dire des prophetes, n'est-ce pas ce a quoi nous croyons, ainsi soit-il

  • Jacques Tremblay - Inscrit 8 novembre 2017 06 h 03

    Contradictions?


    La faute de l’un et la faute de l’autre

    Ouf!

    « Quand on veut falsifier l’histoire, on accuse des éléments extérieurs de tous les malheurs sans jamais avoir à se responsabiliser le moindrement. »

    Et

    « Tant que les Palestiniens et les voisins d’Israël persisteront à nier les droits nationaux des Juifs, le conflit israélo-palestinien, hélas, continuera à échapper à toute résolution négociée qui fasse justice aux aspirations légitimes des peuples juif et palestinien. »


    On ne peut pas dire que les contradictions étouffent M. Bensoussan.

    Décidément le jugement est une denrée bien rare sur cette planète.

    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 novembre 2017 06 h 29

    « Quand on veut falsifier … . »

    « Quand on veut falsifier l’histoire, on accuse des éléments extérieurs de tous les malheurs sans jamais avoir à se responsabiliser le moindrement. » (David Bensoussan, Professeur de Sciences, UQ)

    De cette citation, cette douceur :

    Effectivement, les falsificateurs d’histoire, un monde étonnamment nombriliste, aiment faire ou réviser l’histoire à partir de leur idéologie-orientation qui, politisée voire « racialisée » (?!?), la fonde ou la représente comme une « vérité » dite incontournable, surtout si elle provient d’autorités universitaires et onusiennes ; des autorités comme en-dehors de tout soupçon méthodologique et … de toute histoire-mémoire !

    De plus, lorsqu’il est question d’Israël, on-dirait que le nombre de falsificateurs tend à augmenter, d’autant que leur objectif, visant l’éradication-déracinement d’Israël de la carte géopolitique, cherche à promouvoir le « doute », les rumeurs, et j’en passe !

    De ce nombre, que faire-réagir ?

    « Quand on veut falsifier … . » - 8 nov 2017 -

  • Michel Lebel - Abonné 8 novembre 2017 06 h 51

    La cause...


    J'ai toujours pensé que la cause du conflit israélo-palestinien est la bêtise humaine. Et cette bêtise est assez équitablement partagée entre les pays de la région. Avec la raison et un coeur aidant, ce conflt pourrait se régler. Mais la route est longue et ardue: la bête résiste toujours bien. Paix, Shalom, Salam.


    M.L.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 novembre 2017 10 h 04

      La cause du conflit israélo-palestinien origine de la politique coloniale de l’État israélien en Palestine. Les Palestiniens n’acceptent pas d’être dépossédés de leurs terres par des colons israéliens.

      Tout les autres arguments invoqués sont des écrans de fumée.

    • Michel Lebel - Abonné 8 novembre 2017 11 h 54

      @ Jean-Pierre Martel,

      Israël continue de construire des habitations en Palestine occupée. C'est une gravissime erreur. Par là, elle fait perdurer le conflit: elle pense remporter ainsi des petites victoires, mais de fait elle se tire dans le pied.

      Quand, tant du côté palestinien qu'israélien, des hommes et des femmes politiques de grande valeur sortiront des rangs et diront: ça suffit. Le passé est le passé, on ne peut le changer. Le présent et l'avenir sont à nos deux peuples. Défaisons les murs et bâtissons la paix. Une paix juste et durable. Cela est possible, si raison, coeur et volonté se conjuguent pour arriver à ce but.


      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 8 novembre 2017 11 h 54

      @ Jean-Pierre Martel,

      Israël continue de construire des habitations en Palestine occupée. C'est une gravissime erreur. Par là, elle fait perdurer le conflit: elle pense remporter ainsi des petites victoires, mais de fait elle se tire dans le pied.

      Quand, tant du côté palestinien qu'israélien, des hommes et des femmes politiques de grande valeur sortiront des rangs et diront: ça suffit. Le passé est le passé, on ne peut le changer. Le présent et l'avenir sont à nos deux peuples. Défaisons les murs et bâtissons la paix. Une paix juste et durable. Cela est possible, si raison, coeur et volonté se conjuguent pour arriver à ce but.


      M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 novembre 2017 13 h 57

      Selon les Isréaliens, la cause du conflit est le refus des Palestiniens et des pays arabes d'accepter la partition de 1948 et les guerres répétées qu'ils ont menées (et perdues) pour anéantir l'État d'Israël. Il y a toujours (au moins) deux versions.

  • Lise Bélanger - Abonnée 8 novembre 2017 06 h 58

    Point de vue sans nuance, je ne crois pas que Ben Gourion respectait les arabes et c'est le moins que l'on puisse dire. Le juifs ont utiliser les armes pour expulser les arabes du nouvel état juif et j'en passe!Une histoire à sens unique, à vous lire.