Burqa et niqab: qu’en est-il de l’acceptabilité sociale ?

Le voile intégral est un comportement social qui entrave le vivre-ensemble, selon l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le voile intégral est un comportement social qui entrave le vivre-ensemble, selon l'auteur.

La question du voile intégral a été abordée sous pratiquement tous ses aspects : religieux, culturel, politique, vestimentaire et j’en passe. Devant ce déluge d’analyses et de commentaires, je trouve étonnant qu’il soit si peu fait cas de l’aspect sociétal de la question.

Qu’en est-il de l’acceptabilité sociale de ce vêtement, qui est tout sauf innocent, quoi qu’en pensent trop de nos politiciens et de politiciennes que cela arrange de nous faire croire qu’ils pensent ainsi ? Je ne suis plus capable d’entendre ces derniers résumer la question à cette insignifiance : « On ne va pas dire aux femmes comment s’habiller. »

L’acceptabilité sociale d’un projet ou d’un comportement est au coeur même du vivre-ensemble et devrait guider nos dirigeants politiques dans l’établissement des lois et règlements régissant notre société. On l’a vu récemment avec le projet de pipeline Énergie Est : si économiquement justifié que soit un projet, il ne passera pas s’il n’est pas socialement acceptable aux yeux de la majorité des citoyens.

Il en va de même des comportements sociaux. Si un homme peut se promener torse nu en public sans créer d’émoi, une femme ne le peut pas parce qu’aux yeux de plusieurs, cela est socialement inacceptable. Cela a beau brimer les droits des femmes, ce comportement est réglementé au nom des bonnes moeurs et de la morale, qui ne sont rien d’autre que des aspects du vivre-ensemble.

Le voile intégral, qui est à mon sens plus culturel que religieux, est aussi un comportement social qui entrave le vivre-ensemble et met à rude épreuve la tolérance des gens, tolérance que nos faiseurs de lois ne devraient pas ignorer et surtout pas mépriser, au risque de polariser davantage ce débat. Pas plus que l’on ne tire sur la tige d’une fleur pour en accélérer la croissance, on ne « tire » sur le degré de tolérance d’une société pour en accélérer l’évolution.

Les sociétés sont un peu comme des corps biologiques et ont besoin de temps pour évoluer. Passer outre à cette loi fondamentale ne peut qu’alimenter l’intolérance et avoir comme résultat tout le contraire de l’objectif visé par des lois insignifiantes trop permissives donnant l’impression que l’on se moque de nous.

Dans ce débat, je trouve déplorable et dangereuse l’utilisation de la Charte des droits comme d’un épouvantail pour paralyser le législateur. L’instrumentalisation de cette Charte pour justifier et défendre des pseudo-droits que tout un chacun s’invente et qui vont à l’encontre du vivre-ensemble ne peut que dévaloriser cette Charte aux yeux de plusieurs.

Enfin, afin d’en arriver à un certain équilibre social sur cette question, il m’apparaît souhaitable que toute loi ayant pour objectif de définir un espace public laïque réel et fonctionnel tienne compte non seulement des zélotes religieux, mais aussi des modérés, des areligieux et des athées de sorte que la très grande majorité des gens s’y sente à l’aise.

Il y va de la sérénité du vivre-ensemble que nous nous souhaitons tous.

25 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 6 novembre 2017 03 h 25

    Monsieur Cliche, votre définition du vivre-ensemble n'est pas canadienne...

    Soit vous n'avez pas lu la Charte canadienne.
    Soit vous vivez "en dehors" de la réalité canadienne.

    L'assise du Canada, c'est celui des dieux que vous proclamez adorer sincèrement.

    Comme le Québec de l'ancien temps avec tous les dieux multipliés par tous leurs commandements et, en annexe, le mode de vie des prophètes qui leur ont parlé directement ou par anges interposés.

    Votre difficulté, celle que je ressens, provient du fait que vous vous sentez étranger.

    Probablement comme le quart des Canadiens qui se déclarent athées ou agnostiques.

    Mais c'est le pays de Justin, fils de Pierre. C'est l'avenir radieux que promettait Pierre aux Québécois qui voteraient pour le NON.

    Soyez bon joueur. Les Grecs n'avaient que quelques douzaines de dieux.
    Le Canada, pour sa part, accueille tous les dieux du monde.
    Et leurs doctrinaires.

    Avouez que le nationalisme québécois fait piètre figure à côté d'un Canada post-national qui "swingue la baquaise" post-nationale dans le fond de sa boîte à foi.

    Fermée à clé pour l'éternité.

  • Robert Bernier - Abonné 6 novembre 2017 06 h 10

    Et moi, c'est ...

    Que direz-vous à la personne qui vous dira "Et moi, c'est l'accoutrement du punk avec la ceinture dentelée qui me dérange, bannissons-le" ? Ou le prêtre avec son collet romain? Ou la jeune fille à la jupe trop courte? Ou ... ou ... ou...

    Je pense quant à moi qu'il est préférable de se faire à cette idée toute simple et facilement applicable: « On ne va pas dire aux femmes comment s’habiller. »

    Robert Bernier
    Mirabel
    autrefois de Boucherville

    • Anne-Marie Isabel - Abonnée 6 novembre 2017 11 h 34

      M.Bernier, si je suis votre raisonnement, pourquoi pas une mairesse, votre députée, une infirmière, une actrice, une presentatrice de nouvelles, etc. portant la burqa ou le niqab? Parce qu’on ne va pas dire aux femmes comment s’habiller?
      L’acceptabilité sociale, elle es là!

    • Marc Lacroix - Abonné 6 novembre 2017 11 h 48

      M. Bernier votre recette semble effectivement simple, pour ne pas dire un peu simpliste. Il faut être naïf ou de mauvaise foi pour affirmer que ce problème en est un d'habillement. Le niqab et la burqa sont des symboles d'un islam radical qui lutte contre l’Occident. Cet islam s’attaque aux fondements mêmes de la démocratie..., et aux femmes; est-ce bien cela que vous voulez défendre ?

    • Raymond Labelle - Abonné 6 novembre 2017 11 h 55

      En effet M. Bernier. On parle d'espace public ici.

      Invoquer l'"acceptabilité sociale" pour justifier de telles interdictions ouvre la porte à l'idée qu'une majorité peut brimer certains droits fondamentaux de certaines personnes du simple fait d'être majoritaire.

      La démocratie est une notion plus profonde que la simple règle de la majorité. Elle implique aussi le respect des droits fondamentaux.

    • Robert Bernier - Abonné 6 novembre 2017 13 h 40

      @Anne-Marie Isabel et Marc Lacroix

      Je ne veux pas défendre 'Cet islam [qui] s’attaque aux fondements mêmes de la démocratie..., et aux femmes' comme le suggère Marc Lacroix. Je veux empêcher les situations absurdes dans lesquelles se retrouverait le policier, par exemple, qu'on appellerait pour se plaindre qu'on vient de voir une personne en niqab.

      Quant à la mairesse ou à la députée, pour répondre à Anne-Marie, on ne sera pas obligé de voter pour elle. Pour les personnes offrant un service public, la loi l'interdit. Ce que l'auteur Cliche propose va beaucoup plus loin, trop quant à moi. Il veut étendre ça à tout l'espace public et c'est là que ça cesserait d'être pratiquable et qu'on risquerait de se retrouver confinés à l'absurde.

      Robert Bernier

  • Nadia Alexan - Abonnée 6 novembre 2017 06 h 47

    On essaye de justifier l'injustifiable!

    Merci, M. Cliche, pour votre opinion lucide ce matin. Effectivement, l'accessibilité sociale n'est pas au rendez-vous. «Passer outre à cette loi fondamentale ne peut qu’alimenter l’intolérance et avoir comme résultat tout le contraire de l’objectif visé par des lois insignifiantes trop permissives donnant l’impression que l’on se moque de nous.»
    L'intransigeance des bien pensants aura l'effet négatif sur la communauté musulmane qu'ils sont censés défendre. On ne peut pas continuer de justifier l'injustifiable au nom d'une Charte des droits mal conçue.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 6 novembre 2017 15 h 32

      L’affichage ostensible du masquage archaïque, possessionnel et obsessionnel du corps féminin par la burqa et autres voiles est le cheval de Troie de l’islam politique pour montrer sa capacité d’occupation des espaces et des esprits.


      L’idéologie de l’Islam est plus un système politique et social (charia, marquage par le voile et la barbe, nourriture halal, non-mixité des sexes, refus de la laïcité, tentative d'implantation de la charia, ...) qu'une religion. C'est cela qui fait peur à beaucoup de gens, et non pas le fait que les musulmans prient Allah.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 novembre 2017 08 h 10

    … quelque « chose » !?!

    « Le voile intégral, qui est à mon sens plus culturel que religieux, est aussi un comportement social qui entrave le vivre-ensemble et met à rude épreuve la tolérance des gens » (Pierre Cliche, Ingénieur retraité, Boucherville)

    Affectant, ou selon, la tolérance et acceptabilité socio-comportementales, le port du voile semble constituer, en Occident, tout un défi-enjeu d’intégration et de participation liées à des valeurs citoyennes et démocratiques !

    De ce qui précède, il se dirait qu’en Occident, il se vit ou se passe …

    … quelque « chose » !?! - 6 nov 2017 -

  • Gisèle Filion - Abonnée 6 novembre 2017 08 h 45

    niqab vs nudité dans l'espace public

    Oui, l'acceptabilité sociale. Excellente idée ! C'est d'ailleurs elle, qui règle le fait qu'on ne se promène pas nu dans l'espace public.

    La nudité, comme le niqab , sont les limites extrêmes de cette acceptablité sociale.
    L'un est aussi outrageant que l'autre, quand il a la prétention de se présenter dans l'espace public.

    La règle implicite concernant la nudité dans l'espace public, devrait aussi concerner le
    niqab, puisque ces deux extrêmes ont un impact négatif sur la communication.

    En démocratie, l'acceptabilité sociale veut que la communication se fasse en toute confiance et en toute bonne foi.