Comment diviser par l’austérité et la xénophobie

En 2012, en plus de réprimer la grève étudiante de façon violente, le gouvernement québécois s’empressa de représenter les grévistes comme étant les ennemis de la classe moyenne, estime l'auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En 2012, en plus de réprimer la grève étudiante de façon violente, le gouvernement québécois s’empressa de représenter les grévistes comme étant les ennemis de la classe moyenne, estime l'auteur. 

On a appris récemment que le PLQ avait décidé de remplacer la commission sur le racisme systémique par un forum se concentrant sur la question de l’emploi. Cette volte-face pourrait en surprendre certains, venant d’un parti qui se présente sur toutes les tribunes comme étant celui des droits de la personne et de la tolérance. Or dans les faits, il n’y a là rien d’étonnant puisque la vision du gouvernement québécois actuel consiste justement à réduire les enjeux sociaux à des questions économiques, ce qui alimente directement la xénophobie.

En effet, ses politiques austéritaires font de la précarité une réalité pour une part importante de la population et réduisent les services de base offerts aux citoyens, mettant ceux-ci en compétition pour l’accès à des ressources limitées. Ce sont, de cette façon, les valeurs humaines d’empathie et de solidarité qui sont érodées au profit de la méfiance, le prochain devenant un rival potentiel. Le terrain est ainsi préparé pour ceux qui entretiennent un discours laissant croire que les conditions dans les CHSLD ont un lien avec l’accueil de réfugiés, ou que les migrants sont des profiteurs avant d’être des gens désespérés ayant tout abandonné à cause d’une menace bien réelle pesant sur eux.

Le projet néolibéral qui inspire le gouvernement québécois, loin d’émerger de mouvances culturelles associées aux droits et libertés, est un programme idéologique qui fut historiquement imposé de façon autoritaire par des dirigeants faisant peu de cas de la dignité humaine.

Cela n’est pas étonnant puisque la précarité et les injustices qu’il cause ne seront pas acceptées sans résistance par les populations qui les subissent. De fait, c’est au Chili sous la dictature de Pinochet qu’un programme économique néolibéral, au sens contemporain de l’expression, est pour la première fois appliqué de façon méthodique. Peu après, Anwar Sadat fera de même en Égypte. Thatcher, grande admiratrice de Pinochet, poursuivra elle aussi cette révolution, fracassant l’État-providence britannique en multipliant privatisations, coupes dans les services publics et mesures antisyndicales, le tout à grand renfort de police antiémeute.

Écraser la contestation

D’autre part, il est non seulement nécessaire, pour imposer des politiques austéritaires, d’écraser la contestation, mais aussi de l’affaiblir en nourrissant les tensions et les méfiances au sein de la population. Ainsi, au Québec en 2012, en plus de réprimer la grève étudiante de façon violente, le gouvernement s’empressa de représenter les grévistes comme étant les ennemis de la classe moyenne. Selon les époques, étudiants, travailleurs, petits entrepreneurs ou nouveaux arrivants sont montés les uns contre les autres.

On remarque que si les droits de la personne font obstacle à la mise en oeuvre d’une politique dite néolibérale, ceux-ci seront facilement mis en arrière-plan par les autorités. On remarque aussi que la montée de la peur et de l’intolérance aide ce projet politique en ramenant les tensions au sein de la population, plutôt qu’entre celle-ci et la classe dirigeante.

Ces observations permettent de mettre en doute la sincérité du discours du gouvernement de Philippe Couillard en ce qui a trait aux droits de la personne et à la tolérance. Malgré ses lamentations officielles, on peut supposer qu’il se réjouit des déclarations xénophobes qui fusent de toutes parts, y compris des partis d’opposition, puisque celles-ci servent admirablement bien ses fins. Elles détournent l’attention et lui permettent de se présenter de façon trompeuse comme étant préoccupé par le racisme et la justice sociale.

14 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 2 novembre 2017 00 h 44

    Comment diviser par le capitalisme et l'immigration

    Le multiculturalisme, c'est cette multiplication des solitudes qui sert bien les intérêts de ceux qui nous gouvernent vraiment. Chacun replié sur les petits besoins de sa communaute, de cette manière, les exploiteurs n'ont pas à craindre que la population se mobilise contre eux au nom du bien commun, puisque ce commun est fragmenté.

    Le chaos migratoire a pour fonction d'hétérogénéiser l'espace social. La société pluriculturelle est une société pluriconflictuelle sans conscience sociale radicale. L'hétérogénéité des populations ne peut jamais produire un mouvement d'ensemble de subversion sociale. C'est le nec plus ultra de la domestication capitaliste! Cette immigration qu'on nous présente comme une richesse... une richesse consommatoire de la servilité marchande.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 2 novembre 2017 10 h 20

      Je veux bien avec vous êtes d'accord qu'une pluralité de petit intérêt ne fait pas une société.
      Mais êtes-vous sur qu'une société démocratique en santé est .... homogène ? Tout le monde pareil ? L'hétérogénéité n'est-elle pas potentiellement un moteur d'une richesse, d'une quête collective, de tout sauf l'applatissement bête de chacun sur soi ?
      Pour être critique, mais constructif, il faut être suffisament proche pour se reconnaître, mais suffisamment différent pour avoir quelque chose d'intéressant à dire.

    • Pierre Robineault - Abonné 2 novembre 2017 12 h 33

      Et de plus votre commentaire s'avère prémonitoire. À preuve le dévoilement graduel des seuils d'immigration par le fédéral.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 2 novembre 2017 15 h 05

      @M. Vallée

      Oui, on voit bien que les sociétés homogènes sont collectivistes et subversives : la Chine, la Corée du Nord, le Japon, plusieurs pays africains comme le Rwanda, etc.

      De belles nations socialistes, où le peuple chante son bonheur et avance résolument vers un avenir rayonnant!

      C'est surtout le nationalisme qui contraint les consciences et détourne des enjeux humains....

  • Denis Paquette - Abonné 2 novembre 2017 02 h 02

    quel être confus

    n'est-ce pas ce que notre ami Donald Trump est en train de faire

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 novembre 2017 04 h 52

    L'austérité n'a rien à faire avec la xénophobie.

    Je suis d'accord avec l'auteur que le gouvernement pratique le néolibéralisme et l'austérité, mais de la à faire l'amalgame avec le racisme me dépasse. Le fait que le gouvernement Charest aille réprimé les étudiants qui réclamaient la gratuité scolaire n'a rien à faire avec la xénophobie.
    Si les gens se révoltent contre l'intégrisme religieux de quelques-uns cela n'a rien à voir avec le racisme. C'est plutôt une opposition à ceux qui rejettent nos valeurs de l'égalité homme/femme dans un état moderne.

    • Marc Therrien - Abonné 2 novembre 2017 08 h 39

      La sensibilité au rejet de l'Autre qu'on accueille. Voilà une émotion autre que la peur bien sentie, nommée et exprimée qui pourrait permettre d'ouvrir le dialogue si, bien entendu, cet Autre n'est pas fermé à cette possibilité parce qu'il se sent lui-même rejeté par l'Un qui l'accueille.

      Marc Therrien

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 2 novembre 2017 10 h 13

      Dans les deux cas, c'est la population qui s'accuse et s'affronte. Diviser pour régner.
      Les riches peuvent bien accepter l'austérité, les pauvres non.
      Les "majoritaires" peuvent bien craindre pour l'envahissement, les victimes collatérales de cette crainte, eux n'ont pas le choix de se défendre.
      L'article me semble assez clair sur le lien qui les unis.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 2 novembre 2017 13 h 07

      Vous avez tout a fait raison Mme. Alexan.

      M .Leblond ici se sert d'un sujet de l'instant qui roule beaucoup sur les médias comme prétexte pour livrer des complaintes d'austérité qui ont tout de la cassette habituelle que nous livre le monde syndicale.


      "Si les gens se révoltent contre l'intégrisme religieux de quelques-uns cela n'a rien à voir avec le racisme"

      Je ne partage pas la plupart de vos positions sur le politique, mais quand vous parlez d'intégrisme religieux vous visez toujours juste. Toujours de façon pertinente qui démontre que vous connaissez le sujet de près.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 2 novembre 2017 15 h 11

      @Mme. Alexan

      Il est dommage que vous ne preniez pas le temps de comprendre le texte avant de rejouer votre cassette.

      M. Leblond affirme que le contexte d'austérité fait en sorte que "le terrain est ainsi préparé pour ceux qui entretiennent un discours laissant croire que les conditions dans les CHSLD ont un lien avec l’accueil de réfugiés, ou que les migrants sont des profiteurs avant d’être des gens désespérés ayant tout abandonné à cause d’une menace bien réelle pesant sur eux".

      Au-delà de l'obsession vestimentaire qui habite plusieurs de nos concitoyens, c'est d'immigration au sens large dont parle M. Leblond, cette immigration qui est perçue par tous les louveteaux et autres groupes identitaires comme une menace (les demandeurs d'asile des derniers mois n'étaient pas majoritairement musulmans...).

      Je lis quotidiennement des commentaires sur la menace multiculturaliste, la hausse des seuils d'immigration comme complot pour détruire la nation québécoise, les privilèges accordés aux immigrants par rapport aux personnes âgés, aux itinérants, aux chômeurs, etc.

      C'est ce discours délétère et aveugle qui est l'objet de la lettre de M. Leblond.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 novembre 2017 17 h 24

      L’austérité est synonyme de mondialisme, d’altermondialisme, de libre-échange et du néolibéralisme. C’est toujours le même discours ; les puissants écrasent les plus faibles.

      Mais, je suis d’accord avec Mme Alexan quand elle mentionne que l'austérité n'a rien à faire ou à voir avec la xénophobie. Le Canada n’a aucune identité avec son multiculturalisme débridé. Toutes les ethnies sont égales selon ses dogmes et donc, pourquoi les immigrants feraient l’effort de s’intégrer aux valeurs de la société d’accueil? Lorsque une très petite minorité va à l’encontre des valeurs du pays d’acceuil et revendique son rejet, ce sont les mêmes de la gauche, à gauche toute, qui déchirent leurs chemises lorsque quelqu’un appelle un chat, un chat.

      Des cas comme notre illuminé de New York d’hier, eh bien, nous en avons ici aussi. Lorsqu’ils appelleront leur numéro, ils vont se manifester à notre grand détriment. Le Québec est une des nations les plus ouvertes de la planète, mais ouverture ne signifie pas stupidité. Les gens en ont ras-le-bol de se faire accuser injustement de racisme.

      En passant, pour notre cher M. Leblond, les régimes dictatoriaux de Staline et de Mao ont font plus de morts que toutes les dictatures de droite combinées d’hier et d’aujourd’hui en passant par notre petit moustachu du « Mein Kampf ». C’est « ben » pour dire.

    • Nadia Alexan - Abonnée 2 novembre 2017 18 h 37

      À monsieur Lamy-Theberge: Je comprends très bien l'article de M. Leblond et je suis d'accord avec lui que la droite utilise les immigrants comme bouc émissaire. Par contre, je ne voix pas l'amalgame entre la gratuité scolaire revendiquée par les étudiants et le rejet des réfugiés qui frappent à nos portes. Certe la politique d'austérité privilégiée par les néolibéraux augmente la guerre des classes, mais cela n'a rien à faire avec les immigrants.
      Comme l'explique plus haut M. Éric Vallée, les néolibéraux sont très contents de promouvoir le communautarisme pour mieux diviser pour regnier.
      Je vous pries de ne pas me traiter avec votre paternalisme!

  • Marguerite Paradis - Inscrite 2 novembre 2017 08 h 38

    TOUTES LES « DIVISIONS »

    Merci monsieur Leblond, je signe!

    En plus des divisions entre ethnies et classes sociales, j'ajouterais celle de genres, d'âges, de langues. Bref, tous les principaux marqueurs identitaires qui sont utilisés pour diviser... et faire règner les diviseurEs.

    M.P.

    • Stéphane Laporte - Abonné 2 novembre 2017 18 h 46

      Nous sommes d'accord, madame Paradis. Je suis de ceux qui détestent que l'on utilise le concept de « génération » qui n'est qu'une façon de généraliser ce qui ne peut l'être.