Les oubliés du pont Jacques-Cartier

Les liens cyclables entre Montréal et la Rive-Sud ont été oubliés dans le débat municipal.
Photo: iStock Les liens cyclables entre Montréal et la Rive-Sud ont été oubliés dans le débat municipal.

Près d’un million d’électeurs sont directement concernés par la question cycliste dans la campagne municipale 2017 à Montréal. Les programmes et autres plans vélo de Valérie Plante et Denis Coderre sont maintenant bien connus. Or, un enjeu vélo essentiel a été oublié dans le débat municipal : celui des liens cyclables entre Montréal et la Rive-Sud.

Plusieurs discussions et projets sont en cours pour rendre la traversée hivernale du pont Jacques-Cartier possible aux piétons et cyclistes avec Pont Jacques-Cartier et Champlain inc. (PJCCI). Mais à l’heure actuelle, la piste multifonctionnelle du pont est fermée durant l’hiver. À partir de la mi-décembre, plusieurs milliers d’usagers à vélo ou à pied ne peuvent plus traverser entre les deux rives, parfois jusqu’au mois d’avril.

Actuellement, les cyclistes pour lesquels ce moyen de transport est le plus optimal, été comme hiver, n’ont d’autres choix que d’utiliser deux véhicules (un vélo est un véhicule). L’un à Longueuil, et l’autre au métro Berri (ou celui du parc Jean-Drapeau). Imaginez d’imposer une telle solution aux automobilistes !

Les futurs maires ou mairesses de Montréal et de Longueuil peuvent trouver une solution temporaire qui permettra à ces navetteurs de continuer à circuler à vélo en hiver. Des gains de plusieurs dizaines de minutes dans leur transit sont en jeu pour ces usagers.

Les élus peuvent négocier l’ouverture du métro aux heures de pointe avec la STM (avant 10 h et entre 15 h et 19 h). Le but : permettre aux usagers cyclistes de la ligne jaune de transporter leur vélo aux trois stations de la ligne (Longueuil-Université-de-Sherbrooke, parc Jean-Drapeau et Berri-UQAM) en hiver.

C’est une mesure simple à réaliser. Il suffirait de réserver l’espace de tête du train, d’ajouter une voiture ou de multiplier les départs en prolongeant la période de pointe sur ce tronçon.

Cet accommodement évitera aux cyclistes de laisser leur véhicule dans des endroits non sécurisés, comme la station Berri ou celle de Longueuil, où les vols de vélo sont problématiques.

Une véritable solution

Rétablir un lien permanent pour les cyclistes avec cette mesure va servir l’objectif d’encourager la pratique du vélo en hiver. Mais elle va aussi valider le déplacement à vélo comme véritable solution de rechange à l’automobile à Montréal et sur la Rive-Sud.

Bien sûr, ces usagers seront de facto clients de la STM. Cela permettra à cette société d’atteindre réellement certains de ses objectifs de multimodalité.

Une solution complémentaire serait de demander au Réseau de Transports de Longueuil (RTL) d’installer des supports à vélo sur les autobus de la ligne 170 qui traverse le pont. Cela relève du mandat de la future mairesse de Ville de Longueuil.

Un accommodement est donc possible, en attendant l’ouverture complète de la piste cyclable du pont Jacques-Cartier. Les élus doivent s’engager à le mettre en place dès maintenant. Cette complémentarité des choix devra rester en place dans tous les cas, puisque les municipalités concernées se targuent de favoriser le transport actif de leurs administrés.

Est-ce qu’un citoyen qui se déplace à vélo ou à pied entre les deux rives a la même valeur qu’un automobiliste ? La réponse, faut-il le préciser, est oui. Le choix du moyen de transport ne devrait pas être imposé.

Négocier avec la STM et le RTL, entre dans le mandat des maires de Montréal et Longueuil. On s’attend à ce que les candidats en lice s’engagent à trouver une solution dès cet hiver pour les oubliés de la mobilité. Mettre en oeuvre le droit à ville par son accessibilité, c’est aussi le mandat des élus.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 30 octobre 2017 02 h 00

    Un véhicule préféré, ou ne sera-t-il toujours qu'un véhicule d'appoint

    Une île pensée depuis toujours pour les voitures et à la limite pour les trains... La sphère du vélo n'est-elle pas encore qu'à ses débuts, du moins, n'est-ce pas ce que nous constatons? Il faudrait peut-être voir si des pays nordiques ont réussis à s'en accommoder. En fait, est-ce que ça n'exigerait pas des pistes chauffées? C'est sans doute à ce que pensent nos administrateurs. Je les vois mal, se débarrasser de la neige sur la tête des gens qui habitent dessous... Le deuxième aspect est: y a-t-il suffisamment de cyclistes pour rentabiliser un tel service? Le vélo sera-t-il un jour le véhicule préféré ou ne sera-t-il toujours qu'un véhicule d'appoint?

    • Luc Le Blanc - Abonné 30 octobre 2017 13 h 45

      J'ai beau avoir une voiture, mon véhicule urbain principal, et de loin, reste mon vélo. Toute l'année. Pas besoin de pistes chauffantes, juste déneigées. Quant au pont, selon l'état hivernal documenté par l'Association des Piétons et Cyclistes, il est n'est jamais très enneigé en raison du vent. Jamais de glace noire ni de chutes de glace de la structure. Une documentation si fouillée que PJCCI a demandé à l'avoir. Conclusion: un balai rotatif passé en temps opportun suffirait, donc sans impact notable au-dessous. Rentabiliser le service? Tout dépend ce qu'on compte. Si on compare les entrées et les coûts, le transport en commun n'est pas rentable. Va-t-on l'abolir? Non car on considère aussi l'effet sur les routes, la congestion et la santé. Il doit en aller de même pour le vélo. Si on choisit d'ignorer ces facteurs, il faut remettre un péage sur le pont pour le rentabiliser car pour le moment il ne rapporte rien que des coûts d'entretien.