Dans Villeray, les avions ont tué notre quartier

Des avions nous réveillent le matin, des avions accompagnent notre déjeuner, des avions nous empêchent de tenir une discussion le midi, des avions compliquent l’heure du coucher et nous réveillent en pleine nuit, souligne l'auteur. 
Photo: Veronica Bogaerts Getty Images Des avions nous réveillent le matin, des avions accompagnent notre déjeuner, des avions nous empêchent de tenir une discussion le midi, des avions compliquent l’heure du coucher et nous réveillent en pleine nuit, souligne l'auteur. 

Plongés dans la campagne électorale, les élus montréalais parlent d’extension du métro, de la fréquence des autobus, du futur projet de train électrique. Ils parlent aussi de retenir les jeunes familles en ville, d’assurer une qualité de vie aux citadins. Mais personne ne parle d’un moyen de transport qui pourrit la vie d’un nombre substantiel de Montréalais : les avions.

J’ai voulu écrire cette lettre pour faire part à ces chers politiciens de la réalité de ma famille qui se quantifie en décibels. Il nous est désormais nécessaire de quitter notre foyer situé dans Villeray, et du fait même de quitter la ville de Montréal, si nous désirons conserver un semblant de qualité de vie et, par-dessus tout, notre santé mentale.

Vivre sous les avions

 

Je m’adresse au maire Denis Coderre et à la mairesse de l’arrondissement, Anie Samson, mais aussi au très honorable premier ministre Justin Trudeau, qui accessoirement se trouve à être notre député.

Le problème est simple, nous vivons sous les avions. Des avions nous réveillent le matin, des avions accompagnent notre déjeuner, des avions nous empestent tout l’avant-midi, des avions nous empêchent de tenir une discussion le midi, des avions entrecoupent nos après-midi tranquilles, des avions ruinent nos soirées que nous aimerions passer dehors, des avions compliquent l’heure du coucher et nous réveillent en pleine nuit. Je ne parle ici que des adultes, car nous sommes une famille de quatre avec deux jeunes enfants. Or les enfants aussi s’en ressentent : ils sont réveillés en pleine nuit par des avions, et il n’est nul besoin d’un réveil pour qu’ils soient debout à la fin du prétendu couvre-feu de minuit à sept heures du matin (une notion tout à fait fictive). Les heures de pointe sont insoutenables.

Le problème existait déjà (nous vivons au même endroit depuis plus de 10 ans), mais était encore tolérable, il y a quelques années. Aéroports de Montréal a prétexté l’été dernier des réparations sur la piste principale pour expliquer l’augmentation des passages. Les travaux sont, semble-t-il, terminés, sans résultats positifs. Au contraire, il y a dans l’air, chez nous, un vrombissement incessant, un peu comme si quelqu’un passait l’aspirateur toute la journée dans la pièce voisine, le tout accompagné de crescendo de moteurs d’avion troublants. Pendant trente secondes, il semble impossible que ce bruit puisse continuer d’augmenter, pourtant il le fait. Intérieurement, on ne peut que tenter de convaincre notre corps et notre esprit qu’il n’y a pas vraiment de raison de s’inquiéter, mais en vain, l’impression que l’avion va s’écraser sur notre immeuble est irrépressible.

Mon but n’est pas de vous demander d’agir (je ne suis pas dupe, aucun élu n’a de réelle intention de faire quelque chose à ce sujet). Simplement, je me dois, au nom de notre famille, de vous informer que vivre dans votre circonscription, votre arrondissement et votre ville est pour nous un calvaire quotidien et que nous nous devons de le quitter.

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