De meilleurs entraîneurs pour nos jeunes

Afin de déployer pleinement le potentiel du sport pour la réussite éducative, une plus grande reconnaissance des intervenants oeuvrant dans ce secteur est nécessaire, estiment les auteurs.
Photo: Getty Images Afin de déployer pleinement le potentiel du sport pour la réussite éducative, une plus grande reconnaissance des intervenants oeuvrant dans ce secteur est nécessaire, estiment les auteurs.

Que diriez-vous de confier des fonctions clés de l’éducation des jeunes Québécois à des individus peu formés ou largement sous-payés ? Tenez, une éducatrice en garderie formée seulement durant quelques heures et rémunérée à moins de 2000 $ par année. Absurde, non ? C’est pourtant l’approche que nous acceptons présentement en regard de nos entraîneurs en sport parascolaire. En cette Semaine nationale des entraîneurs, il est opportun de réfléchir à ce problème.

Selon une fausse croyance populaire, le sport produit nécessairement des effets positifs. Notre société s’est donc limitée à favoriser l’accessibilité au sport, peu importe la manière dont celui-ci s’exerce. Déjà, en 2009, le gouvernement du Québec, dans sa stratégie L’école j’y tiens ! visant à favoriser la persévérance et la réussite scolaires des élèves, insistait sur l’importance « d’augmenter l’offre d’activités parascolaires » dans l’optique d’accroître le sentiment d’appartenance à l’école. C’est un bon pas, mais la simple pratique d’une activité sportive n’est pas garante de bénéfices pour le jeune.

La participation au sport implique parfois des agressions, la violation de règles, des adultes modélisant des comportements inappropriés et l’utilisation d’alcool et de drogues illégales. D’un autre côté, plusieurs effets positifs en matière de développement ont aussi été associés à la participation au sport, dont une estime de soi améliorée, la maîtrise de ses émotions et la capacité de résoudre des problèmes. Les effets positifs sont nettement plus souhaitables, mais les conditions pour les favoriser ne sont pas toujours en place.

La qualité de l’expérience en contexte sportif dépend largement de la qualité des intervenants mis en relation avec les jeunes dans ce contexte. En fait, en sport organisé, la qualité des entraîneurs est considérée comme le premier facteur de réussite de toute initiative ayant des visées de développement. L’entraîneur est même l’adulte le plus influent pour le jeune athlète, après ses parents. Cependant, peu d’entraîneurs bénéficient d’une formation adéquate.

Éducateurs pertinents

Reconnaissant ce constat, des organisations comme Ex Situ Expérience, l’Institut DesÉquilibres et Pour 3 points ont été créées dans l’objectif de développer des programmes de formation adressés spécifiquement aux intervenants et aux entraîneurs pour favoriser une intervention par le sport ou le plein air. Ces organisations ont toutes mené des études indépendantes sur les impacts de leurs programmes, et leurs résultats sont concluants : notamment l’augmentation de l’autonomie, des capacités de communication, de la motivation et de la persévérance des jeunes, ou encore la diminution des comportements antisociaux. L’avantage de bonifier la formation des entraîneurs et intervenants du même type à plus large échelle est indéniable.

À ce sujet, la récente Politique de l’activité physique, du sport et du loisir du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport prévoit, avec raison, d’accroître le financement accordé à la formation et au perfectionnement de personnes agissant à titre d’accompagnateurs, d’animateurs, d’entraîneurs, d’officiels, de conseillers, d’experts et de bénévoles.

Seulement, la qualité de l’encadrement en contexte sportif n’est pas seulement tributaire de la formation des intervenants, mais aussi de leur reconnaissance comme éducateurs pertinents à la réussite éducative des jeunes.

Des investissements

Au sein des écoles, plusieurs entraîneurs et programmes, tels que Bien dans mes baskets, Plan de match et Le diplôme avant la médaille, ont démontré, résultats scolaires ou recherches à l’appui, l’impact positif du sport sur la réussite éducative, plus particulièrement en milieux défavorisés, lorsque le sport est encadré par des individus favorisant intentionnellement cette réussite. Cependant, afin d’assurer la pérennité de telles interventions en contexte de sport parascolaire, des investissements sont nécessaires.

En général, il n’est pas rare que les entraîneurs en milieu scolaire soient des bénévoles ou reçoivent, pour une saison complète, des montants forfaitaires d’environ 1500 $. Il serait difficile d’entrevoir des postes à temps plein pour tous les entraîneurs, mais il vaut la peine d’engager une réflexion afin de professionnaliser autant que possible le rôle de l’entraîneur, selon les circonstances.

À tout le moins, un investissement ne serait-il pas minimal pour une personne-ressource à temps plein assurant l’encadrement des entraîneurs ? En effet, la qualité des structures de sport parascolaire dépend de la présence de responsables sportifs compétents et dévoués au sein des écoles. Or, une telle fonction n’est pas systématiquement reconnue et les tâches qui en dépendraient sont confiées à des personnes qui n’ont souvent ni la disponibilité ni les compétences nécessaires pour pleinement favoriser la réussite éducative par le sport.

Afin de déployer pleinement le potentiel du sport pour la réussite éducative, une plus grande reconnaissance des intervenants oeuvrant dans ce secteur est nécessaire. Il serait tout à fait pertinent d’investir dans la formation et l’embauche, au sein des écoles, de responsables sportifs voués à la réussite éducative des jeunes. Ceux-ci seraient responsables d’élaborer des programmes dans une perspective d’utilisation du sport comme outil d’intervention sociale, le tout à des fins de réussite éducative.

La classe sera toujours le lieu des plus grands apprentissages à l’école. N’empêche que le sport est une école qui offre des possibilités encore sous-exploitées.

Reconnaissons-le.

* Lettre cosignée par Fabrice Vil, Cofondateur et directeur général de Pour 3 Points; Ernest Edmond, Cofondateur de Les Ballons Intensifs;  William Falcao, Candidat au doctorat en psychologie du sport, Département de kinésiologie et d’éducation physique, Université McGill;  Tegwen Gadais, Professeur, Département des sciences de l'activité physique, Université du Québec à Montréal; Suzanne Laberge, Professeure titulaire, Département de kinésiologie, Université de Montréal; Nicolas Moreau, Professeur agrégé, École de service social, Université d’Ottawa; Luc Parlavecchio, Fondateur et coordonnateur des programmes de l'Institut DesÉquilibres et coordonnateur du RÉSEAU pour un développement psychosocial par le sport et le plein-air; Michel-Alexandre Rioux, Candidat au doctorat en psychologie (Ph.D-RI), Département de psychologie, Université de Sherbrooke; Sébastien Rojo, Directeur général d’Ex Situ Expérience; Béatrice Turcotte Ouellet, Fondatrice et directrice générale de Le Diplôme avant la Médaille