Et si le numérique permettait vraiment aux apprenants de mieux maîtriser leur langue?

Il y a certainement des voies «technopédagogiques» fort intéressantes à explorer qui contribueraient à l’amélioration de la qualité de la langue des élèves et des étudiants québécois, estime l'auteure. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Il y a certainement des voies «technopédagogiques» fort intéressantes à explorer qui contribueraient à l’amélioration de la qualité de la langue des élèves et des étudiants québécois, estime l'auteure. 

Deux sujets liés à l’éducation ont retenu l’attention des médias récemment : la piètre qualité du français des futurs enseignants et la question de l’innovation, voire de l’intégration du numérique à l’école. Dans le premier cas, il m’a semblé que l’on avait effleuré le sujet en s’attardant au taux d’échec (53 % en 2016) du TECFFE (test de certification en français écrit pour l’enseignement) et en s’interrogeant sur les modalités de passation dudit test. Une, deux ou trois reprises ? Une sélection plus sévère ? Dans cet article récent, on rapporte aussi les propos de M. Striganuk, président de l’ADEREQ (Association des doyens et doyennes, directeurs et directrices pour l’étude et la recherche en éducation au Québec), qui rappelle que ce test se veut aussi une façon de faire comprendre aux étudiants que la qualité de la langue est importante. Sans blague ? Est-ce qu’un test peut nous rappeler autre chose que la note obtenue ? On est loin de la motivation intrinsèque…

Selon moi, la vraie question à se poser est la suivante : pourquoi les étudiants échouent-ils ? Il y a certainement plusieurs raisons, mais je tente une hypothèse simple : se pourrait-il qu’ils aient eu très peu l’occasion, dans leur parcours scolaire, d’écrire et d’obtenir de la rétroaction qui les aurait aidés à progresser et à devenir des scripteurs compétents ?

Tous s’entendent pour dire que la maîtrise du français n’est pas chose facile : l’accord des participes passés, les nombreuses exceptions, l’étymologie, etc., sont autant d’exemples qui mènent la vie dure à la langue de Molière. Depuis toujours, donc, pour pallier les nombreuses exigences de cette langue quelquefois capricieuse, la majorité des enseignants optent pour des exerciseurs minutieusement conçus par les maisons d’édition. Ces « cahiers d’exercices » ont pour mission de rappeler les nombreuses règles et les cas d’exceptions et de proposer de courts exercices décontextualisés. Aussitôt un exercice fait, on le corrige. Et on passe à l’autre… Et on continue comme cela pendant des heures, des jours et des années, et ce, en oubliant l’essentiel : le transfert des apprentissages. Comme les enseignants de français ont une lourde tâche, rares sont les occasions où les apprenants peuvent mettre à profit leurs connaissances de la langue en écrivant des textes variés et inspirés et en obtenant ensuite des commentaires qualitatifs qui les feraient progresser. Sauf peut-être pour l’évaluation…

Miser sur la formation numérique

J’enseigne le français au secondaire depuis 18 ans. Je m’intéresse particulièrement à la question de l’intégration du numérique à l’école. Privilégiée, j’ai la chance de travailler avec des élèves qui ont tous un appareil technologique en classe. J’explore avec eux, depuis plusieurs années maintenant, les différentes avenues que m’offre le numérique pour les faire écrire davantage et leur donner le plus de rétroaction possible. Les outils numériques et les plateformes collaboratives dont je dispose me permettent de gagner du temps et de faire écrire de courts textes à mes élèves beaucoup plus fréquemment. Mes rétroactions, tantôt écrites, tantôt audio, ne ciblent qu’un ou deux aspects à la fois (tantôt la syntaxe et la cohérence, tantôt l’orthographe) et leur permettent de se reprendre rapidement en laissant des traces des améliorations apportées à leurs textes. Les pairs aussi mettent souvent la main à la pâte en portant un regard critique sur les écrits de leurs camarades de classe.

Pour aider mes élèves en difficulté, je me sers d’une plateforme de clavardage afin d’émettre des commentaires pendant qu’ils écrivent ! Je partage alors avec eux mes stratégies d’experte pour les aider à développer les leurs. Concluant.

N’est-ce pas dans ce genre d’activités axées sur le processus d’apprentissage que l’on constate la réelle plus-value du numérique ? Il y a certainement des voies « technopédagogiques » fort intéressantes à explorer qui contribueraient à l’amélioration de la qualité de la langue des élèves et des étudiants québécois. À condition que le ministère de l’Éducation passe à l’action et mise enfin sur la formation numérique de ses enseignants.

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9 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 28 septembre 2017 07 h 09

    L'art de défoncer des portes ouvertes...

    ... et de trouver des demi-solutions.

    Bravo!

    Madame, personne ne conteste la valeur du numérique me semble-t-il. et quand vous posez la "vraie question" : "pourquoi les étudiants échouent-ils ?", je pose le genou à terre de reconnaissance. J'y aurais jamais pensé!

    Par contre, permettez.
    "...la maîtrise du français n’est pas chose facile : l’accord des participes passés, les nombreuses exceptions, l’étymologie, etc."?
    Vous "faites" vraiment de la pédagogogie.
    Comparez à l'anglais je vous prie. I thought, I cough, I went through... Pour la facilité on repassera. Mais là n'est pas la question.

    Aucune langue n'est facile, et le respect des autres par l'usage d'un langage correct s'apprend, comme tout le reste. Par contre, des enfants et surtout des parents à qui on ne parle que de compétences transversales peuvent conclure que la matière elle-même est de peu d'importance.
    Les étudiants entendent plus souvent votre phrase en forme d'alibi, "le français n'est pas chose facile", que la façon correcte d'utiliser l'auxiliaire "être". Eh oui. Ils en retirent l'impression que le français relève de règles confuses créées dans les antres de quelque magicien fou. Tout comme les maths d'ailleurs, mais ici nous parlons de français.

    Je le dis nettement : la faute en revient en très grande partie aux pédagogues, imbus de Piaget et qui mesurent le développement à coup de nombre de mots nouveaux qu'on doit asséner à nos pauvres enfants selon leur degré de développement.
    Ce faisant ils ont, par des programmes mille fois trop codés et patentés, déresponsabilisé et robotisé les profs du primaire, eux qui sont les seuls pourtant à vraiment savoir comment CHAQUE individu avance.
    En clair, vous tuez Mozart cours après cours.

    En effet le numérique PEUT être utilisé avec intelligence et contrôle.
    Mais dans les faits votre intervention continue sur la lancée générale de tous les pédagogues, qui consiste à éloigner l'enfant du contact avec son prof.

    Inadmissible.

  • Françoise Labelle - Abonnée 28 septembre 2017 07 h 56

    L'ortograf du fransè

    D'après ce que j'ai pu voir, le gros des questions porte, comme toujours, sur l'orthographe du français. N'ayant pas été modifiée en profondeur depuis des siècles, l'anglais et le français sont notoirement incohérentes de ce point de vue.

    L'orthographe est apprise vers 5 ans alors que l'enfant apprend sa langue de façon intensive dès la naissance.

    L'informatique en éducation existe depuis les annnées 90 sinon 80.
    Tant qu'on ne procédera pas à une réforme en profondeur, le débat sur l'ortograf usera les touches de nos claviers.

  • Marc Davignon - Abonné 28 septembre 2017 11 h 22

    Confusion.

    L'outil et la solution!

    L'outil n'est pas la solution. L'outil n'est pas une solution.

    Mais faut-il comprendre de quel outil on fait référence? S'agit-il de l'accessoire ou de la méthode?

    A un problème posé, la solution ne réside pas dans un accessoire (même avec une intelligence «synthétique»). Dans la méthode alors? Alors, la méthode offre la solution ? Comment ? En élaborant une «recette» à suivre? Approche experte ou savante ?

    Apprendre a écrit et lire n'est pas affaire d'accessoire! D'une méthode? Plus probable? Mais encore, celle-ci devrait être élaborée de façon savante et non experte (dualité du doute et de la certitude).

    Alors, votre question ne devrait pas faire l'objet d'une thèse. Votre questionnement devrait être : comment l'intelligence «synthétique» pollue la pensée pédagogie ?

    Il y aura toujours de la place aux accessoires en support à vos réponses.

  • Jean Richard - Abonné 28 septembre 2017 11 h 30

    Répétez après moi

    « Tous s’entendent pour dire que la maîtrise du français n’est pas chose facile : l’accord des participes passés, les nombreuses exceptions, l’étymologie, etc., sont autant d’exemples qui mènent la vie dure à la langue de Molière. Depuis toujours, donc, pour pallier les nombreuses exigences de cette langue quelquefois capricieuse, »

    Savez-vous comment on peut devenir une grande vedette multimillionnaire de la chanson ? Il suffit de savoir un peu chanter, de se trouver un bon gérant, un parolier sachant manier la rime facile et un compositeur qui connaît quatre accords de trois notes, des accords parfaitement recyclables d'une chanson à l'autre. Quatre accords et quelques rimes faciles, c'est la recette de la chanson velcro que votre gérant vendra facilment aux diffuseurs. Si votre gérant est à son affaire, ça peut donner, par exemple, un Despacito qui approche les 4 milliards de visionnements sur Youtube.

    Bref, il est facile d'incruster une petite chanson facile dans la tête de millions de gens. Dans le cas d'une chanson, ça peut être inoffensif. Il est également facile d'incruster dans la tête des gens certaines idées. L'équivalent de la chanson velcro pourrait s'appeler cliché ou même préjugé. Or le cliché n'est pas toujours aussi inoffensif que la chansonnette commerciale.

    Répétez à satiété que le français est très difficile, capricieux, rempli d'exceptions, que les accords du participe passé tiennent du cauchemar, que l'étymologie (qui contient l'histoire des mots mais l'histoire, on n'aime pas trop) est un boulet... Répétez tout ça avec foi et conviction et certains vous suivront (certains, pas tous comme il est écrit ci-haut). Et le français devient rébarbatif.

    Une langue n'est pas une chansonnette commerciale de quatre accords magiques. Que ce soit le français, le catalan, le polonais, le danois, une langue est un ensemble très complexe, ce qui ne veut pas dire qu'on exploite toute cette complexité au quotidien. Sinon, ce n'est pas une langue.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 septembre 2017 14 h 12

      Oui, toutes les langues, en tout cas généralement, sont complexes: pas seulement le français. Et l'anglais aussi. Les personnes qui croient l'anglais simple sont souvent des personnes qui ne connaissent pas bien cette langue.

      Même l'espéranto, qui fait tout pour simplifier, demande une rééducation des structures grammaticales auxquelles on est habitué, en tout cas lorsqu'on part du français (agglutination, remplacement de prépositions par l'adverbisation ou l'adjectivation des mots, ordre des mots, etc.).

      Mais c'est le français que l'auteure enseigne - il y a de réelles difficultés, et l'auteure a comme travail de les faire comprendre. On lui pardonnera la distraction d'avoir oublié d'aborder la question des autres langues, qui n'était pas son sujet.

      Toutefois, votre remarque est tout à fait nécessaire M. Richard - car "le français est difficile" est souvent l'excuse que l'on donne pour ne pas l'apprendre, entre autres comme langue seconde, et/ou en bâcler la qualité, et la répétition de cette idée a de mauvais effets.

  • Jacques de Guise - Abonné 28 septembre 2017 13 h 21

    Et le sujet écrivant alors!!!

    Il me semble que votre approche repose davantage sur le modèle ancestral de la rédaction centrée - sur les normes d'abord - de la langue écrite avec ces sempiternelles corrections lexicales, orthographiques et syntaxiques (plus souvent négatives que positives, donc décourageantes, car trop vagues et ne permettant pas aux élèves de comprendre leurs erreurs et surtout de les corriger) recyclé à la sauce numérique que sur le nouveau modèle culturel du sujet écrivant.

    Me tromperais-je?