Pour prévenir la violence, les hommes doivent s’occuper de leur santé mentale

Les événements des derniers jours rappellent «que l’agressivité de certains hommes constitue un problème social auquel il faut s’intéresser collectivement et individuellement», selon l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les événements des derniers jours rappellent «que l’agressivité de certains hommes constitue un problème social auquel il faut s’intéresser collectivement et individuellement», selon l'auteur.

Une femme tuée. Un enfant enlevé. Un autre drame conjugal. Curieusement, lors de tels cas d’actualité, certaines personnes sont toujours promptes à souligner que les hommes subissent aussi de la violence conjugale. Cela est vrai, mais il n’en demeure pas moins que les victimes dans ces circonstances s’avèrent majoritairement des femmes.

Au Québec, selon le ministère de la Sécurité publique, le pourcentage de femmes parmi les victimes d’infractions dans un contexte conjugal (agression sexuelle, appels téléphoniques indécents ou harcelants, enlèvement, harcèlement criminel, homicide, intimidation, menaces, séquestration, tentative de meurtre, voies de fait) oscille au total entre 81 % et 78 % de 2010 à 2015.

Bien que cette violence physique, psychologique, économique ou sexuelle puisse aussi être présente à l’intérieur de couples de même sexe, ces crimes sont perpétrés en grande quantité par des hommes alors qu’en 2015, on en dénombrait 13 409 sur les 16 753 auteurs présumés de ces actes, soit une proportion de 80 %. Ce constat s’observe de manière inchangée dans les années antérieures.

Ce rappel des faits démontre que l’agressivité de certains hommes constitue un problème social auquel il faut s’intéresser collectivement et individuellement. D’autant plus que celle-ci se retourne souvent contre les hommes eux-mêmes puisque le taux de mortalité par suicide est systématiquement plus élevé chez le sexe masculin que chez le sexe féminin depuis plusieurs décennies.

Les relations de cause à effet étant difficiles à prouver sur une échelle macrosociologique, on peut tout de même penser que cette propension à user de violence envers les autres ou envers soi est symptomatique d’une plus grande incapacité à vivre avec des épisodes de détresse psychologique.

À cet égard, les hommes sont les premiers responsables : ils négligent leur santé mentale. Année après année, les données colligées par les organismes gouvernementaux démontrent généralement que les hommes consultent moins fréquemment les professionnels de la santé (médecins de famille, psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux…), qu’ils sont plus réfractaires à l’idée d’avoir besoin d’aide, qu’ils ont davantage peur de demander du soutien tout en craignant plus le jugement des pairs s’ils le font, qu’ils se médicamentent moins, etc. Bref, les hommes utilisent moins les ressources disponibles en santé mentale.

Par voie de conséquence, la dépendance aux substances psychoactives (alcool, drogues) ou aux jeux de hasard est plus répandue chez ceux-ci et ils se retrouvent plus souvent à l’urgence en état de crise étant donné que leur détresse psychologique n’a pas été traitée en amont. Paradoxalement, lors d’enquêtes à ce sujet, les hommes affirment être plus aptes à faire face quotidiennement aux aléas de la vie. En somme, ils surestiment leurs capacités.

D’aucuns diront qu’il y a moins de ressources communautaires à leur disposition, mais loin d’être le fruit d’un obscur complot féministe, cela témoigne plutôt de l’isolement social des hommes en détresse psychologique et de leurs propres difficultés à accepter leur état et à s’entourer de personnes pouvant les aider, quitte à se regrouper en fondant des organismes pour ce faire.

En dernière analyse, il n’est pas si surprenant que la réaction de certains hommes face à des événements particulièrement difficiles émotivement, telle une rupture conjugale, soit celle de la violence. Toute leur vie, ils auront fait abstraction de ce qui se passe dans leur tête.

Comme la perspective sociologique conçoit que les comportements des gens résultent de la socialisation qu’ils ont reçue, et non de la soi-disant nature humaine, cette situation peut changer en amenant les hommes à s’occuper davantage de leur santé mentale pour les outiller psychologiquement afin d’être en mesure de répondre adéquatement — sans brutalité — aux tumultes de l’existence. À cette fin, la responsabilité est partagée : le gouvernement du Québec doit mettre en place les recommandations qu’on retrouve annuellement dans les rapports ministériels qui visent à améliorer la santé mentale des hommes et les services leur étant destinés ; les parents doivent apprendre autant à leurs garçons qu’à leurs filles à exprimer leurs émotions et à prêter attention à leur santé mentale ; et surtout, les hommes doivent se responsabiliser en prenant acte du fait qu’ils ne peuvent pas tout régler par eux-mêmes et qu’ils ne doivent en aucun cas rester isolés avec leurs difficultés.

Le service Info-Social étant offert 365 jours sur 365, cette démarche individuelle peut se mettre en oeuvre par un simple appel au 811 afin de bénéficier de l’écoute et de conseils d’intervenants psychosociaux. On ne le répétera jamais assez, s’aider soi-même commence lorsqu’on reconnaît avoir besoin des autres.

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19 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 septembre 2017 02 h 19

    s'occuper de ceux qui ne suivent pas

    je suis tout a fait d'accord,peut etre faut-il s'occuper de ceux qui ne suivent pas, n'est ce pas une préocupation qui était déja présent, il y a cent cinquante ans,

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 septembre 2017 07 h 09

    Enlèvements d'enfants

    Je crois tout de même avoir lu ou entendu que les enlèvements d'enfants sont surtout le fait des mères.

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 septembre 2017 08 h 31

      J'ai douté de votre propos au moment de vous lire.

      Mais la petite que recherche que j'ai faite pour les vérifier semble vous donner raison:

      "Ces mères coupables de rapt d'enfant" - La Presse, 19 avril 2009

      "Sur le bureau de France Rémillard, qui s'occupe de cas d'enlèvements d'enfants au ministère de la Justice du Québec, se trouvent 43 dossiers d'enlèvements parentaux. Sur ces 43 cas, 30 enlèvements sont le fait de mères, et non de pères."

      .

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 septembre 2017 09 h 34

      Curieusement il semble que le motif tourne en premier lieu en soit un de vengeance. Du moins c'est ce que disent les gens d'Enfant-Retour.

      Et l'égalité dans ce domaine serait atteint: une afaire d'homme il y a 25 ans, ce ne serait plus le cas aujourd'hui.

      -- Autant de femmes que d'hommes

      Vraiment, presque tous les rapts de petits sont l'oeuvre d'un des parents. «Il y a 25 ans, la tendance, c'était les papas qui se vengeaient, prenaient les enfants et partaient. Mais maintenant, c'est moitié-moitié. Il y a autant de femmes que d'hommes», évalue Pina Arcamone. Les femmes jouissent toutefois d'une certaine complaisance, remarque-t-elle. Maman doit agir ainsi pour protéger ses rejetons du père violent, se dit-on. «C'est faux! Autant le père que la mère le fait par vengeance.»

      http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societ

  • Jean-François Trottier - Abonné 19 septembre 2017 08 h 45

    Oh! Que de sexisme primaire!

    "...les hommes sont les premiers responsables : ils négligent leur santé mentale."
    "...surtout, les hommes doivent se responsabiliser..."

    M. Ménard, vous devriez savoir depuis vos tous premiers cours qu'un fait social est et doit se voir comme de responsabilité sociale.

    En disant "les hommes", vous tombez (bien bas) dans l'accusation personnelle de chacun des membres d'un groupe social, indirectement parce que vous généralisez et directement parce que de cette assertion découlent une panoplie de comportements, dont l'isolement, et arrive la conclusion inéluctable, la violence.

    D'une vision intéressante (je suppose), celle d'agrandir ou de repenser l'approche à la santé mentale, vous virez sec vers un petit jugement moralisateur et bourré d'étiquettes.

    L'évidence dit que les hommes n'ont pas, ou n'ont plus selon les opinions, de lieu réservé où parler entre eux, sauf probablement certaines toilettes publiques et des vestiaires. Tout autre est un "dernier bastion" (terme militaire) ou un "vestige" (terme archéologique).
    Pensez aux nombreux pendants féminins.

    Oh! Je ne veux surtout pas revenir à l'époque des tavernes. Je constate. Je fais ce que vous omettez.
    Ma propre opinion est que nous vivons dans une société patriarcale, pensée au départ pour le mâle alpha, dont la structure familiale est matriarcale.
    Question de rigueur, mon opinion se limite à ma propre nation et ne s'exprime que personnellement : je ne suis pas sociologue, moi.

    Il est facile de comprendre comment un gars ne trouve jamais sa place où que ce soit, dans un monde créé pour le mâle alpha (l'exception), ou des groupes sociaux ET MILIEUX d'AIDE aux priorités dictées hors de sa préhension première de gars.

    Sans la moindre chance de raccrocher ce qu'il vit au quotidien dans le discours général, il est isolé par un FAIT SOCIAL d'abord.

    Le mal est social. Le malaise, lui, se vit individuellement.

    Votre réponse, elle, ressemble aux prêches des curés d'autrefois.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 19 septembre 2017 17 h 30

      La morale est pourtant un fait social.
      Un appel à la responsabilité peut être vu comme oppressant et moralisateur.
      Mais il peut aussi être vu comme un appel.
      Un appel laisse libre : vous faites ce que vous en voulez, la balle est dans votre camp. À vous de voir.
      Évidemment, de cet appel, on souhaiterait notamment que la société en son ensemble en tienne compte, se sensibilise et agissent, surtout ceux qui en ont les moyens et les capacités.
      C'est aussi une merveilleuse occasion de briser les clichés de l'homme autonome, l'homme indépendant, l'homme fort : les hommes aussi ont besoin d'aide, comme tout le monde.
      Ce n'est pas un homme manqué qu'un homme sensible.
      Voilà qui déjà beaucoup plus inspirant.

    • Pierre Bernier - Abonné 19 septembre 2017 17 h 52

      Et si l’on disait tout simplement que dans beaucoup de milieux les garçons sont « mal » élevés ?

  • Roxane Bertrand - Abonnée 19 septembre 2017 09 h 02

    Conception et perception

    Les hommes vivent une souffrance sociale et la violence est un outil naturel. Les hommes et les femmes sont égaux mais différents. Les femmes se socialisent en parlant ensemble et les hommes en effectuant des activités en groupe. La société ne tient pas compte de ses différences et ne laisse pas beaucoup de place à la fierté d'être un homme.

    Le meilleur exemple de cette discrimination se passe dans nos petits écoles de quartier. On demande aux jeunes garçons d'être des filles au niveau comportemental et s'il n'y parvienne pas, on leur donne de la médication. C'est 18% des garçons du primaire qui prennent des psychostimulants alors que l'incidence réel du TDAH n'est que de 5%.

    La diminution de la violence passe par l'acceptation des différences de chacun pour que tous se retrouvent dans notre société et souhaitent s'y investir.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 septembre 2017 09 h 39

      Si le portrait que vous faites est juste on serait devant un cas de maltraitance systémique, et livré par le MTQ !

      Ça se fait un ''signalement'' de masse ?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 septembre 2017 12 h 48

      Euh, mes excuses au Ministère du Transport du Québec, le MTQ, je me suis embrouillé dans cette mer d'acronymes qui nous inonde...

      La maltraitance alléguée est celle du MEES, Ministère de l'Éducation et Enseignement Supérieur. )

    • Roxane Bertrand - Abonnée 19 septembre 2017 13 h 45

      Les statistiques sur la réussite des garçons inférieures par rapport aux filles en témoignent. Il y a d'autres endroit dans le monde, par exemple en Suisse ou en France, où ces statistiques sont inversées. Je ne parle pas de maltraitance mais nous ne sommes pas dans l'égalité des chances.

      À ne pouvoir offrir de scolarité adaptée aux besoins des garçons, on les hypothèque sur plusieurs niveaux. On les prédispose à avoir des problèmes d'équilibre psychologique. On nuit au bon développement de la société, malgré dans d'un point de vue mondial c'est l'inverse, la nuisance vient du fait que ce sont les femmes qui ne peuvent s'épanouir.

  • René Pigeon - Abonné 19 septembre 2017 09 h 14

    Un réseau d'entraide pour les hommes dans plusieurs régions

    En 1992, des hommes ont cofondé le Réseau Hommes Québec pour aider les hommes à former des groupes d’écoute et de parole qui leur permettent d’échanger sur leurs émotions et ressentis tenus secrets. Pendant que certains organismes aident les hommes qui demandent de l’aide, le RHQ aide les hommes à s’entraider.

    Dans plusieurs régions du Québec, des hommes familiers avec le fonctionnement des groupes RHQ animent des séances d’Information pour les hommes de leur région qui désirent se renseigner sur les groupes d’écoute et de parole du Réseau Hommes Québec

    René Pigeon
    membre et bénévole du Réseau Hommes Québec (RHQ).

    • Sylvie Demers - Abonnée 19 septembre 2017 16 h 01

      En effet,ayant été présidente du Réseau Femmes Québec (le pendant féminin du RHQ) je ne puis que confirmer cette référence!
      Cet organisme est un réel bienfait pour ceux qui en font partie.Un merci reconnaissant à Guy Corneau pour cette réalisation exceptionnelle!
      Sylvie Demers