Ni La Meute ni le troupeau!

Un manifestant déploie une bannière lors de la manifestation anti-racisme à Québec le 19 août dernier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Un manifestant déploie une bannière lors de la manifestation anti-racisme à Québec le 19 août dernier.

Je suis Québécois, fier de l’être et je ne me reconnais ni dans les idées de La Meute, ni dans la violence gratuite des antifas, ni dans le troupeau bêlant de la rectitude politique et du prêt-à-penser qui rend l’air ambiant irrespirable depuis quelques années, au Québec. Je suis nationaliste, fier de l’être et j’assume autant que possible ma québécitude, ma condition de mâle et ma douce et béate mononclitude…

Autrement, et bien qu’ayant beaucoup de respect — et même d’admiration — pour la majorité des personnes pro-immigration présentes, il y a une semaine, au carré d’Youville, je me reconnais mal dans ce genre de déploiement où sont affichées des banderoles (pseudo-ironiques) du genre : « Ne nous laissez pas seuls avec les Québécois de souche », ou encore « Vous êtes pas tannés d’être racistes, bande de caves ? »

Comme si le bon droit, la raison et la vertu n’étaient que du seul côté d’une certaine gauche inclusive, et que tous les autres, nationalistes mous, purs et durs, centristes, adéquistes, autonomistes, conservateurs ou indécis, étaient suspectés de racisme, du seul fait de leur non-alignement sur les diktats de la gauche, ou de leurs légitimes questionnements face aux demandeurs d’asile ou personnes immigrantes en général.

Cela étant, est-il besoin d’ajouter que je ne reconnais pas non plus cette gauche efficace, joyeuse et productive, longtemps côtoyée, dans l’énorme difficulté qu’elle semble éprouver à se distancier franchement de la violence gratuite et des turpitudes commises à Québec par les jeunes agités-de-la-calotte from Montréal, Québec, Saguenay and everywhere else ?…

Des intimidateurs patentés qui, au vu (sur les réseaux sociaux) de certaines scènes très pénibles en haute ville, auront presque relégué l’image tragique de la confrontation Lasagne-Cloutier (Oka 1990) au rang de carte de Noël ou de carte postale…

De « brillants personnages » finalement, qui n’en avaient que pour leur egotrip de casseurs de gueule et de mobilier urbain, de batteurs de quidams isolés et de journalistes suspects de « collaboration ». De vrais « champions » qui, outre de paver le chemin à La Meute et de littéralement voler le résultat prometteur de la grosse manif pacifique du carré D’Youville, auront assombri toute l’aura de la gauche aux yeux de l’ensemble de la population québécoise.

Clivage gauche-droite

N’empêche, j’ai beau avoir passé les quatre dernières décennies dans le communautaire à faire du journalisme engagé, à défendre les droits des détenus et à m’engager pour la cause de la santé mentale, je me reconnais très mal dans cette gauche inclusive dont plusieurs factions sont bourrées de néo-curés-de-la-rectitude politique et de dames patronnesses-de-la-bonne-attitude-à-avoir, toujours prêts (avec leur jargon sociologique ou leur insupportable novlangue sectorielle) à vous ramener dans la bonne case idéologique ou dans la juste ligne de leur pensée unique.

Et vous dire, à l’instar de la journaliste Julie Pinsonneault (Le Devoir, 21 août 2017), comment je suis tanné, écoeuré moi aussi par le clivage gauche-droite, au Québec… Un clivage devenu un gouffre sidéral entre les deux factions, où percolent en surface l’ignorance crasse, la bêtise, les préjugés, la suffisance intellectuelle et les postures de supériorité morale des uns et des autres. Tanné, écoeuré, par exemple, de cette fichue manie qu’on a, à gauche, sur les réseaux sociaux et ailleurs, de clore tout débat en séparant approximativement les de droite et les de gauche, et même, de parvenir à l’orgasme intellectuel en cassant collectivement à qui mieux mieux du Martineau ou du Bock-Côté, comme si c’était là une preuve d’intelligence obligatoire, un mantra national, le boutte du boutte, hey toi, chose, là !….

Est-il besoin de rajouter, ici, que cette mauvaise compote sociale, cette pagaille générale, cette zizanie sociétale ne profite hélas, qu’au gouvernement Couillard et à la clique du 1 % d’ultra-riches dont il sert si bien les intérêts ? !…

Un Québec libre, inclusif, fier de son passé

Finalement, je veux bien, moi, qu’on aille de l’avant et qu’on n’oublie personne derrière (QS), je veux bien qu’on aille régulièrement comme société dans des angles plus « aigus » pour combattre l’homophobie, le sexisme, le patriarcat et revendiquer aussi les droits des minorités en tous genres, mais je voudrais surtout qu’en allant de côté, on ne perd jamais de vue le grand pas en avant, le « grand angle », cette notion d’un espace collectif, d’une nation et d’un pays. Un concept, s’il en est, devant obligatoirement servir de contenant à ce fabuleux melting-pot de cultures et de valeurs sociales différentes, de droits collectifs et individuels enfin harmonisés, qui sera nôtre.

En un mot comme en mille : peu me chaut que l’indépendance se fasse par une « constituante » en si bémol ou en sol majeur, mais de grâce, travaillons ensemble à la faire ! Oublions nos différends existentiels et culturels, mélangeons nos désirs et nos couleurs, oublions le réflexe mécanique de la critique gauche-droite, développons de nouveaux espaces de parole, réapprenons à débattre sainement, à nous parler franchement, privilégions l’argument à l’insulte, chassons les libéraux du pouvoir et faisons donc de cet immense espace qui nous appartient, le Québec, un pays digne de ce nom, une terre d’accueil où il fait bon vivre ensemble.

Un Québec libre, inclusif, fier de son passé et de ses valeurs collectives nouvellement tricotées ? J’en suis !

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43 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 28 août 2017 03 h 32

    JMS !

    Je Me Souviens !

  • Robert Beauchamp - Abonné 28 août 2017 05 h 06

    L'objectif

    Falardeau ne disait-il pas: Faisons le pays, et après entre nous, on en fera ce qu'on en veut. Autrement dit se diviser permet au représentant de la clique du 1% d'agir en propriétaire à 100%

    • Gilles Simard - Inscrit 28 août 2017 11 h 12

      Cher monsieur, vous avez tout compris :)

  • Jean Lapointe - Abonné 28 août 2017 08 h 07

    Moi c'est pareil

    «..je me reconnais très mal dans cette gauche inclusive dont plusieurs factions sont bourrées de néo-curés-de-la-rectitude politique et de dames patronnesses-de-la-bonne-attitude-à-avoir, toujours prêts (avec leur jargon sociologique ou leur insupportable novlangue sectorielle) à vous ramener dans la bonne case idéologique ou dans la juste ligne de leur pensée unique.» (Gilles Simard)

    Moi c'est pareil. Simard (je me permets de te tutoyer) tu exprimes exactement ce que je ressens et de façon magistrale.

    Et je partage le but que tu poursuis: «Un Québec libre, inclusif, fier de son passé et de ses valeurs collectives nouvellement tricotées ?

    J'espère que nous sommes nombreux à avoir les mêmes entiments que toi. Il le faudrait bien.

    • Gilles Simard - Inscrit 28 août 2017 11 h 14

      Merci du commentaire Jean et oui: « Un Québec libre, inclusif, fier de son passé et de ses valeurs collectives nouvellement tricotées ? "

    • Jacques Lamarche - Inscrit 28 août 2017 16 h 03

      Pour passer de la parole aux actes, il faudrait que QS et le PQ se lient d'amour et d'amitié! Ils obtiendraient, selon le dernier sondage, 37% des votes! Le pouvoir serait à portée de main!

      C'est fou comment quelques idéologues, pourtant bien québécois, peuvent servir les intérêts des autres!

      Merci, Monsieur Simard! Votre remarquable courage est à la hauteur de vos convictions.

    • Cyril Dionne - Abonné 28 août 2017 20 h 01

      Comme pour M. Lapointe, merci M. Simard. Vous avez résumé de façon élégante les valeurs d’une gauche où je me reconnais. Pas mal « tanné » de la gauche altermondialiste à la QS qui carbure aux dogmes de la Sainte rectitude politique. Pas mal « tanné » de cet amalgame religieux d’un autre millénaire aux relents patriarcales qui veut investir la place publique sans conjuguer avec les valeurs du vivre ensemble de notre société moderne et évoluée. Pas mal « tanné » de nos néolibéralistes, nos libre-échangistes et nos mondialistes du 1%.

      Cet état existentialiste de la gauche et de la droite n’existe que dans l’imaginaire d’une gauche déconnectée de la réalité et d’une droite néofasciste. Comme si la vertu ne pouvait pas prendre racine dans une société ouverte, tolérante et inclusive qui n’oublie pas ceux qui ont créé un pays qui fait l’envie de tous en cette d’Amérique francophone dans ce pays de neige qui fait face à toutes les tempêtes en se tenant debout.

      L’indépendance ne se fera pas à gauche ou à droite, mais bien par en avant comme l’avait si bien dit Bernard Landry.

    • Benoît Landry - Inscrit 29 août 2017 17 h 35

      @ Cyril Dionne: «Pas mal « tanné » de nos néolibéralistes, nos libre-échangistes et nos mondialistes du 1%.»

      Que faites-vous alors à appuyer le PQ ?

      Les conservateurs de Mulroney n,aurait jamais réussi à établir le libre-échange s'il n,avait pas reçu l'appui concret du PQ et des suupporteurs péquistes lors des élections. Et les ententes avec l'approche conservatrice était tellement bonne pour le PQ que ce parti a même choisi Lucien Bouchard comme chef avec les politiques conservatrices qui venaient lui.

      Même plus récemment les deux dernières courses à la chefferie ont tassé complètement de côté les candidats et candidates qualifiées de plus à gauche pour élire, dans un premier temps un chef d'entreprise reconnu pour ses lockouts antisyndicaux, pour avoir sur son conseil d'administration B. Mulroney... et que dire du réseau Sun News....

      Et dans un deuxième temps, l'élection d'un des premiers conseilliers de L. Bouchard qui n'hésite pas à faire de la démagogie islamophobe et d'y associer ses adversaires dans la course.

      Alors vraiment si vous êtes à gauche, que faites-vous dans ce parti ?

      Psstttt L'éditorialiste en chef du JdM, qualifie la Meute de centre-gauche, êtes-vous de cette gauche là ?

  • André Chevalier - Abonné 28 août 2017 08 h 16

    Dichotomie artificielle

    La dichotomie gauche-droite finit toujours par aboutir à la confusion totale.

    Pourquoi? Parce ces concepts sont vides en dehors de la symétrie dans l'espace. Ils servent donc de fourre-tout d'idées abscones. Ils servent surtout d'insultes pour couper court à toute discussion.

    Ces termes devraient être retirés de toute discussion politique.

    • Marc Therrien - Abonné 28 août 2017 17 h 57

      On pourrait alors s’inspirer de la psychologue Marilia Amorim, auteure du « Petit traité de la bêtise contemporaine- Suivi de Comment (re)devenir intelligent » pour apprendre, quand les situations l’exigent, à sortir du Logos, ce savoir binaire traditionnel qui cherche à démêler le vrai du faux.

      Ces situations sont celles où l’incertitude, l’imprévisible, l’instabilité et le risque requièrent une action rapide et efficace orientée vers le succès. Elle parle alors de l’intelligence de la « mètis » qui se développe dans des savoirs pratiques issus d’apprentissages expérientiels permettant de découvrir ce qui fonctionne plutôt que ce qui est vrai dans les possibilités de transformer le réel.

      Marc Therrien

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 28 août 2017 20 h 18

      Gauche-droite, droite-gauche. Des concepts servant de fourre-tout, surtout d'insultes pour couper court à toute discussion et qui devraient être retirés de toute discussion politique.

      Bien d’accord avec vous. Ces termes deviennent de plus en plus des irritants à chaque fois qu’on veut exprimer la moindre opinio

    • Christian Montmarquette - Abonné 29 août 2017 21 h 23

      À André Chevalier,

      "Ces concepts (gauche-droite) sont vides en dehors de la symétrie dans l'espace." - André Chevalier

      Vous essayerez d'expliquer ça aux 800,000 pauvres du Québec qui crèvent de faim et de misère; notamment, avec une aide sociale deux fois en dessous du minimum vital de survie, que le concept gauche-droite est concept vide.

      Christian Montmarquette

      .

  • Jacques Patenaude - Abonné 28 août 2017 08 h 30

    Bravo

    J’appuie votre commentaire totalement.
    Ça suffit les apprenti-sorcier culpabilisateurs. Ce que je retiens surtout c'est votre terme "espace collectif". Nous vivons dans une collectivité. Tanné de l'expression "vivre-ensemble" issue de la novlangue qui ressemble plus à une famille qui vivrait dans une même maison mais sans jamais rien partager.

    On vit dans une collectivité et ça suppose des contraintes pour partager un lieu commun. Ceux qui se targuent d'être inclusif ne font séparer l'espace collectif en ghetto qui se tolèrent sans rien partager. C'est comme un couple qui comme on disait autrefois fait "chambre à part"

    • Gilles Simard - Inscrit 28 août 2017 11 h 20

      Vous avez tout à fait raison, monsieur Patenaude, ce terme de la novlangue, le "vivre-ensemble", est un terme fourre-tout qui veut dire à peu prèes n'importe quoi. Au moins, quand on parle "d'espace collectif", on fait appel à d'autres paramètres qui nous ramènent de facto à des notions de géographie, d'espace, de frontières et de lieux communs concrets et tangiles à partager, qui n'ont rien à voir avec la bien- pensance et la vertu des néo-curés idéologiques ou politicards, quels qu'ils puissent être. Merci de votre commentaire :)

    • Michèle Lévesque - Abonnée 30 août 2017 04 h 25

      @J. Patenaude et G. Simard 28 août 2017 (08h30 et 11h20)

      J'aime bien "espace collectif", il enracine le projet dans un lieu, chora et topos, au lieu de le laisser flotter désincarné dans une nébuleuse de l'esprit où tout est possible dans le principe, mais rien dans la pratique, sinon la dérive.

      Je n'écarterais quand même pas si vite le terme 'vivre-ensemble'. Quand je l'ai découvert en 2015-2016, en explorant la littérature hors-frontières, principalement de France, pour tenter de me situer devant l'agressivité déjà si forte (et incompréhensible pour la lambda que je suis) envers des concepts aussi simples que 'identité' et 'nation', il m'avait fait faire du millage. C'est au nom du vivre-ensemble que la Cour européenne des Droits de l'Homme a avalisé la loi interdisant le visage couvert dans l'espace public sur le territoire français (2010-2011), Au nom d'un vivre-ensemble qui défendait les droits fondamentaux des individus refusant le visage masqué, et ce pour le bien commun, plutôt que d'ériger en divinité les droits individuels per se comme nous le faisons au Canada. L’intéressant est que même si elle est constitutionnellement laïque, la France n'a pas voté sa loi au nom de ce principe d'abord, mais pour respecter l’espace collectif citoyen, ainsi que l'égalité hommes-femmes. Et c'est en référence au premier principe que la CEDH l'a avalisée, au dessus même de l'argument de sécurité.

      Au Québec notre réalité mutante est toutefois bien différente, menacés que nous sommes dans notre territoire, lui-même inséparable de notre identité francophone et de nos valeurs en évolution. Reste que 'discarter' une expression au profit d'une autre, aussi prégnante soit-elle, parce qu'on en a abusé par démagogie risque de reconduire d'autre polarisations, langagières et conceptuelles. Un piège selon moi. Essentialiste, disons.

      Les deux expressions sont porteuses, mais va pour ‘espace collectif’ s’il est plus rassembleur. Ni Meute ni troupeau.