L’instrumentalisation du droit par La Meute

«En se posant comme les défenseurs des droits fondamentaux des citoyens, de l’ordre et de la démocratie, La Meute crée un capital de sympathie à son égard», estime l'auteure.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «En se posant comme les défenseurs des droits fondamentaux des citoyens, de l’ordre et de la démocratie, La Meute crée un capital de sympathie à son égard», estime l'auteure.

«C’est la victoire de l’ordre face au désordre. On a vu c’était qui, aujourd’hui, les extrémistes et les radicaux. […] Dans une société de droit, quand on est des citoyens respectueux des lois, c’est comme ça que ça fonctionne. » Ces paroles lancées fièrement aux médias par un représentant de La Meute avant leur marche de dimanche dernier ne cessent de me consterner depuis.

Au premier abord, j’ai eu le réflexe arrogant d’affirmer que les hauts gradés de La Meute méconnaissaient le droit, qu’en effectuant quelques recherches, les preuves d’actes répréhensibles se manifesteraient aisément. Je pensais que ces ardents défenseurs de la liberté d’expression avaient oublié de porter leur attention sur les articles subséquents de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, dont l’interdiction de discrimination (religion, race, origine ethnique ou nationale, etc.), et de s’intéresser plus longuement à certains articles des codes civil et criminel.

S’il ne fait aucun doute qu’une portion non négligeable d’adeptes de La Meute tient couramment des propos discriminatoires qui enfreignent la Charte, je reste stupéfaite devant la relative maîtrise des règles de droit par leurs chefs et la respectabilité politique qu’elle leur a récemment conférée. En effet, un rapide survol des récentes sorties publiques de La Meute révèle que l’instrumentalisation du droit à des fins de légitimation politique constitue en quelque sorte leur nouvelle arme de prédilection pour percer dans l’espace public, recruter des adhérents et se détacher de l’extrême droite.

Utilisation du droit

D’une part, leurs porte-parole rassurent continuellement les adhérents que leur mouvement est protégé par la loi, puis d’autre part, ils se posent en défenseurs des droits fondamentaux en danger (liberté d’opinion, liberté d’association, égalité des sexes, etc.). En usant du droit comme ressource politique, ce groupe planifie scrupuleusement ses actions en fonction des lois en vigueur dans le but de ne pas être pris en défaut et de démoniser ses opposants. Par exemple, lorsqu’ils étaient rassemblés dans le stationnement le 20 août, le mot d’ordre aux participants était on ne peut plus clair : « Si jamais les antifas montent ici, vous bougez pas. Si on avance, on les attaque. Si eux autres y sautent sur nous autres, on les couche à terre, on est en légitime défense. » Il y a aussi la tactique des marches silencieuses très encadrées constituant une méthode de choix lorsqu’il a des craintes raisonnables que des actes indésirés fassent l’objet d’une poursuite et jettent le discrédit dans leurs rangs.

Dans ce contexte, comment se fait-il que ces représentants des « payeurs de taxes » et « bons pères de famille » aient autant recours à une rhétorique légaliste sur toutes les tribunes ? Est-ce par leurs liens étroits avec des (ex-)employés des services d’ordre, notamment l’armée ou la GRC ? Est-ce le fait que plusieurs membres de leur service de sécurité sont d’anciens policiers ? Qu’en est-il de leurs contacts avec des groupes classés sous l’égide de l’extrême droite qui ont acquis certaines connaissances à travers l’arène judiciaire à la suite d’une judiciarisation des actions de leurs membres ?

En se posant comme les défenseurs des droits fondamentaux des citoyens, de l’ordre et de la démocratie, La Meute crée un capital de sympathie à son égard. Son but : être contre La Meute, c’est être contre la société de droit. En évoquant des droits chers aux progressistes tels la liberté d’association, l’égalité des sexes et la liberté de convictions politiques, ce mouvement opère une confusion des camps politiques. Par ces stratégies, il y a un isolement de plus en plus prononcé des mouvances opposées à la droite populiste.

11 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 24 août 2017 07 h 30

    Votre but à vous c'est quoi?

    «En se posant comme les défenseurs des droits fondamentaux des citoyens, de l’ordre et de la démocratie, La Meute crée un capital de sympathie à son égard. Son but : être contre La Meute, c’est être contre la société de droit. (Shanie Roy)

    Et votre but à vous c'est quoi ? Je ne suis sûrement pas le seul à bien aimer le savoir pour bien comprendre le sens de votre texte.

    Vous avez sûrement des idées derrière la tête.Quelles sont-elles ? Pouvez-vous nous éclairer?

    • André Joyal - Abonné 24 août 2017 14 h 52

      Très bonne remarque M.Lapointe. On aimerait savoir ce qu'elle pense de ceux qui, à visages couverts, ont eu recours à la violence. Cette jeune (? on étudie à tout âge de nos jours) candidate à la maîtrise aurait pu commenter cette photo montrant un enragé cagoulé s'en prendre, avec un doigt d'honneur, à une jeune femme ne portant ni casquette, ni T-shirt noir, ni verres fumés.
      Vraiment, son texte me laisse croire que son auteure cadredrait très bien dans une assemblée de QS. Qui se ressemble se rassemble.

  • Pierre Marcotte - Abonné 24 août 2017 08 h 00

    Arguments de légaliste

    Si je comprends bien, respecter la loi, encourager les autres à respecter la Loi et agir en citoyen responsable sur la place publique est une tactique louche? L'auteur va même jusqu'à mettre en doute la motivation de gens qui vont chercher une formation en droit. Et elle-même? Quelles sont ses motivations?

    La crainte de la Meute cause plus de dommages et de débordements que ses membres. Les bien-pensants de la gau-gauchae vont devoir en venir à la réalisation que malgré les différences d'opinion, la Meute est composée de Québécois qui agissent légalement selon leur croyances et objectifs. Ils manifestent pacifiquement et n'encouragent pas la violence. La liberté de penser existe bel et bien au Québec.

    Arrêtez de leur trouver des poux et allez discuter comme des adultes avec eux.

  • François Beaulé - Abonné 24 août 2017 08 h 23

    «propos discriminatoires qui enfreignent la Charte» ?

    La Charte des droits et libertés de la personne du Québec ne limite pas la liberté d'expression, comme le suggère cette étudiante en droit.

    Tenir des propos discriminatoires est légal au Canada. Seuls les propos haineux ou incitant la violence sont interdits. Les membres de la Meute n'enfreignent donc pas la Charte quand ils s'expriment librement, contrairement à l'opinion de Mme Roy.

    Des Canadiens ont le droit de prétendre que certaines races sont supérieures aux autres. Ou que les hommes sont supérieurs aux femmes. Pour que ces propos deviennent illégaux, il faudrait changer la loi.

    Par contre, des religions pratiquées au Canada adoptent des comportements sexistes, discriminatoires envers les femmes. Il ne s'agit plus seulement de paroles mais d'actions et de répression contre les femmes. Et pourtant, nous tolérons ces comportements en vertu de la liberté de religion. L'application de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec est restreinte par le principe de la liberté de religion. Est-ce bien ce que la majorité des Québécois veut ?

  • Raymond Giroux - Abonné 24 août 2017 09 h 24

    L’instrumentalisation du droit

    Je m'étonne que tant de gauchistes se ''scandalisent'' hypocritement des mêmes procédés qu'ils utilisent depuis au moins les années 70 dans les manifestations. Les nombreuses ''formations'' données aux étudiants et aux militants pacifistes avant les manifestations. Comme si la loi n'est qu'à leur service quand ça sert leur cause. Poursuivez vos études Mme Roy, vous en avez encore à apprendre.

    Raymond Giroux, abonné

  • David Cormier - Abonné 24 août 2017 09 h 40

    Les droits exclusifs des "progressistes"

    "En évoquant des droits chers aux progressistes tels la liberté d’association, l’égalité des sexes et la liberté de convictions politiques, ce mouvement opère une confusion des camps politiques."

    Évoquer des droits, c'est les instrumentaliser? Et ces droits "chers" aux soi-disants progressistes, sont-ils exclusifs à ces derniers?