Le Québec perd un grand homme en Jacques Daoust

Il y a des gens qui, un jour, on ne sait trop pourquoi, croisent notre route de vie et nous invitent à faire un bout de chemin avec eux. Et soudain, notre temps devient différent. Ce n’est plus le sentier à parcourir qui importe, mais la découverte de celui qui soudain nous guide et la profonde relation qui nous liera et donnera sens à chaque pas que nous ferons.

Avec Jacques, ce n’est pas la grandeur du pas qui a compté, mais la profondeur de la trace qu’il a laissée sur nos chemins respectifs, nous qui l’avons connu. J’ai toujours cru que le travail reposait sur deux pôles importants : le plaisir et l’utilité. Avec Jacques Daoust, ces deux pôles restèrent, tout au long du parcours au cabinet, en parfait équilibre.

Pour lui, la meilleure façon de résoudre un problème se résumait à l’aborder avec humour et la meilleure façon d’oublier ses problèmes, c’était d’aider les autres à résoudre les leurs. Conscient de ce monde à parfaire il m’avait dit un jour : « Heille, tu dois savoir, toi le journaliste, que si tout le monde respectait les dix commandements, il n’y aurait pas de Téléjournal ! »

Parmi les moments les plus appréciés : les discussions sur les dossiers à traiter, les longues séances en commission parlementaire, moment privilégié pour travailler étroitement, ce voyage au sommet économique de Davos et ces fins de journées au bureau de Montréal, où on pouvait sortir des discussions politiques pour aborder des sujets plus personnels et les projets qui nous animaient.

Sa rigueur, mais aussi sa grande capacité d’écoute, son sens inné du devoir, mais aussi son grand respect de la personne et, bien sûr, son sens de l’humour, avec ce petit hochement de tête et ce clin d’oeil si caractéristiques de son langage non verbal, ont fait de lui un être profondément attachant avec ses mots pleins d’esprit et de délicatesse... et sa dernière blague à la mode. Il vous la racontera au moins trois fois dans la même semaine, si vous avez à le revoir ! Étonné par ailleurs que vous la connaissiez déjà !

Homme rigoureux

En mai dernier, Jacques me faisait visiter son vignoble. J’ai compris que, là encore avec rigueur, il avait mis tout son coeur à l’ouvrage. Il parachevait alors la boutique qui accueillerait prochainement les visiteurs. Il la voulait coquette. Il visait l’excellence, le sommet. Et pour cela une seule manière d’y parvenir : le travail ! Il y a deux façons, me disait-il avec humour, d’atteindre le sommet d’un chêne : grimper ou s’asseoir sur un gland et attendre…

Jacques aimait faire image pour convaincre. Il savait aussi se faire imaginatif pour sortir le Québec de sa morosité économique. Il disait souvent d’ailleurs que, pour retrouver son élan, le Québec se devait d’être innovant, attrayant et concurrentiel. Il aurait pu faire sienne cette citation de Nelson Mandela : « Nous travaillerons ensemble pour soutenir le courage là où il y a la peur, pour encourager la négociation là où il y a le conflit, et donner l’espoir là où règne le désespoir. »

Voilà sûrement la véritable raison qui l’a motivé un jour à accepter l’invitation d’un Philippe Couillard à faire le saut en politique. Il n’avait pas peur de relever ce défi, disposé à négocier avec les grandes entreprises internationales pour accroître leur présence ici et redonner espoir à ses concitoyens pour que le Québec se hisse parmi les sociétés les plus dynamiques et prospères. Sa candeur naturelle lui permettait de croire que sa contribution, comme serviteur de l’État, si petite soit-elle, lui donnerait l’occasion de faire grandir ce Québec qu’il avait tatoué sur le coeur.

Serviteur de l’État

Je peux témoigner qu’il s’est investi entièrement à titre de ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations. Jacques aura permis par son action de favoriser la création et la consolidation de partenariats avec de nombreuses entreprises, de même que la réalisation d’investissements qui permettent d’ores et déjà au Québec de déployer davantage cette capacité d’innover et d’assurer le développement économique de ses régions. Celles et ceux qui comme moi ont eu l’immense privilège de travailler sous sa gouverne ressentent avec son départ une immense tristesse. Le Québec perd un grand homme. Son passage en politique n’aura pas été vain.

Il faut non seulement retenir son immense talent et sa grande compétence pour les dossiers économiques, mais aussi son ardeur et sa rigueur à faire grandir chaque jour davantage le Québec, à servir ses concitoyens et à vouloir leur assurer un cadre social favorable à leur plein épanouissement. Il abordait son travail de serviteur de l’État avec une élégance et une fierté indéniables et en sachant doser l’importance à accorder à chaque dossier.

Et puis, ce sens de l’humour inimitable, dont on va s’ennuyer, traduisait son amour des gens qui croisaient sa route. Un homme attachant et voué entièrement à sa mission, celle de développer le Québec pour le mieux-être de ses concitoyens québécois.

Repose en paix, Jacques, tu as merveilleusement fait ton travail et dans le respect constant de celles et ceux qui avaient l’honneur de travailler avec toi et des citoyens que tu as servis avec honneur et dignité !

L’histoire s’en souviendra…

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2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 15 août 2017 09 h 23

    Pas d'accord !

    Aujourd'hui, un grand homme ne saurait être libéral. Avant, oui, mais pas aujourd'hui. Si Philippe Couillard mourait cet après-midi, certains auraient l'impertinence de le qualifier de «grand homme» demain matin. Grand dieu!

  • Jean-Charles Morin - Abonné 15 août 2017 10 h 09

    Un hommage appuyé qui suscite le malaise plutôt que l'admiration.

    "Sa rigueur, mais aussi sa grande capacité d’écoute..."

    Pour ma part, j'aurais aimé que le ministre Daoust fasse part de la même rigueur, qu'on semble lui prêter dans la gestion de son vignoble, pour le traitement des dossiers publics comme celui de l'abandon de RONA aux Américains ou comme celui du prêt faramineux consenti à Bombardier, dénoncé par plusieurs analystes financiers comme bancal et inutilement risqué, parce que sans garanties réelles. Pas étonnant que le fédéral n'ait pas emboîté le pas, comme l'aurait désiré Philippe Couillard, laissant Québec gros-jean comme devant dans la gestion des risques.

    Pour ce qui est de sa capacité d'écoute, j'ai encore en mémoire ce témoignage, relayé par la presse, du pdg de RONA qui, étant venu rencontrer le ministre pour défendre la cause de son entreprise in extremis, fut cavalièrement éconduit par ce dernier sous prétexte qu'il était pressé d'aller rejoindre son gendre pour l'aider dans la rénovation de son chalet. On ne sait plus qui croire dans cette affaire!

    On connaît la suite. C'est d'ailleurs sa nonchalance, sa maladresse et ses contradictions qui contraignirent plus tard le ministre Daoust à la démission. Une fin bien peu honorable pour celui qui, pour certains, aurait néanmoins "merveilleusement fait son travail". Il laisse toutefois le souvenir, selon ses partisans inconditionnels, d'un conteur de blagues plus désopilantes les unes que les autres. Cela laisse bien songeur...

    J'ai l'impression qu'on essaie ici de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et de se servir du décès d'un homme à la réputation discutable pour le sanctifier. Pour l'humour, ça peut aller mais pour la rigueur et l'écoute, on repassera.