Le Canada contre la polio

La polio est une maladie dont on ne peut pas guérir, seulement traiter les symptômes.
Photo: Narinder Nanu Agence France-Presse La polio est une maladie dont on ne peut pas guérir, seulement traiter les symptômes.

Le 19 juillet dernier, le gouvernement canadien annonçait son engagement envers la lutte pour l’éradication de la polio. Dans la foulée d’une pétition présentée en mai 2017, Ottawa versera 100 millions de dollars à la Global Polio Eradication Initiative.

Alors que la dernière épidémie de polio au Canada remonte à 1959, il est possible de se demander pourquoi notre gouvernement est prêt à investir autant d’argent dans cette cause. En fait, c’est la même raison pour laquelle la question de la vaccination est d’actualité à travers le monde.

Vaccins

Reculons d’à peine une soixantaine d’années. La poliomyélite fait rage en Amérique du Nord. Des milliers d’enfants sont paralysés par une maladie sans traitement. Puis, le premier vaccin antipoliomyélitique est introduit en 1955, ainsi que le second en 1962. La maladie étant l’une des plus terrifiantes de l’époque, la vaccination se fait en masse, et les cas de polio diminuent de façon importante, jusqu’à l’éradication complète de maladie au Canada en 1994.

Mais la lutte n’est pas terminée. La maladie demeure problématique dans certains pays d’Afrique et du sous-continent indien. Les conflits armés rendent la vaccination des enfants en région éloignée très ardue, alors que le manque d’infrastructures sanitaires facilite la propagation du virus. Or, tant que ces régions n’auront pas été entièrement délivrées du virus de la polio, il faut garder en tête qu’il ne suffit que d’une personne contaminée qui voyage pour qu’une nouvelle épidémie n’apparaisse ici.

C’est ce qui se passe présentement avec la rougeole, qui était complètement disparue de nombreux pays, jusqu’à ce que la France souffre d’une épidémie en 2008. Depuis, plus de 24 000 cas ont été déclarés.

Cas français

Ainsi, c’est avec le retour en force de cette maladie très contagieuse que la France a élaboré son projet de loi concernant 11 vaccins qui deviendraient obligatoires pour les enfants de deux ans, dès 2018. Pour la rougeole comme pour la polio, la seule prévention efficace est la vaccination.

D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que le seuil minimal de couverture vaccinale devrait se situer à 95 % afin d’éviter la réapparition d’épidémies. Avec un taux d’environ 75 % en France, une meilleure couverture vaccinale contre la rougeole aurait pu éviter cette épidémie faisant dix morts et laissant des dizaines de personnes avec des complications neurologiques.

C’est donc pour cette raison que le gouvernement français rendra, dès janvier, 11 vaccins obligatoires, et que le gouvernement canadien investit 100 millions de dollars dans la lutte pour l’éradication de la polio. Il s’agit d’abord de perpétuer l’engagement du pays, puisque le Canada a été, depuis le tout début, un chef de file dans le mouvement mondial d’éradication de la polio. Mais surtout, il s’agit d’un investissement durable dans les systèmes de santé. Non seulement l’éradication d’une maladie est un bel héritage en soi, mais garder la population mondiale en santé permet aussi de désengorger le système médical, ce qui revient, indirectement, dans les poches de l’État.

Séquelles

Effectivement, bien qu’une grande proportion de gens aient survécu à la polio et aient mené une vie en santé, la maladie les rattrape plus tard. Dans environ 60 % des cas, ces personnes qui croyaient s’en être sorties se retrouvent maintenant avec des séquelles importantes, celles du syndrome post-polio. Non seulement doivent-elles maintenant vivre avec de nouvelles faiblesses, de la fatigue accrue ainsi que des problèmes respiratoires ou de déglutition, mais de plus, leur cas n’est trop souvent pas pris au sérieux puisque ce syndrome est normalement méconnu du corps médical.

C’est une maladie dont on ne peut pas guérir, seulement traiter les symptômes. Et il n’existe qu’un seul établissement au Québec où les personnes atteintes de SPP peuvent aller chercher des soins spécialisés : la Clinique post-polio de l’Institut et de l’Hôpital neurologiques de Montréal, qui travaille en collaboration avec l’Association polio Québec afin de faire connaître le SPP et de faire avancer la recherche sur le sujet.

Il y a 60 ans à peine, la polio était l’un des plus grands maux et elle terrorisait les familles. Aujourd’hui, comme elle ne fait plus partie de notre quotidien, les gens ne la craignent plus et ne réfléchissent pas à l’importance de la vaccination. Mais ce qu’il y a de plus terrible que de voir un mal sans traitement refaire surface, c’est de savoir qu’il était évitable. C’est donc pourquoi le mouvement d’éradication de la polio est si important, de même que la vaccination des enfants.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 4 août 2017 22 h 28

    Je me demande simplement

    le role de "Big Pharma" dans cette course aux vaccinations.....